mardi 2 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2302418 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | BARBOT-LAFITTE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 27 avril 2023, M. D C, représenté par Me Barbot-Lafitte substituée par Me Doumenc, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 25 avril 2023 par lequel le préfet de la Haute-Garonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans et a fixé le pays de renvoi ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros à son conseil en application des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen ;
En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire :
- elle est entachée d'un défaut de motivation
- elle est privée de base légale dans la mesure où elle est fondée sur la décision portant refus de délai de départ volontaire ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce que le préfet, qui s'estime, à tort, en situation de compétence liée, n'a pas procédé à l'examen de sa situation et ne mentionne par les circonstances humanitaires le concernant ;
En ce qui concerna la décision fixant le pays de renvoi :
- Elle est privée de base légale dans la mesure où elle est fondée sur la décision portant obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense enregistré le 2 mai 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Jorda, conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Jorda,
- les observations de Me Doumenc, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et précise que le requérant a exécuté la première mesure d'éloignement prise à son encontre dès lors qu'il s'est rendu en Italie mais qu'étant sans ressource et malade, il a décidé de revenir en France, que le préfet n'a pas pris en compte sa situation personnelle et les circonstances humanitaires dont il se prévaut dès lors qu'il est gravement menacé dans son pays d'origine, le Nigéria, que le quantum de l'interdiction de retour sur le territoire français n'est ni justifié ni motivé et que, ayant demandé l'asile, il ne peut pas faire l'objet d'un renvoi dans son pays d'origine,
- les observations de M. C, assisté de Mme B, interprète en langue anglaise, qui fait savoir qu'il n'a commis aucun crime, qu'il a des problèmes de santé, qu'il est orphelin dans son pays d'origine, que son fils vit en Afrique avec sa tante et qu'il souhaite vivre en France dans le respect des lois et avoir une belle vie,
- les observations de M. A, représentant le préfet de la Haute-Garonne, qui conclut aux mêmes fins et précise que, au-delà de la menace à l'ordre public, l'absence d'entrée régulière sur le territoire français et l'absence de garanties de représentation suffisantes, notamment l'absence de document d'identité ou de voyage, justifient que la mesure d'éloignement soit prise sans délai en application des dispositions de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que l'interdiction de revenir sur le territoire français se fonde sur l'absence de délai, que, s'agissant du pays de renvoi, à ce stade, aucun document d'identité n'ayant été présenté, le requérant n'établit pas que son pays d'origine est le Nigéria, tout comme il n'établit pas qu'il encourt un danger dans ce pays où vit son fils pour lequel ce pays ne représente pas de danger, qu'aucun élément du dossier ne permet d'attester de ses problèmes de santé ni montrer que, dans son pays d'origine, il ne peut pas bénéficier d'un traitement ni qu'une absence de prise en charge pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant nigérian, né le 7 janvier 1988 à Bénin City (Nigéria), a déclaré être entré sur le territoire français durant l'année 2018. Par un arrêté en date du
24 février 2022, le préfet des Hautes-Pyrénées l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Par un nouvel arrêté en date du 25 avril 2023, le préfet de la Haute-Garonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire français pour un délai de deux ans. Par sa présente requête, M. C demande au tribunal d'annuler ces décisions.
Sur le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressé, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
3. En premier lieu, la décision attaquée vise les dispositions et stipulations dont il fait application, notamment les dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle rappelle que le requérant s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour et mentionne les principaux éléments de sa situation personnelle et familiale, notamment qu'il se déclare célibataire, sans enfants à charge et que ses liens personnels et familiaux en France ne sont pas intenses et stables. Par conséquent, la décision attaquée est suffisamment motivée.
4. En second lieu, il ne ressort ni des mentions figurant dans la décision attaquée ni des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de M. C avant de prononcer la décision litigieuse. Par suite, le moyen doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :
5. En premier lieu, la décision attaquée vise les dispositions et stipulations dont elle fait application, en particulier les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et notamment les 1°, 5° et 8° de ce dernier article et précise que
M. C s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement et qu'il ne possède pas de garanties de représentation suffisantes. Par conséquent, la décision attaquée est suffisamment motivée.
6. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, () qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".
7. Il résulte de l'arrêté attaqué que, pour refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire à M. C, le préfet de la Haute-Garonne s'est fondé sur les dispositions précitées du 1°, 5° et 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Nonobstant le fait que le requérant a sollicité un titre de séjour en ce qu'il a demandé la protection au titre de l'asile qui lui a été refusé successivement par l'Office de protection des réfugiés et des apatrides et la Cour nationale du droit d'asile. Il ressort des pièces du dossier qu'il s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement édicté par le préfet des Hautes-Pyrénées en date du 24 janvier 2022. En outre, il ressort de son audition du 25 avril 2023 qu'il n'est pas en possession de document d'identité ou de voyage, et ne présente donc pas, pour cette seule raison, des garanties de représentations suffisantes. Dans ces conditions le préfet de la Haute-Garonne aurait pu se fonder sur les seules dispositions du 5° et du 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour refuser d'accorder un délai de départ volontaire à M. C. Par suite, en l'absence de circonstance particulière, le préfet n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions précitées en refusant d'octroyer un délai de départ volontaire à M. C.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire :
8. En premier lieu, la décision contestée vise les dispositions et stipulations dont elle fait application, notamment les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle précise que M. C s'est vu refusé un délai de départ volontaire et qu'aucune circonstance humanitaire ne s'oppose à ce que le requérant soit interdit de retour sur le territoire français et que, du fait de son entrée récente sur le territoire français, il ne justifie pas de liens anciens et stables ou d'une particulière intensité en France. Par suite, la décision attaquée est suffisamment motivée.
9. En second lieu, il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français serait privée de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de délai de départ volontaire.
10. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".
11. Il résulte de ce qui a été dit aux points précédents que M. C est entré au cours de l'année 2018 sur le territoire français et ne justifie pas de liens d'une particulière intensité en France, compte tenu notamment du fait qu'il a vécu dans son pays d'origine la majeure partie de sa vie. De plus, le requérant a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement édictée par la préfecture des Hautes-Pyrénées le 24 février 2022. Dans ces conditions, le préfet de la
Haute-Garonne, en l'absence de toute circonstance humanitaire, a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation, prononcer à l'encontre de l'intéressé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. En outre, il ressort des termes de la décision attaquée que le préfet ne s'est pas estimé en situation de compétence liée. Par suite, ces moyens doivent être écartés.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
12. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à soutenir la décision fixant le pays de renvoi serait privée de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
13. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne en date du 25 avril 2023.
Sur les frais liés au litige :
14. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D C, à
Me Barbot-Lafitte et au préfet de la Haute-Garonne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mai 2023.
La magistrate désignée,
V. JORDA La greffière
A. BACH
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
No 2302418
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026