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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2302687

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2302687

vendredi 26 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2302687
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantMASAROTTO ANOUCHKA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 mai 2023, M. A se disant D B, représenté par Me Masarotto, demande au juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 11 avril 2023 par lequel le préfet du Tarn a rejeté sa demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet du Tarn de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour permettant l'exercice d'une activité professionnelle dans un délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, la somme de 800 euros à verser à son conseil en application de l'articles 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle, sous réserve que son conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et, dans l'hypothèse où il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, de mettre à la charge de l'Etat cette même somme sur le seul fondement de l'article L. 761-1.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

s'agissant de la condition tenant à l'urgence :

-l'urgence est satisfaite dès lors que la décision en litige a pour effet de mettre un terme à son autorisation de travail le privant ainsi de la possibilité de poursuivre sa formation en apprentissage ;

s'agissant de la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :

-alors qu'il satisfait aux conditions prévues par l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il a bien présenté sa demande d'admission exceptionnelle au séjour dans l'année de son dix-huitième anniversaire, qu'il ne présente pas de menace pour l'ordre public, qu'il a été placé auprès des services de l'aide sociale à l'enfance du Tarn à l'âge de dix-sept ans et qu'il suit effectivement une formation en apprentissage de CAP cuisine depuis plus de six mois, la décision contestée est entaché d'erreur manifeste d'appréciation en ce que le préfet lui oppose à tort qu'il ne justifie pas, d'une part, du suivi réel et sérieux de sa formation, d'autre part, de son état civil et de sa nationalité ;

-cette décision méconnaît l'article 8-2 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant dès lors que les services de l'aide sociale à l'enfance ne l'ont pas correctement et efficacement assisté dans ses démarches pour obtenir de son ambassade les documents d'identité alors même qu'il est allophone et sans ressource ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il est présent sur le territoire depuis près de deux ans, qu'il suit une formation de CAP cuisine en apprentissage et travaille depuis le mois d'août 2022, enfin qu'il n'a aucune autre perspective et qu'un retour au Pakistan le mettrait dans une situation d'indigence et de précarité très importante.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 mai 2023, le préfet du Tarn conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la condition tenant à l'urgence n'est pas satisfaite en l'espèce et qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. E pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 23 mai 2023, en présence de Mme Guérin, greffière d'audience :

-le rapport de M. E,

-et les observations de Me Masarotto, représentant M. A se disant D B, qui a repris ses écritures.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A se disant D B, serait entré en France selon ses déclarations au cours de l'année 2021. Par un jugement du 10 mai 2022, le tribunal pour enfants de F l'a placé auprès de l'aide sociale à l'enfance du Tarn jusqu'à sa majorité. Il a sollicité le 9 février 2023 son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 11 avril 2023, le préfet du Tarn a rejeté cette demande et a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. M. B demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cet arrêté en tant qu'il rejette sa demande de titre de séjour.

Sur la demande d'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête, de prononcer l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de M. A se disant D B.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".

4. Aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : / 1° Les documents justifiants de son état civil ; / 2° Les documents justifiants de sa nationalité ; () ".

5. L'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que la vérification des actes d'état civil étrangers doit être effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil. L'article 47 du code civil dispose quant à lui que " Tout acte de l'état civil () des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. ".

6. Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties.

7. Pour justifier la décision portant refus de délivrance de titre de séjour opposée à celui qui se présente comme étant M. D B, le préfet du Tarn a, notamment, constaté qu'en se bornant à produire à l'appui de sa demande un certificat de naissance établi en langue anglaise, l'intéressé ne justifiait pas de son état civil et de sa nationalité et ne satisfaisait ainsi pas aux exigences posées par les 1° et 2° de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ses écritures en défense, le préfet rappelle que les évaluateurs du dispositif départemental, d'accueil, d'évaluation et d'orientation des mineurs isolés (G ont conclu à la majorité de l'intéressé, cette évaluation ayant conduit le procureur de la République à classer sans suite sa demande de placement auprès de l'aide sociale à l'enfance le 28 juillet 2021. Le préfet ajoute que si le juge des enfants près le tribunal pour enfants C a toutefois, par un jugement rendu le 10 mai 2022, confié celui-ci à l'aide sociale à l'enfance du Tarn, c'est seulement au bénéfice du doute, au vu du certificat de naissance fourni, lequel a été reconnu authentique par les services de la direction interdépartementale de la police aux frontières de F, et ce en dépit des conditions floues d'obtention dudit certificat de naissance et de la confusion du récit tenu par l'intéressé. Il ressort en effet des énonciations de ce jugement que M. A se disant D B n'a pas levé, lors de l'audience, les incohérences, fluctuations et imprécisions relevées par les professionnels du DDAEOMI dans la description qu'il a faite de son environnement familial et de son parcours migratoire, un an auparavant, alors qu'il était prétendument âgé de 17 ans. A également été signalée l'incohérence des dates figurant sur ce document et la subsistance d'interrogations quant aux modalités d'obtention de celui-ci. S'agissant précisément de ce certificat de naissance, si certes les analystes de la cellule fraude documentaire et à l'identité de la direction interdépartementale de la police aux frontières de F en ont reconnu l'authenticité, et si ce document a été dûment légalisé par les services de l'ambassade du Pakistan à Paris, lesdits analystes précisaient néanmoins dans leur rapport du 23 mars 2022 qu'en l'absence de photographie intégrée au support, d'empreinte digitale apposé sur ledit support ou de tout autre document d'identité, cet acte ne pouvait être rattaché sans contestation à son porteur. Le requérant ne justifie ainsi pas de manière suffisamment probante de son état civil et de sa nationalité et ne satisfait donc pas aux exigences de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il s'ensuit que le moyen tiré de ce que la décision contestée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation sur ce point n'est pas de nature à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux sur sa légalité. Aucun des autres moyens soulevés par l'intéressé à l'encontre de cette décision n'est davantage de nature à créer un tel doute dès lors, en tout état de cause, qu'il ressort des pièces versées dans l'instance que le préfet du Tarn aurait pris la même décision s'il n'avait pas également opposé à l'intéressé l'absence de justification du suivi réel et sérieux de sa formation.

8. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition relative à l'urgence, qu'il y a lieu de rejeter les conclusions de M. A se disant D B tendant à la suspension de l'exécution de la décision contestée et, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A se disant D B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A se disant D B est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D B, à Me Masarotto et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Une copie en sera adressée au préfet du Tarn.

Fait à F, le 26 mai 2023.

Le juge des référés,

B. E

La greffière,

S. GUERIN

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

la greffière en chef,

ou par délégation, la greffière,

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