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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2302296

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2302296

vendredi 19 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2302296
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantDIALEKTIK AVOCATS AARPI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 avril 2023, M. B A, représenté par Me Bachet, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 5 juillet 2022 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a mis totalement fin aux conditions matérielles d'accueil dont il bénéficiait ;

2°) d'enjoindre à l'OFII, à titre principal, de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil et le versement de l'allocation pour demandeur d'asile rétroactivement à compter du 5 juillet 2022, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'OFII le versement d'une somme de 2 000 euros à son conseil sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle n'a pas été précédée d'un entretien de vulnérabilité en méconnaissance des articles L. 522-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les articles L. 551-3, L. 551-15 et L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que l'OFII s'est considéré à tort en situation de compétence liée et n'a pas examiné la situation au regard de sa vulnérabilité ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 août 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par une ordonnance du 31 octobre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 1er décembre 2023.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 février 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Rousseau a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant soudanais, a sollicité le bénéfice de l'asile en France et a accepté, le 29 juillet 2021, les conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile. Par une décision du 5 juillet 2022, le directeur territorial de l'OFII a mis fin aux conditions matérielles d'accueil dont il bénéficiait au motif qu'il n'avait pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en refusant d'embarquer le 15 juin 2022 vers l'Italie dans le cadre de son transfert. Par la présente requête, M. A demande au tribunal l'annulation de cette décision.

2. En premier lieu, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles l'OFII s'est fondé pour mettre fin aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficiait M. A. L'OFII, qui n'avait pas à faire état de tous les éléments de la situation personnelle du requérant, a ainsi suffisamment motivé sa décision.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / Lors de l'entretien personnel, le demandeur est informé de sa possibilité de bénéficier de l'examen de santé gratuit prévu à l'article L. 321-3 du code de la sécurité sociale ".

4. Il résulte des dispositions précitées que tout demandeur d'asile doit bénéficier d'un entretien personnel, destiné à évaluer sa vulnérabilité, lors de la présentation de sa première demande d'asile. En revanche, ces dispositions n'imposent pas qu'un tel entretien soit à nouveau mené, préalablement à la décision portant cessation des conditions matérielles d'accueil. Par suite, et alors qu'il ressort des pièces du dossier que M. A a bénéficié d'un entretien de vulnérabilité lors de l'enregistrement de sa demande d'asile au guichet unique des demandeurs d'asile le 29 juillet 2021, il ne peut utilement se prévaloir de l'absence d'un tel entretien à l'encontre de la décision litigieuse. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

5. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier ni des termes de la décision attaquée que l'OFII n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation du requérant, et notamment de son état de vulnérabilité.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : () / 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; () / Lorsque la décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil a été prise en application des 1°, 2° ou 3° du présent article et que les raisons ayant conduit à cette décision ont cessé, le demandeur peut solliciter de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. L'office statue sur la demande en prenant notamment en compte la vulnérabilité du demandeur ainsi que, le cas échéant, les raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acception initiale des conditions matérielles d'accueil ".

7. D'une part, il ressort du procès-verbal établi le 15 juin 2022 par les services de la police aux frontières que M. A a refusé le même jour d'embarquer pour un vol à destination de l'Italie, pays responsable de sa demande d'asile. D'autre part, il ne ressort pas des termes de la décision attaquée, qui mentionne qu'elle intervient après examen des besoins et de la situation personnelle et familiale de M. A, que l'OFII se serait cru en situation de compétence liée pour décider de la cessation du bénéfice des conditions matérielles d'accueil dont bénéficiait l'intéressé. Enfin, si M. A soutient qu'il se trouve dans une situation de particulière vulnérabilité, il n'apporte aucun élément au soutien de ses allégations alors qu'il ressort des déclarations de l'intéressé qu'il est célibataire et sans charge de famille en France et qu'il ne présente aucun problème de santé particulier. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de sa situation doit être écarté.

8. En cinquième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 551-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est dépourvu des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé et ne peut qu'être écarté.

9. En sixième lieu, le requérant ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, relatif au refus d'octroi des conditions matérielles d'accueil.

10. En septième et dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

11. D'une part, si M. A soutient qu'il n'a ni hébergement, ni ressource, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il se trouve dans un état de vulnérabilité tel que la décision en litige puisse être regardée comme constitutive d'un traitement inhumain ou dégradant au sens des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. En outre, s'il fait valoir que la décision attaquée l'empêche de poursuivre sa procédure d'asile en ce qu'elle ne lui permettra pas de répondre aux convocations devant la Cour nationale du droit d'asile, il ne l'établit pas. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention précitée doit être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 5 juillet 2022 par laquelle le directeur territorial de l'OFII a mis fin aux conditions matérielles d'accueil dont il bénéficiait. Par suite, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte, tout comme celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Bachet et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 29 mars 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Poupineau, présidente,

Mme Rousseau, conseillère,

M. Frindel, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 avril 2024.

La rapporteure,

M. ROUSSEAU

La présidente,

V. POUPINEAU

La greffière,

M. C

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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