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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2302679

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2302679

mardi 27 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2302679
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantTERCERO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 mai 2023, M. E B, représenté par Me Tercero, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 20 avril 2023 par lequel le préfet de la Haute-Garonne l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de réexaminer sa situation dans le délai de deux mois ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros, à verser à son conseil sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou à lui verser sur le seul fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative dans l'hypothèse où il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- l'arrêté préfectoral a été signé par un auteur incompétent ;

- l'obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;

- l'obligation de quitter le territoire français est intervenue au terme d'une procédure qui a méconnu son droit à être entendu, en violation de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et des dispositions de l'article R. 521-14 à R. 521-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui obligeaient le préfet à l'informer, dans une langue qu'il comprend, de la procédure suivie à son égard ;

- la décision est entachée d'erreur de droit faute d'examen de sa situation personnelle, notamment au regard des risques en cas de retour au Bangladesh ;

- le placement de sa demande d'asile en procédure d'asile accélérée est abusif ;

- l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision fixant le pays de destination est insuffisamment motivée ;

- cette décision est entachée d'erreur de droit faute d'examen de sa situation personnelle, notamment au regard des risques en cas de retour au Bangladesh ;

- cette décision viole les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 19 juin 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Grimaud, président, pour statuer sur les demandes présentées au titre de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Grimaud, rapporteur,

- et les observations de Me Tercero, représentant M. B et de M. B, requérant, assisté de Mme C D, interprète en bengali.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant bangladais né le 15 décembre 1997, est entré en France le 28 décembre 2021. Il a sollicité la reconnaissance du statut de réfugié, qui lui a été refusée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 21 juin 2022. Cette décision a été confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 6 mars 2023. Par un arrêté du 20 avril 2023, le préfet de la Haute-Garonne l'a obligé à quitter le territoire français sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. En vertu de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ".

3. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. B, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

4. Par un arrêté en date du 13 mars 2023, publié au recueil administratif le 15 mars 2023, le préfet de la Haute-Garonne a donné délégation à Mme F, directrice des migrations et de l'intégration, en matière de police des étrangers et notamment pour signer les mesures d'éloignement et les décisions les assortissant. Par conséquent, le moyen tiré du défaut de compétence de la signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° () ". En vertu du premier alinéa de l'article L. 613-1 de ce code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée ".

6. En l'espèce, l'obligation de quitter le territoire français édictée à l'encontre de M. B vise le 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne que l'intéressé a vu sa demande d'asile rejetée. L'obligation de quitter le territoire français, qui mentionne sa base légale et les faits justifiant son édiction, est par suite suffisamment motivée.

7. En deuxième lieu, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause. Le droit d'être entendu implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne.

8. Toutefois, dans le cas prévu au 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, où la décision faisant obligation de quitter le territoire français est prise après que la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusée à l'étranger ou si l'étranger ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application de l'article L. 542-1, l'obligation de quitter le territoire français découle nécessairement du défaut de reconnaissance de cette qualité ou de ce bénéfice. Le droit d'être entendu n'implique alors pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français, dès lors qu'il a pu être entendu à l'occasion de l'examen de sa demande d'asile. Par suite, la circonstance que M. B, qui en tout état de cause ne soutient ni ne démontre avoir été privé de la remise des brochures d'information destinées aux demandeurs d'asile, n'ait pas été spécifiquement invité à formuler des observations avant l'édiction de l'obligation de quitter le territoire français, n'entache pas d'irrégularité la procédure d'éloignement menée par le préfet de la Haute-Garonne. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté

9. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier et notamment des termes de la décision attaquée que le préfet de la Haute-Garonne a examiné la situation personnelle de M. B avant de décider son éloignement. Le moyen d'erreur de droit soulevé sur ce point doit donc être écarté.

10. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B, entré en France moins de deux ans avant l'intervention de la décision d'éloignement qu'il attaque, n'est entré sur le territoire français qu'en vue de demander l'asile, ce qu'il a été en mesure de faire, la circonstance que sa demande ait été placée en procédure accélérée étant, à supposer même cette procédure irrégulière, sans incidence sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire français du 20 avril 2023. Par ailleurs, M. B, qui apparaît dépourvu d'attaches en France, n'invoque aucune circonstance particulière susceptible de caractériser une erreur manifeste d'appréciation dans l'analyse de sa situation personnelle par le préfet de la Haute-Garonne.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

11. En premier lieu, la décision contestée vise les articles L. 721-3 à L. 721-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mentionne la nationalité du requérant et l'absence de risque de traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour de M. B au Bangladesh. Elle est dès lors suffisamment motivée.

12. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier et notamment des termes de la décision attaquée que le préfet de la Haute-Garonne a examiné la situation personnelle de M. B avant de fixer le pays de destination de l'éloignement. Le moyen d'erreur de droit soulevé sur ce point doit donc être écarté.

13. En troisième lieu, aux termes du dernier alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Aux termes de l'article 3 de cette convention : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

14. Si M. B fait valoir qu'il serait exposé, en cas de retour au Bangladesh, aux risques de poursuites pénales indues et de violences de la part de membres du parti dénommé " ligue Awami " en raison de son appartenance au parti dit A et de l'hostilité que ses activités ont suscitée au sein des autorités locales et des membres de la ligue Awami, ces craintes n'ont pas été jugées fondées par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile. A cet égard, si l'appartenance du requérant au A ne saurait être remise en cause, les clichés photographiques qu'il produit et les explications dont il a fait état à l'audience ne permettent pas de regarder comme établi le risque de représailles judiciaires ou politiques à son encontre. En particulier, si le requérant a produit devant le tribunal deux extraits de journaux de 2018 et 2020 faisant état d'arrestations et de procédures judiciaires arbitraires menées à son encontre, il ne ressort pas de ces pièces qu'il encourrait encore effectivement, à ce jour, le risque de traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales à raison de ces procédures s'il regagnait le Bangladesh.

15. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de la violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

16. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté préfectoral du 20 avril 2023. Sa requête doit donc être rejetée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

17. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, ses conclusions à fin d'injonction ne peuvent qu'être également rejetées.

Sur les frais liés au litige :

18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique s'opposent à ce que la somme réclamée par Me Tercero sur leur fondement soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E B, au préfet de la Haute-Garonne et à Me Tercero.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2023.

Le magistrat désigné,

P. GRIMAUD

La greffière,

V. BRIDET

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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