vendredi 17 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2302288 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | DIALEKTIK AVOCATS AARPI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 21 avril et 19 août 2023, M. B C, représenté par Me Brel, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 28 mars 2023 par lequel le préfet du Tarn a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
3°) d'enjoindre au préfet du Tarn de lui délivrer le titre de séjour sollicité dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative ou de procéder au réexamen de sa situation ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 2 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;
- la décision de refus de renouvellement de son titre de séjour est entachée d'un défaut de motivation en fait et d'un défaut d'examen de sa situation ;
- le préfet ne s'est pas assuré de la régularité de l'avis émis par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) avant de prononcer la décision portant refus de renouvellement du titre de séjour ;
- le préfet ne lui a pas communiqué l'avis du collège de médecins ;
- la décision de refus de renouvellement de son titre de séjour entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet s'est estimé lié par l'avis rendu par le collège des médecins de l'OFII ;
- elle méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est privée de base légale car fondée sur une décision de refus de séjour elle-même illégale ;
- elle méconnaît le 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision fixant le pays de renvoi est privée de base légale car fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français illégale.
Par un mémoire en défense enregistré le 13 juin 2023, le préfet du Tarn conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Par une ordonnance du 8 août 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 23 août 2023.
M. C a été admis à l'aide juridictionnelle totale par décision du 13 septembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Michel,
- les observations de Me Bachet, substituant Me Brel, avocat de M. C.
Considérant ce qui suit :
1. M. B C, ressortissant géorgien né le 18 octobre 1971, est entré en France le 19 juillet 2019. Il a sollicité le 19 décembre 2019 son admission au séjour en raison de son état de santé sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et, par un arrêté du 16 juin 2020, le préfet du Tarn a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Suite à l'annulation de cet arrêté par un jugement du tribunal administratif de Toulouse du 17 décembre 2021, il s'est vu délivrer une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " en qualité d'étranger malade valable du 17 décembre 2021 au 16 décembre 2022. Il a sollicité le 18 octobre 2022 le renouvellement de son titre de séjour. Par un arrêté du 28 mars 2023, le préfet du Tarn a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. M. C demande l'annulation de cet arrêté.
Sur l'admission à l'aide juridictionnelle :
2. Par une décision du 13 septembre 2023, M. C a été admis à l'aide juridictionnelle totale. Par suite, les conclusions tendant à son admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire ont perdu leur objet. Il n'y a pas lieu d'y statuer.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ".
4. Il ressort des pièces du dossier que M. C souffre d'une spondylarthrite ankylosante évoluée consistant en une ankylose complète du rachis cervical et du rachis lombaire associée à du psoriasis et une uvéite, pour lesquels il bénéficie d'un traitement médicamenteux et d'un suivi médical. Le collège de médecins de l'OFII a estimé dans son avis du 15 février 2023 que, si l'état de santé de l'intéressé nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pouvait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il pouvait y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Il ressort des pièces du dossier qu'à la date de l'arrêté attaqué, M. C bénéficiait d'une thérapie biologique par injection d'Infliximab toutes les 6 semaines, inhibiteur appartenant à la famille des agents anti-TNF, et s'était vu prescrire les médicaments Perindopril, Amlopidin et Lansoprazole. S'il n'est pas contesté que ces médicaments sont disponibles en Géorgie, il ressort de l'attestation de l'association des rhumatologues de Géorgie en date du 12 avril 2023, certes établie postérieurement à l'arrêté attaqué mais faisant état d'une situation antérieure, que les inhibiteurs anti-TNF tels que l'Infliximab ou l'Adalimumab ne sont pas accessibles librement, qu'ils sont coûteux et ne sont pas pris en charge par le ministère de la santé géorgien. Si le préfet fait valoir en défense que l'accessibilité économique des soins est garantie pour les personnes démunies par de nombreux programmes d'Etat et que de nombreux soins sont gratuits, il ressort de la fiche pays relative au système de santé géorgien établie en 2019, d'une part, que les programmes d'Etat concernent des pathologies spécifiques parmi lesquelles ne figure pas celle dont souffre M. C et, d'autre part, les soins nécessaires au traitement de l'intéressé ne figurent pas davantage dans la liste des actes et services pris en charge par le système de couverture médicale universelle (UHCP). Enfin, il ressort de cette même fiche pays que si les prix de certains médicaments, parmi lesquels les médicaments Perindopril et Amlopidin, sont pris en charge par le gouvernement pour les retraités, les personnes handicapées et d'autres groupes, les autres médicaments prescrits à M. C, en particulier l'Infliximab, n'en font pas partie. Ainsi, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressé pourrait effectivement bénéficier du traitement dont il a besoin, alors qu'il ressort en particulier du certificat médical établi par un rhumatologue le 12 avril 2023 qu'il n'existe pas d'autre alternative que des biothérapies de type Adalimumab ou Infliximab dans son cas. Par suite, en refusant de lui délivrer le titre de séjour sollicité, le préfet de la Haute-Garonne a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens, que M. C est fondé à demander l'annulation de la décision du 28 mars 2023 par laquelle le préfet du Tarn a refusé de lui délivrer un titre de séjour. L'annulation de la décision portant refus de titre de séjour entraîne, par voie de conséquence, l'annulation de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français et de celle fixant le pays de renvoi.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
6. L'annulation de l'arrêté attaqué implique nécessairement, sous réserve de l'absence de changements de circonstances de droit ou de fait y faisant obstacle, qu'une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " soit délivrée au requérant sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative. Il y a lieu d'enjoindre au préfet du Tarn de lui délivrer cette carte de séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
7. M. C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Brel, avocat de M. C, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Brel de la somme de 1 250 euros.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'admission provisoire de M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : L'arrêté du préfet du Tarn en date du 28 mars 2023 est annulé.
Article 3 : Il est enjoint au préfet du Tarn de délivrer à M. C une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : L'Etat versera à Me Brel une somme de 1 250 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Brel renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, au préfet du Tarn et à Me Brel.
Délibéré après l'audience du 26 avril 2024 à laquelle siégeaient :
M. Coutier, président,
Mme A, magistrate honoraire,
Mme Michel, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mai 2024.
La rapporteure,
L. MICHEL
Le président,
B. COUTIER
Le greffier,
B. ROETS
La République mande et ordonne au préfet du Tarn, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026