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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2302318

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2302318

jeudi 27 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2302318
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantKOSSEVA-VENZAL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 22 et 25 avril 2023, M. B C A, représenté par Me Kosseva-Venzal, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 21 avril 2023 par lequel la préfète de l'Ariège l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destinations et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de douze mois ;

3°) d'annuler l'arrêté du 21 avril 2023 par lequel la préfète de l'Ariège a prononcé son assignation à résidence ;

4°) d'enjoindre à la préfète de l'Ariège de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec droit au travail dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à tout le moins, de procéder au réexamen de sa situation en lui délivrant une autorisation provisoire au séjour avec droit au travail ;

5°) d'enjoindre à la préfète de l'Ariège de prendre toutes les mesures propres à mettre fin à son signalement dans le système d'information Schengen à compter de la notification du jugement ;

6°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement des dépens ainsi que d'une somme de 2 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, ou au seul titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative dans l'hypothèse où il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation particulière ;

- elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale sur les droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de la décision portant refus de délai de départ volontaire

- elle est entachée d'un défaut de motivation en fait ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination

- elle est entachée d'un défaut de motivation en fait ;

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité affectant la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité affectant la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ces dispositions ;

S'agissant de la décision portant assignation à résidence

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors la préfète de l'Ariège n'établit pas que la mesure d'éloignement sera exécutée à bref délai et qu'elle aurait accompli des diligences à cet effet ;

- elle méconnaît l'article L. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 24 avril 2023, la préfète de l'Ariège conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Pétri, conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pétri ;

- les observations de Me Kosseva-Venzal, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens ;

- les observations de M. A, assisté de M. A, interprète en peul, qui répond aux questions de la magistrate désignée.

La préfète de l'Ariège n'était ni présente ni représentée.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen né le 3 juin 1989 déclare être entré sur le territoire français le 26 septembre 2020, accompagné de son fils mineur. L'office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté la demande d'asile qu'il a formée le 13 octobre 2020 par une décision du 19 février 2021, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 9 décembre suivant. Par un arrêté du 23 décembre 2021 dont la légalité a été reconnue par un jugement du tribunal administratif de Toulouse n° 2200036 en date du 18 mars 2022, la préfète de l'Ariège l'a obligé à quitter le territoire français. Par deux arrêtés du 21 avril 2023 dont M. A demande l'annulation, la préfète de l'Ariège l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, lui a interdit le retour sur le territoire pour une durée de douze mois et l'a assigné à résidence.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ". Au regard de l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la présente requête, il y a lieu de prononcer l'admission de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français

3. En premier lieu, la décision attaquée vise notamment l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne avec une précision suffisante les éléments circonstanciés relatifs à la situation personnelle de M. A. Si ce dernier soutient que l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant n'est pas visé, cette circonstance est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée, qui fait en tout état de cause référence à la situation de son enfant. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point précédent que M. A n'est pas fondé à soutenir que la préfète de l'Ariège a entaché sa décision d'un défaut d'examen de sa situation particulière.

5. En troisième lieu, la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, relatives à l'admission au séjour justifiée par des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels, ne saurait être utilement invoquée à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français. En tout état de cause, il est constant que M. A n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur ce fondement. Par suite, le moyen tiré de ce que la préfète de l'Ariège aurait méconnu ces dispositions ne peut qu'être écarté comme inopérant.

6. En quatrième lieu, d'une part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sécurité publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". D'autre part, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".

7. En l'espèce, M. A se prévaut de sa présence en France depuis l'année 2020, de ce qu'il est accompagné de son fils âgé de huit ans, scolarisé sur le territoire national, et de son intégration la présence et de la scolarité de son fils âgé de huit ans et de son intégration dans le village de l'Hospitalet-près-l'Andorre. Il se prévaut par ailleurs de ce qu'il ne pourra mener une vie familiale normale dans son pays d'origine en raison des risques qu'il encourt en Guinée. L'intéressé ne démontre toutefois pas que sa cellule familiale ne pourrait pas se reconstituer en Guinée, ni que son fils ne pourrait y être scolarisé, dès lors en particulier que la réalité des risques dont il se prévaut n'est pas établie. Par ailleurs, M. A n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine, où résident son épouse et son second enfant. En outre, la circonstance qu'il a bénéficié d'un contrat de travail à durée déterminée au cours de l'été 2022 et qu'il justifie d'une promesse d'emploi similaire pour l'été 2023 ne suffit pas à démontrer qu'il aurait désormais fixer le centre de ses intérêts personnels en France. Dans ces conditions, en dépit des efforts d'intégration de M. A, qui ressortent de nombreuses attestations qu'il produit, la décision litigieuse n'est pas entachée d'erreur de droit au regard des stipulations visées au point 6.

8. En cinquième et dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8, la décision en litige n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. A.

S'agissant de la décision fixant le pays de destination

9. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 3 à 8 que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination serait dépourvue de base légale en raison de l'illégalité affectant la décision portant obligation de quitter le territoire français.

10. En deuxième lieu, l'arrêté litigieux vise l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et indique que le requérant n'établit pas être exposée à des peines ou traitements contraires à ces stipulations en cas de retour dans son pays d'origine. Dès lors, il doit être regardé comme étant suffisamment motivé.

11. En troisième et dernier lieu, selon l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines et traitements inhumains et dégradants ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et de séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Il appartient à l'étranger qui conteste son éloignement de démontrer qu'il y a des raisons sérieuses de penser que, si la mesure incriminée était mise à exécution, il serait exposé à un risque réel de se voir infliger des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

12. M. A soutient qu'il appartient à l'ethnie peul et qu'il craint d'être exposé à des traitements inhumains et dégradants en cas de retour en Guinée, en raison de son engagement politique en faveur de l'Union des forces démocratiques de Guinée, compte tenu notamment du fait qu'il a mobilisé les jeunes de son quartier en vue de participer à une manifestation à laquelle il a lui-même participé. Il soutient également qu'il a été incarcéré à plusieurs reprises, qu'il a été violenté, qu'il a réussi à sortir de prison grâce à la corruption d'un gardien et que sa femme et son second enfant vivent cachés en Guinée. Toutefois, alors qu'il ressort des pièces du dossier que sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile, les seuls certificats médiaux qu'il produit, indiquant que les cicatrices qu'il présente sont compatibles avec ses déclarations, ne sont pas de nature établir la réalité des risques invoqués en cas de retour dans son pays d'origine. Le moyen tiré de la méconnaissance des article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers doit par suite être écarté.

S'agissant de la décision portant refus de délai de départ volontaire

13. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Selon l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité () ".

14. Pour refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire à M. A, la préfète de l'Ariège s'est fondée sur les dispositions des 1°, 4° et 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En l'espèce, d'une part, il ressort des pièces du dossier que si l'intéressé ne peut justifier être entré régulièrement en France, il a sollicité le bénéfice de l'asile, de sorte qu'il ne peut être regardé comme n'ayant pas sollicité la délivrance de titre de séjour. Par ailleurs, il ne ressort pas du procès-verbal d'audition réalisé le 21 avril 2023 que M. A aurait déclaré explicitement son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français. D'autre part si, dans le mémoire produit en défense, la préfète de l'Ariège indique que le requérant n'a pas exécuté la précédente mesure d'éloignement prise à son encontre, il est constant que la décision attaquée n'est pas fondée sur les dispositions du 5° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qu'aucune substitution de base légale n'a été sollicitée en défense. S'il est établi que le requérant est dépourvu de documents d'identité ou de voyage en cours de validité, il ne résulte pas de l'instruction que la préfète de l'Ariège aurait pris la même décision en se fondant sur ce seul motif. Par conséquent, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être accueilli. Il y a donc lieu d'annuler la décision portant refus de délai de départ volontaire et, par voie de conséquence, celle portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens dirigés contre ces décisions.

15. Il résulte de tout ce qui précède que M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté de la préfète de l'Ariège en date du 21 avril 2023 en tant seulement qu'il lui refuse un délai de départ volontaire et lui interdit le retour sur le territoire français pour une durée de douze mois.

S'agissant de la décision portant assignation à résidence

16. En premier lieu, la décision attaquée vise notamment les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'arrêté du 19 avril 2023 par lequel la préfète de l'Ariège a obligé M. A à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de douze mois. Elle fait également état de la situation personnelle de M. A et précise que l'assignation est prononcée dans la perspective de l'éloignement de l'intéressé, le temps d'obtenir un laisser-passer consulaire et de prévoir l'organisation matérielle de son retour en Guinée. Dès lors, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

17. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 16 que M. A n'est pas fondé à soutenir que la préfète de l'Ariège a entaché sa décision d'un défaut d'examen réel et sérieux.

18. En troisième lieu, si M. A soutient que la préfète de l'Ariège n'établit pas que la mesure d'éloignement sera exécutée à bref délai et qu'elle aurait accompli des diligences à cet effet, il résulte des termes mêmes de la décision attaquée qu'il est nécessaire d'obtenir un laisser-passer consulaire et de prévoir l'organisation du départ, en raison de l'absence de tout document d'identité. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation à cet égard.

19. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger assigné à résidence en application du présent titre se présente périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie. () ". Aux termes de l'article R. 733-1 du même code : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : / () 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; ".

20. En l'espèce, si M. A soutient qu'il n'est pas véhiculé et que le trajet entre son domicile et la gendarmerie d'Ax-les-Thermes, où il doit se présenter les lundis et jeudis hors jours fériés à 10 heures, l'obligent à parcourir 18 kilomètres en trente minutes, il ne démontre pas qu'il ne pourrait pas faire usage de modes de transport en commun. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée méconnaît l'article L. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

21. D'une part, aux termes de l'article L. 614-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision de ne pas accorder de délai de départ volontaire est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné à cette fin rappelle à l'étranger son obligation de quitter le territoire français dans le délai qui lui sera fixé par l'autorité administrative en application des articles L. 612-1 ou L. 612-2. Ce délai court à compter de sa notification. ". Il résulte de ces dispositions que lorsque le magistrat désigné prononce l'annulation d'une décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire à un étranger obligé de quitter le territoire français, il lui appartient uniquement de rappeler l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire français dans le délai qui lui sera fixé par l'autorité administrative, sans qu'il puisse enjoindre au préfet de fixer un délai de départ.

22. Il résulte de ce qui a été dit au point 21 que les conclusions à fin d'injonction présentées par M. A, qui tendent à ce qu'il soit enjoint à la préfète de l'Ariège de délivrer à M. A une autorisation provisoire de séjour avec droit au droit au travail dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à tout le moins, de procéder au réexamen de sa situation en lui délivrant une autorisation provisoire au séjour avec droit au travail, doivent être rejetées.

23. D'autre part, aux termes de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit asile : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006. / Les modalités de suppression du signalement de l'étranger en cas d'annulation ou d'abrogation de l'interdiction de retour sont fixées par voie réglementaire. ". Aux termes de l'article R. 613-7 du même code : " Les modalités de suppression du signalement d'un étranger effectué au titre d'une décision d'interdiction de retour sont celles qui s'appliquent, en vertu de l'article 7 du décret n° 2010-569 du 28 mai 2010 relatif au fichier des personnes recherchées, aux cas d'extinction du motif d'inscription dans ce traitement. ". Aux termes de l'article 7 du décret du 28 mai 2010 : " Les données à caractère personnel enregistrées dans le fichier sont effacées sans délai en cas d'aboutissement de la recherche ou d'extinction du motif de l'inscription. () ".

24. Il résulte de ces dispositions que l'annulation de l'interdiction de retour sur le territoire français prise à l'encontre de M. A implique nécessairement l'effacement du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen résultant de cette décision. Par suite, il y a lieu d'enjoindre à la préfète de l'Ariège de mettre en œuvre sans délai la procédure d'effacement de ce signalement à compter de la date de notification de la présente décision.

Sur les frais de l'instance :

25. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Kosseva-Venzal de la somme de 1 250 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'Etat, et sous réserve de l'admission définitive de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

26. La présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions présentées à ce titre par M. A sont sans objet.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : L'arrêté de la préfète de l'Ariège en date du 21 avril 2023 est annulé en tant qu'il porte refus de délai de départ volontaire et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois.

Article 3 : Il est enjoint à la préfète de l'Ariège de procéder à la suppression du signalement à fin de non-admission de M. A dans le système d'information Schengen, sans délai à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de M. A à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Kosseva-Venzal renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, l'Etat versera à Me Kosseva-Venzal la somme de 1 250 euros au titre des articles 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B C A, à Me Kosseva-Venzal et à la préfète de l'Ariège.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 avril 2023.

La magistrate désignée,

M. PETRI La greffière,

V. BRIDET

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ariège, en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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