vendredi 5 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2302517 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | GUEYE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires enregistrés les 2, 3 et 5 mai 2023, M. E F, représenté par Me Gueye, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté en date du 30 avril 2023 par lequel le préfet du Tarn ne l'a pas autorisé à se maintenir en France, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi, l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et l'a signalé aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, ensemble l'arrêté du 30 avril 2023 par lequel le préfet du Tarn l'a assigné à résidence ;
3°) d'enjoindre au préfet du Tarn de réexaminer sa situation afin de lui délivrer un titre de séjour et ce, dans un délai de trente jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :
- la décision est entachée d'un défaut de compétence de son auteur ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'une erreur de droit ;
- elle est entachée d'une erreur de fait ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation compte tenu de la gravité et ses effets sur sa situation personnelle et familiale ;
-elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 8 de la convention franco-congolaise ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 551-1 et R. 311-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 313-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- la décision est entachée d'un défaut de compétence de son auteur ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle comporte des vices de forme et de procédure ;
- elle est entachée d'une erreur de droit ;
- elle est entachée d'une erreur de fait ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation compte tenu de la gravité et ses effets sur sa situation personnelle et familiale ;
-elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 8 de la convention franco-congolaise ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 551-1 et R. 311-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 313-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :
- les motifs justifiant cette décision manquent en fait et les faits allégués par le préfet ne peuvent caractériser un risque de fuite au sens de l'article L. 511-1 II du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision est entachée d'une erreur de droit ;
- elle est entachée d'une erreur de fait ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation compte tenu de la gravité et ses effets sur sa situation personnelle et familiale ;
- elle méconnaît le principe de présomption d'innocence ;
-elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article L. 612-2 du même code ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 551-1 et R. 311-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 313-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :
- la décision est entachée d'une erreur de droit ;
- elle est entachée d'une erreur de fait ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation compte tenu de la gravité et ses effets sur sa situation personnelle et familiale ;
-elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 551-1 et R. 311-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 313-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
En ce qui concerne l'arrêté portant assignation à résidence :
- l'arrêté est entaché d'un défaut de motivation ;
- il est entaché d'une erreur de droit ;
- il est entaché d'un défaut de base légale ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation sur sa situation personnelle et familiale ;
- il est entaché d'une erreur de fait ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation compte tenu de la gravité et ses effets sur sa situation personnelle et familiale ;
-il méconnaît les dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
- il méconnaît les dispositions des articles L. 551-1 et R. 311-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît les dispositions de l'article L. 313-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il porte atteinte à sa liberté d'aller et venir ;
Par un mémoire en défense enregistré le 5 mai 2023, le préfet du Tarn conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les décisions attaquées et les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code des relations entre le public et l'administration,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Jorda, conseillère, pour statuer sur les demandes présentées au titre de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A, qui a soulevé d'office le moyen tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'annulation des décisions portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et signalement aux fin de non-admission dans le système d'information Schengen, dès lors que ces décisions sont inexistantes en ce qui concerne M. F,
- les observations de Me Gueye, représentant M. F, qui conclut aux mêmes fins, par les mêmes moyens et précise que la présomption d'innocence et le droit à un recours effectif ont été remis en cause par les décisions attaquées, que le requérant entretient une relation, depuis plusieurs mois, avec une ressortissante française avec laquelle il a conclu un PACS en mars 2023 et avec laquelle il va se marier en juin prochain, qu'il a déposé une demande de titre de séjour en tant que conjoint de français et que sa vie privée et familiale est reconnue en France, que les décisions attaquées sont insuffisamment motivées et que, la délégation de signature n'étant pas prouvée, le signataire était incompétent, que le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation dès lors que le requérant ne représente pas une menace à l'ordre public, qu'une garde-à-vue pour des violences conjugales, qui ne sont pas établies, est insuffisante pour caractériser la menace à l'ordre public, que le requérant est une personne connue et reconnue dans son pays d'origine, que, dans ces conditions, l'obligation de quitter le territoire français doit être annulée et, par voie de conséquence, les actes subséquents doivent être annulés, que l'absence de délai de départ volontaire méconnait les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- les observations de M. F, qui répond aux questions du magistrat et précise qu'il met en cause tous les propos dirigés à son encontre dès lors qu'il ne constitue aucunement une menace à l'ordre public, que, dans son pays d'origine, le Congo, il est député suppléant, que si, dans un premier temps, il a souhaité être ordonné prêtre, désormais il n'est plus dans les ordres, qu'il a créé sa propre société et c'est pour cette raison qu'il est très pris au Congo, qu'il a également dû mener des conférences en Italie, qu'il est en couple avec une ressortissante française depuis deux ans, que cette relation à distance devenant difficile, il a décidé de venir en France mais que son emploi du temps, entre son mandat de député suppléant, la gestion de sa société et les conférences qu'il tient un peu partout, lui a laissé peu de temps pour venir en France et qu'il conteste les faits de violences conjugales qui lui sont reprochés,
- le préfet du Tarn n'étant ni présent ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. M. F, né le 6 mai 1990 à Brazzaville (Congo), de nationalité congolaise, est entré sur le territoire français le 5 octobre 2022 muni d'un passeport revêtu d'un visa valable jusqu'au 2 avril 2023. Le 23 mars 2023, il a sollicité son admission au séjour du fait de sa relation avec une ressortissante française. Par un arrêté du 30 avril 2023, le préfet du Tarn a implicitement refusé de lui octroyer un droit au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de renvoi et par un arrêté du même jour, il l'a assigné à résidence. Par la présente requête, M. F demande au tribunal d'annuler ces décisions et d'enjoindre au préfet du Tarn de lui délivrer un titre de séjour.
Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose que : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressé, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur l'étendue du litige :
3. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment de l'arrêté attaqué, que le requérant aurait fait l'objet d'une décision lui interdisant un retour sur le territoire français pour une durée d'un an et le signalant aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. Il s'ensuit que les conclusions tendant à l'annulation de telles décisions ne peuvent être que rejetées.
4. En second lieu, il résulte des dispositions des articles L. 614-8 et L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article R. 776-17 du code de justice administrative, qu'en cas de placement en rétention ou d'assignation à résidence du requérant, il appartient au magistrat désigné par le président du tribunal administratif de se prononcer sur les conclusions tendant à l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français, dont il pourrait être saisi. Toutefois, il ne lui appartient pas de se prononcer sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision relative au séjour.
5. En l'espèce, il n'y a lieu de statuer que sur les conclusions de la requête de M. F tendant à l'annulation des décisions du 30 avril 2023 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et portant assignation à résidence ainsi que sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte et tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 dont elles sont assorties. En revanche, les conclusions dirigées contre la décision du 30 avril 2023 par laquelle le préfet de la Haute-Garonne a implicitement refusé de lui délivrer un titre de séjour et annulant tout document provisoire dont l'intéressé serait éventuellement en possession doivent être renvoyées devant une formation collégiale du tribunal administratif de Toulouse
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
6. En premier lieu, par un arrêté du 2 janvier 2023 régulièrement publié le même jour, le préfet du Tarn a donné délégation à M. Fabien Chollet, secrétaire général, à l'effet de signer les arrêtés pris en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions doit être écarté.
7. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise notamment l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales et les points 3° et 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet indique que le requérant a déposé une demande de titre de séjour portant la mention vie privée et familiale le 23 mars 2023 et précise les motifs justifiant le refus qu'il a opposé à cette demande. L'autorité préfectorale rappelle également la situation de l'intéressé et indique que les décisions prises ne portent pas une atteinte disproportionnée à sa situation personnelle et à sa vie familiale. Par suite, la décision portant obligation de quitter le territoire français, qui comportent les circonstances de droit et de fait qui la fonde, est suffisamment motivée.
8. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Et aux termes de l'article 8 de la convention franco-congolaise relative à la circulation et au séjour des personnes du 31 juillet 1993 : " Les membres de la famille d'un ressortissant de l'un des Etats contractants peuvent être autorisés à rejoindre le conjoint régulièrement établi sur le territoire de l'autre Etat dans le cadre de la législation en vigueur dans l'Etat d'accueil en matière de regroupement familial. Ils reçoivent un titre de séjour de même nature que celui de la personne qu'ils rejoignent dans le cadre de la législation de l'Etat d'accueil ".
9. M. F, qui est entré le 5 octobre 2022 sur le territoire français, se prévaut de la présence en France de sa conjointe, Mme D B, ressortissante française et du fait qu'ils soient partenaires d'un pacte civil de solidarité. A l'appui de ses allégations, le requérant produit un justificatif de domicile, une échographie concluant à une grossesse intra-utérine de 6 semaines environ et un récépissé de l'enregistrement de leur pacte civil de solidarité. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant entretiendrait avec sa conjointe une relation stable et durable. En effet, le pacte civil de solidarité qui uni le requérant et sa conjointe date du 21 mars 2023, soit moins d'un mois avant l'édiction de la décision attaquée et le justificatif de domicile qu'il fournit n'atteste de leur cohabitation que depuis le 14 février 2023. En outre, le requérant, qui a déclaré avoir des membres de sa famille au Congo, ne justifie pas être dépourvu d'attaches familiales et personnelles dans son pays d'origine. Enfin, l'intéressé n'établit pas bénéficier d'une quelconque intégration sur le territoire français alors même qu'il déclare exercer des fonctions de député suppléant et gérer une entreprise au Congo. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales, d'une erreur de fait et d'une erreur de droit doivent tous être écartés. Pour les mêmes motifs, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de sa décision sur la situation personnelle et familiale du requérant.
10. En quatrième lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas pour objet de déterminer un délai de départ volontaire du requérant. Ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est inopérant à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
11. En cinquième lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas pour objet de fixer le pays de renvoi du requérant. Ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
12. En sixième lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 551-1, R. 311-3, L. 313-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ne sont pas assortis de précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé. Ces moyens seront donc écartés.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
13. En premier lieu, si le requérant soutient que la décision portant fixation du pays de renvoi méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales, ce moyen est inopérant à l'encontre d'une décision qui fixe le pays de renvoi et ne peut donc qu'être écarté.
14. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 6 que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision litigieuse est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur de droit. Pour les mêmes motifs, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de sa décision sur la situation personnelle et familiale du requérant.
15. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Il appartient à l'étranger qui conteste son éloignement de démontrer qu'il y a des raisons sérieuses de penser que, si la mesure incriminée était mise à exécution, il serait exposé à un risque réel de se voir infliger des traitements contraires aux stipulations de cet article.
16. Si le requérant déclare que la décision litigieuse méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales, il ne justifie pas ses allégations. Dès lors, le moyen tiré de la violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ne peut être accueilli.
17. En quatrième lieu, la décision fixant le pays de renvoi n'a pas pour objet de déterminer le délai de départ volontaire du requérant. Ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est inopérant à l'encontre de cette décision.
18. En cinquième lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 551-1, R. 311-3, L. 313-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ne sont pas assortis de précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé. Les moyens seront donc écartés.
En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi de délai de départ volontaire :
19. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () ".
20. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que, pour refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire à M. F, le préfet du Tarn a considéré que le comportement du requérant constituait une menace pour l'ordre public. Toutefois, si l'arrêté litigieux indique que M. F a commis des actes de violences à l'encontre de sa conjointe et qu'il a été placé en dehors du domicile conjugal, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant ait été condamné en raison des faits précités, qu'il réfute et pour lesquels il a été mis en cause. Par suite, et au regard de ces seuls éléments, le comportement de M. F ne peut être regardé comme constituant une menace pour l'ordre public. Il suit de là qu'en retenant ce seul motif pour fonder la décision portant refus de délai de départ volontaire contestée, le préfet du Tarn a commis une erreur d'appréciation.
21. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête dirigées contre la décision portant refus d'octroi de délai de départ volontaire, que M. F est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du
30 avril 2023 en tant qu'il lui refuse l'octroi d'un délai de départ volontaire.
En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :
22. Aux termes de l'article L. 614-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision de ne pas accorder de délai de départ volontaire est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné à cette fin rappelle à l'étranger son obligation de quitter le territoire français dans le délai qui lui sera fixé par l'autorité administrative en application des articles L. 612-1 ou L. 612-2. Ce délai court à compter de sa notification. ".
23. En l'espèce, dès lors que la mesure portant assignation à résidence est expressément fondée sur la décision portant refus de délai de départ volontaire et que cette dernière décision est elle-même entachée d'illégalité, il y a lieu, par voie de conséquence, d'annuler cette mesure.
24. En application des dispositions précitées de l'article L. 614-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il est rappelé à M. F qu'il doit quitter le territoire français dans le délai qui lui sera fixé par l'autorité administrative en application des articles L. 612-1 ou L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ce délai courant à compter de sa notification.
Sur les frais liés au litige :
25. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Gueye de la somme de 1 000 euros au titre de l'application combinée des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la part contributive allouée par l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée au requérant par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à M. F sur le fondement des seules dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : M. F est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : L'examen des conclusions à fin d'annulation de la décision du 30 avril 2023 portant refus implicite de délivrance d'un titre de séjour est renvoyé devant une formation collégiale du présent tribunal.
Article 3 : La décision du 30 avril 2023 portant obligation de quitter le territoire français est annulée en tant qu'elle porte refus de délai de départ volontaire.
Article 4 : L'arrêté du 30 avril 2023 portant assignation à résidence est annulé.
Article 5 : Sous réserve de l'admission définitive de M. F à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Gueye renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Gueye la somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 6 : Le surplus des conclusions de la requête de M. F est rejeté.
Article 7 : Conformément aux dispositions de l'article L. 614-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il est rappelé à M. F qu'il est obligé de quitter le territoire français en application de la décision du préfet du Tarn du
30 avril 2023, dans le délai qui lui sera fixé par l'autorité administrative.
Article 8 : Le présent jugement sera notifié à M. E F, à
Me Gueye et au préfet du Tarn.
Lu en audience publique le 5 mai 2023.
La magistrate désignée,
V. A Le greffier,
M. C
La République mande et ordonne au préfet du Tarn en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026