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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2302547

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2302547

vendredi 15 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2302547
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantDIALEKTIK AVOCATS AARPI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 mai 2023, M. A B, représenté par Me Brel, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 31 mars 2023 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer le titre de séjour sollicité dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative ou de procéder au réexamen de sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;

- la décision de refus de titre de séjour est entachée d'un défaut de motivation révélant un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en raison de l'irrégularité de l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- elle méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est privée de base légale car fondée sur une décision de refus de séjour elle-même illégale ;

- elle méconnaît le 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle ;

- la décision fixant le pays de renvoi est privée de base légale car fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français illégale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 août 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par une ordonnance du 8 janvier 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 25 janvier 2024.

M. B a été admis à l'aide juridictionnelle totale par décision du 27 septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Michel,

- les observations de Me Bachet, substituant Me Brel, avocat de M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant turc né le 1er novembre 1982, a déclaré être entré en France le 30 juin 2019. Il a sollicité le 12 août 2021 son admission au séjour en raison de son état de santé sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a bénéficié à ce titre d'une autorisation provisoire de séjour renouvelée jusqu'au 7 avril 2023. Il a de nouveau sollicité son admission au séjour en raison de son état de santé le 6 janvier 2023. Par un arrêté du 31 mars 2023, le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle :

2. Par une décision du 27 septembre 2023, M. B a été admis à l'aide juridictionnelle totale. Par suite, les conclusions tendant à son admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire ont perdu leur objet. Il n'y a pas lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs :

3. En premier lieu, l'arrêté litigieux du 31 mars 2023 est signé de Mme E C, directrice des migrations et de l'intégration à la préfecture de la Haute-Garonne, qui bénéficiait d'une délégation de signature pour prendre les décisions en matière de police des étrangers, notamment les décisions de refus de séjour et d'éloignement, en vertu de l'arrêté du 13 mars 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° 31-2023-099 du 15 mars 2023. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / () ". Aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour () ".

5. L'arrêté contesté, qui vise les textes dont il fait application, notamment les articles L. 425-9, L. 611-1, L. 611-3 et L. 612-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, retrace le parcours administratif du requérant depuis son entrée en France, notamment le rejet de sa demande d'asile par les autorités compétentes, ainsi que les principaux éléments de sa vie privée et familiale et expose les raisons pour lesquelles le préfet de la Haute-Garonne a considéré qu'il ne remplissait pas les conditions pour bénéficier d'un droit au séjour, notamment le fait qu'il pouvait bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. L'obligation de quitter le territoire, qui en l'espèce, n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour, est suffisamment motivée. Enfin, la décision fixant le pays de renvoi, qui rappelle la nationalité de l'intéressé, fait état du rejet de sa demande d'asile et précise qu'il n'établit pas être exposé à des risques personnels en cas de retour dans son pays d'origine, est suffisamment motivée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.

6. En troisième lieu, si le requérant soutient que le préfet n'a pris en compte ni sa situation professionnelle, ni la présence de ses deux frères en France, il ne ressort pas des pièces du dossier, et n'est pas même allégué, qu'il aurait porté ces éléments à la connaissance du préfet avant l'édiction de l'arrêté attaqué. Il ne ressort ni de la motivation dudit arrêté ni des autres pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen réel et complet de la situation de M. B.

En ce qui concerne la décision de refus de séjour :

7. En premier lieu, le requérant se borne à soutenir que le préfet ne s'est pas assuré de la régularité de l'avis émis par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) sans assortir ce moyen de précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par ailleurs, si l'intéressé soutient que la décision contestée serait illégale faute pour le préfet de lui avoir communiqué l'avis du collège de médecins de l'OFII auquel il se réfère, aucune disposition législative ou réglementaire n'impose à l'autorité préfectorale de joindre cet avis à une décision de refus de titre de séjour sollicité en qualité d'étranger malade. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée serait entachée d'une irrégularité de procédure.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ".

9. Le collège de médecins de l'OFII a estimé dans son avis du 6 février 2023 que, si l'état de santé de l'intéressé nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il pourrait y bénéficier effectivement d'un traitement approprié.

10. Il ressort des pièces du dossier que M. B souffre de troubles psychiques pour lesquels il bénéficie d'un suivi médical. Le requérant produit plusieurs certificats médicaux, dont un certificat médical du 25 avril 2023 établi par son médecin généraliste, postérieurement à l'arrêté attaqué, selon lequel il n'y aurait pas de traitement efficace dans son pays d'origine. Toutefois, ces éléments, rédigés en des termes très généraux, ne peuvent suffire à démontrer l'impossibilité pour M. B de bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. En outre, s'il ressort de l'attestation de suivi établie le 14 septembre 2022 par une psychologue que l'intéressé souffre d'un état de stress post-traumatique " dû à des événements familiaux qui se seraient déroulés dans son pays d'origine ", ce constat repose uniquement sur les déclarations de M. B. Aucun élément du dossier ne permet d'établir que les troubles psychiques dont il souffre auraient pour origine des événements traumatiques ayant eu lieu en Turquie. Enfin, s'il ressort des pièces du dossier que l'intéressé souffrait d'une tuberculose pulmonaire pour laquelle il suivait un traitement médical depuis juillet 2021, il ressort d'un compte-rendu médical du 21 juillet 2022 que son traitement antituberculeux a été arrêté suite à l'amélioration de son état et qu'un scanner de contrôle était prévu six mois plus tard. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B souffrait toujours de cette pathologie et suivait un traitement médical pour celle-ci à la date de l'arrêté attaqué. Dans ces conditions, il doit être regardé comme pouvant bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Par suite, en refusant de lui délivrer le titre de séjour sollicité, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas méconnu les dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

11. En troisième lieu, M. B a déclaré être entré en France en juin 2019, soit à l'âge de 36 ans. S'il justifie être titulaire d'un contrat à durée indéterminée en qualité d'ouvrier depuis le 1er septembre 2022 et d'un bail de location pour un appartement signé le 12 septembre 2022, ces éléments sont récents à la date de l'arrêté attaqué. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que ses deux frères sont présents sur le territoire français, que l'un s'est vu reconnaître le statut de réfugié tandis que l'autre a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Si le requérant soutient que le fait que ses frères bénéficient de telles protections démontrerait les risques encourus en cas de retour dans son pays d'origine, il n'est pas établi que M. B serait exposé aux mêmes risques que ses frères en cas de retour en Turquie, d'autant que sa demande d'asile a été définitivement rejetée par les autorités compétentes. En outre, il n'établit pas entretenir des liens particulièrement forts avec ses frères présents en France alors qu'il n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où, selon les mentions de sa demande de titre de séjour, résident son épouse et ses deux enfants, dont l'un mineur. S'il a déclaré lors de son audition par les services de police le 7 décembre 2021 vivre en concubinage avec une femme sur le territoire français, il ne ressort pas des pièces du dossier et n'est pas même allégué que M. B serait toujours en situation de concubinage à la date de l'arrêté attaqué. Enfin, et ainsi qu'il a été dit précédemment, il n'est pas établi qu'il ne pourrait bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Par suite, en refusant de lui délivrer un titre de séjour, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

12. En premier lieu, la décision portant refus de séjour n'étant pas illégale, le moyen tiré ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait, par voie de conséquence, illégale doit être écarté.

13. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version en vigueur à la date de l'arrêté attaqué : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. () ".

14. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 10, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

15. Enfin, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision litigieuse sur sa situation doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux retenus au point 11.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

16. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, le moyen tiré ce que la décision fixant le pays de renvoi serait, par voie de conséquence, illégale doit être écarté.

17. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

18. Si le requérant soutient que ses soins ne peuvent se poursuivre en Turquie, lieu de survenance des faits qui lui auraient causé les traumatismes à l'origine de son état de santé, il n'apporte aucun élément au soutien de ses allégations de nature à établir que ses troubles psychiques trouveraient leur origine dans des événements traumatisants ayant eu lieu dans son pays d'origine. Par suite, le requérant n'établissant pas qu'il serait exposé à des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour en Turquie, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

19. Enfin, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de sa situation doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux retenus au point 11.

Sur les autres conclusions :

20. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 31 mars 2023 doivent être rejetées. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, ainsi que les conclusions présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être également rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet de la Haute-Garonne et à Me Brel.

Délibéré après l'audience du 1er mars 2024 à laquelle siégeaient :

M. Coutier, président,

Mme D, magistrate honoraire,

Mme Michel, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 mars 2024.

La rapporteure,

L. MICHEL

Le président,

B. COUTIER

Le greffier,

B. ROETS

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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