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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2302417

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2302417

mardi 2 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2302417
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantBARBOT-LAFITTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 avril 2023, M. A B, représenté par Me Barbot-Lafitte substituée par Me Doumenc, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 25 avril 2023 par lequel le préfet du Tarn l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros à son conseil sur le fondement des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du

10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ou, subsidiairement, dans l'hypothèse où l'aide juridictionnelle ne lui serait pas octroyer, sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est privée de base légale ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen ;

- le préfet s'est estimé, à tort, lié par la décision de la Cour nationale du droit d'asile ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est privée de base légale ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation.

Par une mémoire en défense enregistré le 28 avril 2023, le préfet du Tarn conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les décisions attaquées et les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Jorda, premier conseiller, pour statuer sur les demandes présentées au titre de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Jorda,

- les observations de Me Doumenc, représentant M. B absent, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et précise que toutes les décisions attaquées sont insuffisamment motivées, que le requérant soutient de bonne foi ne pas avoir eu connaissance de la notification de la décision de la CNDA et que le placement en garde-à-vue ne suffit pas à caractériser la menace à l'ordre public, menace qui n'est pas étayée par les pièces du dossier, que, si le requérant a indiqué ne pas vouloir retourner dans son pays d'origine il n'a jamais déclaré ne pas vouloir exécuté la décision prise à son encontre et que la décision du préfet fixant le pays de renvoi ne peut pas prévoir de le renvoyer en Géorgie alors qu'il a demandé l'asile ;

- le préfet du Tarn n'étant ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant géorgien né le 7 décembre 1992 à Gali (Géorgie), déclare être entré sur le territoire français il y a neuf mois. Le 18 août 2022, il a sollicité l'asile et l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande d'asile par une décision du

31 octobre 2022. La Cour nationale du droit d'asile a confirmé le rejet de sa demande par une décision du 29 mars 2022. Par un arrêté du 25 avril 2023, le préfet du Tarn l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire pour une durée d'un an. Par sa présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler ces décisions.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose que : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressé, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise les textes dont il fait application, notamment le 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales. Il rappelle les conditions d'entrée de M. B sur le territoire national et le rejet de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 31 octobre 2022, puis la confirmation de ce rejet par la Cour nationale du droit d'asile le 29 mars 2023. Il mentionne les éléments essentiels de la situation personnelle et familiale de l'intéressé et précise que si l'intéressé se déclare marié, la demande d'asile de sa conjointe a également été rejetée. Enfin, il indique qu'il n'est pas porté une atteinte disproportionnée à la situation personnelle et à la vie familiale de M. B. Dès lors, la décision portant obligation de quitter le territoire français est suffisamment motivée.

4. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; () ".

5. Il résulte des termes de l'arrêté attaqué que pour obliger le requérant à quitter le territoire français, le préfet s'est fondé sur les dispositions du 4° et du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, le préfet, en se bornant à produire le procès-verbal d'audition du requérant par les services de police qui l'accuse de vol en réunion et en l'absence de signalisation antérieure, ne pouvait obliger l'intéressé à quitter le territoire français en se fondant sur le 5° de l'article L. 611-1 du code de précité. En revanche, il ressort des pièces du dossier que M. B est entré sur le territoire français il y a 9 mois, a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile le 18 août 2022 qui a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 31 octobre 2022, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile le 29 mars 2023. Ainsi, il résulte de l'instruction que le préfet aurait pris la même décision en se fondant uniquement sur le 4° de l'article précité, lequel suffisait à justifier légalement l'obligation de quitter le territoire français. Dès lors, la décision n'est ni entachée d'une erreur de droit ni d'une erreur manifeste d'appréciation.

6. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué ni des pièces du dossier que le préfet du Tarn n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation du requérant avant d'édicter la décision portant obligation de quitter le territoire français attaquée. Dès lors, le moyen d'erreur de droit soulevé sur ce point doit être écarté.

En ce qui ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

7. En premier lieu, la décision attaquée vise les textes dont elle fait application, notamment l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales. Elle précise que l'intéressé n'établit pas être exposé à des traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Dès lors, la décision est suffisamment motivée.

8. En deuxième lieu, M. B fait valoir qu'il risque pour sa vie en cas de retour en Géorgie. Toutefois, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile ont rejeté sa demande d'asile, et il n'apporte aucun élément permettant d'établir en l'état de l'instruction qu'il est exposé de façon personnelle, direct et actuelle à des risques sérieux pour sa vie, sa sécurité ou sa liberté en cas de retour en Géorgie. Dans ces conditions, le préfet n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation. Dès lors, le moyen doit être rejeté.

9. En troisième lieu, il ne ressort ni des motifs de l'arrêté attaqué ni des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation de l'intéressé.

10. En quatrième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté litigieux ni d'aucune pièce du dossier que le préfet du Tarn se serait estimé lié par les décisions rendues par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile. Par suite, ce moyen doit être écarté.

En ce qui concerne les autres décisions :

11. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () ".

12. Il résulte des termes de l'arrêté attaqué que pour refuser d'octroyer un délai de départ volontaire à M. B, le préfet s'est fondé sur la seule circonstance que le comportement de M. B troublait gravement l'ordre public en raison de sa mise en cause pour des faits de vol en réunion le 24 avril 2023. Toutefois, le préfet ne produit à cet égard que le procès-verbal d'audition de l'intéressé qui ne reconnait pas les faits qui lui sont reprochés. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant aurait des antécédents judiciaires. De plus, le préfet n'établit pas que M. B serait poursuivi pour les faits reprochés. De cette façon, ces éléments ne permettent pas de considérer que le comportement de M. B constituait une menace pour l'ordre public. Par ailleurs, il ne résulte pas des écritures en défense du préfet du Tarn qu'il puisse être regardé comme faisant valoir un autre motif que celui ayant initialement fondé la décision en litige. Dans ces conditions, le préfet du Tarn a fait une inexacte application des dispositions citées au point précédent. Le moyen invoqué à cet égard doit être accueilli.

13. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête dirigés contre cette décision, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire ainsi que, par voie de conséquence, celle de la décision prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an qui, en application des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, se trouve privée de base légale.

Sur les conséquences de l'annulation de la décision portant refus de délai de départ :

14. Aux termes de l'article L. 614-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision de ne pas accorder de délai de départ volontaire est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné à cette fin rappelle à l'étranger son obligation de quitter le territoire français dans le délai qui lui sera fixé par l'autorité administrative en application des articles L. 612-1 ou L. 612-2. Ce délai court à compter de sa notification ".

15. En application de ces dispositions, il est rappelé à M. B qu'il doit quitter le territoire français dans le délai qui lui sera fixé par l'autorité administrative en application des articles L. 612-1 ou L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ce délai courant à compter de sa notification.

Sur les frais liés au litige :

16. M. B a été admis provisoirement à l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Barbot-Lafitte, avocate du requérant, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Barbot-Lafitte de la somme de 1 500 euros.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'arrêté du préfet du Tarn en date du 25 avril 2023 est annulé en tant qu'il porte refus de délai de départ volontaire et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Article 3 : Sous réserve de l'admission définitive de M. B à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Barbot-Lafitte renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Barbot-Lafitte une somme de 1 500 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Conformément aux dispositions de l'article L. 614-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il est rappelé à M. B qu'il est obligé de quitter le territoire français en application de la décision du préfet du Tarn du 25 avril 2023, dans le délai qui lui sera fixé par l'autorité administrative.

Article 6 : Le présente jugement sera notifié à M. A B, à Me Barbot-Lafitte et au préfet du Tarn.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mai 2023.

La magistrate désignée,

V. JORDA La greffière,

A. BACH

La République mande et ordonne au préfet du Tarn, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,4

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