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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2302481

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2302481

vendredi 12 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2302481
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantBENOIT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 avril 2023, M. A C, représenté par Me Benoit, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 25 avril 2023 par lequel le préfet de la Haute-Garonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée de deux ans ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Benoit de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision fixant le délai de départ volontaire est insuffisamment motivée ;

- l'interdiction de circulation sur le territoire français est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- la décision fixant le pays de renvoi est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle ;

- il porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;

- il méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le préfet a entaché son arrêté d'un défaut d'examen complet de sa situation.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 mai 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par une ordonnance du 26 février 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 12 mars 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Michel a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant slovaque né le 10 décembre 1992, a déclaré être entré en France en 2004. Il a été incarcéré le 16 mars 2022 au centre pénitentiaire de Seysses suite à sa condamnation à 4 mois de prison ferme par le tribunal correctionnel d'Albi le 31 août 2017 pour des faits de violences conjugales. Au cours de sa détention, il a été condamné à une peine d'emprisonnement de 24 mois supplémentaires dont 6 mois avec sursis par le tribunal correctionnel de Toulouse le 8 avril 2022 pour des faits de vol avec violence. Par un arrêté du 25 avril 2023, le préfet de la Haute-Garonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée de deux ans. M. C demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ". Aux termes du second alinéa de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 : " L'admission provisoire est accordée par la juridiction compétente ou son président () soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été statué. ".

3. En l'absence d'urgence et alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il aurait déposé une demande d'aide juridictionnelle, ce alors que sa requête a été enregistrée le 29 avril 2023, il n'y a pas lieu d'admettre M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, il ne ressort ni de la motivation de la décision attaquée, ni des autres pièces du dossier que le préfet de la Haute-Garonne n'aurait pas procédé à un examen réel et complet de la situation de M. C.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".

6. M. C se borne à soutenir qu'il est arrivé en France en 2004, qu'il a vécu en concubinage pendant douze ans, qu'il est père de deux enfants et qu'il a des problèmes de santé pour lesquels il bénéficie d'un traitement médical sans apporter aucun élément probant au soutien de ses allégations. A supposer même que sa situation de concubinage soit avérée, il ressort des pièces du dossier, en particulier de ses propres déclarations lors de son audition par les services de police le 20 avril 2023, qu'il s'est séparé de sa compagne suite à son incarcération le 16 mars 2022 pour des faits de violences commises sur elle, qu'il n'a plus de contact ni avec elle, ni avec leurs deux enfants mineurs depuis un an. Dans la mesure où l'intéressé n'a plus de contact avec ses deux enfants et n'établit pas contribuer à leur entretien et à leur éducation, la circonstance qu'il serait séparé d'eux par l'effet de l'obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre ne saurait être regardée comme constituant une atteinte à l'intérêt supérieur de ses enfants. Par ailleurs, à supposer que les problèmes de santé allégués soient avérés, il ne ressort pas des pièces du dossier et n'est pas même allégué qu'il ne pourrait bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Enfin, M. C, qui a été pénalement condamné en 2017 et en 2022 pour des faits de violences conjugales puis de vol avec violence et incarcéré au centre pénitentiaire de Seysses depuis le 16 mars 2022, ne justifie aucunement de son insertion au sein de la société française. Par suite, le préfet n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, n'a pas méconnu l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de sa décision sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire :

7. Aux termes de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les étrangers dont la situation est régie par le présent livre disposent, pour satisfaire à l'obligation qui leur a été faite de quitter le territoire français, d'un délai de départ volontaire d'un mois à compter de la notification de la décision. / L'autorité administrative ne peut réduire le délai prévu au premier alinéa qu'en cas d'urgence et ne peut l'allonger qu'à titre exceptionnel. "

8. La décision contestée vise l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, rappelle les infractions commises par M. C pour lesquels il a été pénalement condamné et incarcéré et indique que, eu égard à la gravité des faits commis, il y a urgence à l'éloigner sans délai du territoire français. Dès lors, le préfet, qui a exposé les raisons pour lesquelles il refusait d'accorder à l'intéressé un délai de départ volontaire, a suffisamment motivé sa décision.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

9. La décision fixant le pays de renvoi, qui rappelle la nationalité de l'intéressé et précise qu'il n'établit pas être exposé à des risques personnels en cas de retour dans son pays d'origine, est suffisamment motivée. Il ne ressort ni de la motivation de la décision attaquée, ni des autres pièces du dossier que le préfet de la Haute-Garonne n'aurait pas procédé à un examen réel et complet de la situation de M. C avant de fixer le pays de renvoi. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen de sa situation doivent être écartés.

En ce qui concerne l'interdiction de circulation sur le territoire français :

10. Aux termes de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans. "

11. La décision contestée vise les articles L. 251-4 à L. 251-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, précise que l'obligation de quitter le territoire français prononcée à l'encontre de M. C a été prise sur le fondement du 2° de l'article L. 251-1 du même code au motif que son comportement constituait une menace pour l'ordre public et indique que l'interdiction de circulation sur le territoire français est prononcée au regard notamment de son âge, de sa santé et sa situation familiale. Elle fait état de ce que l'intéressé a interdiction de voir sa concubine depuis les violences perpétrées à son égard et pour lesquelles il a été condamné, qu'il n'a plus de contact avec elle depuis un an, qu'il ne démontre pas contribuer à l'entretien et à l'éducation de ses deux enfants, qu'il n'est pas dans l'impossibilité de poursuivre sa vie dans son pays d'origine où il a vécu la majeure partie de sa vie, qu'il ne justifie d'aucune volonté particulière d'intégration en France et qu'il n'y a pas d'obstacle à ce qu'il puisse disposer d'un traitement médical approprié dans son pays d'origine. Il ne ressort ni de la motivation de la décision, ni des autres pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen réel et complet de la situation de M. C. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen complet de sa situation doivent être écartés.

Sur les autres conclusions :

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 25 avril 2023 doivent être rejetées. Par suite, les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être également rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. C n'est pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, au préfet de la Haute-Garonne et à Me Benoit.

Délibéré après l'audience du 29 mars 2024 à laquelle siégeaient :

M. Coutier, président,

Mme B, magistrate honoraire,

Mme Michel, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 avril 2024.

La rapporteure,

L. MICHEL

Le président,

B. COUTIER

Le greffier,

B. ROETS

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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