vendredi 30 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2302726 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | CAMBON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 12 mai 2023, des pièces complémentaires enregistrées le 20 juin 2023 et un mémoire enregistré le 22 juin 2023, M. D E, représenté par Me Cambon, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 5 mai 2023 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé son admission au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de six mois ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 2000 euros en application des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L.761-1 du code de la justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation compte tenu de ce qu'il est parent d'un enfant mineur de nationalité française ;
- elle emporte des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle méconnaît la procédure contradictoire prévue par les articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;
- elle emporte des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle n'a pas été précédée d'une demande préalable d'observations conformément aux dispositions de l'article 24 de la loi du 12 avril 2000 et aux principes généraux du droit de l'Union européenne ;
- elle est privée de base légale ;
- elle est entachée d'une erreur de droit ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;
- le préfet s'est estimé à tort en situation de compétence liée ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen en méconnaissance de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le préfet ne peut prendre la décision fixant le pays de renvoi au vu de sa seule nationalité sans procéder à un examen de la réalité des risques encourus ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;
- elle méconnait la procédure contradictoire prévue par les articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle méconnaît son droit d'être entendu tel que tiré des principes généraux de l'Union européenne ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par des pièces enregistrées les 19 et 23 juin 2023 et un mémoire en défense enregistré le 23 juin 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code des relations entre le public et l'administration,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Le Fiblec, premier conseiller, pour statuer sur les demandes présentées au titre de l'article L. 614-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Le Fiblec,
- les observations de Me Cambon représentant M. E, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens. Me Cambon invoque un nouveau moyen à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour,
- les observations de M. E, assisté de M. B C, interprète en langue arabe, qui répond aux questions du magistrat désigné,
- les observations de Mme A, représentant le préfet de la Haute-Garonne, qui conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Considérant ce qui suit :
1. M. E, ressortissant algérien né le 20 septembre 1995 à Mostaganem (Algérie), déclare être entré sur le territoire français le 17 octobre 2019. Le 16 novembre 2022, il a sollicité son admission au séjour en qualité d'ascendant direct d'un enfant français mineur résidant en France. Par un jugement du tribunal correctionnel de Toulouse du 30 janvier 2023, il a été condamné à une peine de sept mois d'emprisonnement pour des faits d'acquisition non autorisée de stupéfiants. Il a été incarcéré au centre pénitentiaire de Seysses. Par un arrêté du 5 mai 2023, le préfet de la Haute-Garonne a refusé son admission au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de six mois. Par sa présente requête, M. E demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose que : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressé, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne le refus de titre de séjour :
3. Aux termes de l'article L. 614-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable aux étrangers détenus : " Les dispositions des articles L. 614-4 à L. 614-6 sont applicables à l'étranger détenu. / Toutefois, lorsqu'il apparaît, en cours d'instance, que l'étranger détenu est susceptible d'être libéré avant que le juge statue, l'autorité administrative en informe le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné. Il est alors statué sur le recours dirigé contre la décision portant obligation de quitter le territoire français selon la procédure prévue aux articles L. 614-9 à L. 614-11 et dans un délai de huit jours à compter de l'information du tribunal par l'autorité administrative. ". Aux termes du deuxième alinéa de l'article R. 776-17 du code de justice administrative, applicable en l'espèce compte tenu de la date prévisionnelle de libération de M. E : " () lorsque le requérant a formé des conclusions contre la décision relative au séjour notifiée avec une obligation de quitter le territoire, il est statué sur cette décision dans les conditions prévues à la sous-section 1 ou à la sous-section 2 de la section 2, selon le fondement de l'obligation de quitter le territoire. ".
4. Il résulte de ces dispositions qu'en raison de la date de libération prévisionnelle de M. E, fixée initialement au 29 août 2023, mais susceptible d'intervenir à compter du 4 juillet 2023, date à laquelle un routing d'éloignement est envisagé pour l'intéressé en application d'une ordonnance du 24 avril 2023 du juge de l'application des peines du tribunal judiciaire de Toulouse prononçant la mesure de libération sous contrainte de M. E exécutée sous le régime d'une libération conditionnelle expulsion à compter du 30 mai 2023 jusqu'au 29 août 2023, confirmée par une ordonnance du 22 mai 2023 du président de la chambre d'application des peines de la cour d'appel de Toulouse, précisant que l'ordonnance sera mise en œuvre si l'intéressé ne refuse pas la mesure et dès que la décision d'éloignement sera finalisée, il y a lieu pour le magistrat désigné, statuant selon la procédure des articles L. 614-9 à L. 614-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de se prononcer sur les conclusions aux fins d'annulation de la décision du 5 mai 2023 portant obligation de quitter le territoire français. En revanche, les conclusions tendant à l'annulation de la décision du même jour lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, ainsi que les conclusions accessoires qui s'y rapportent, qui demeurent de la compétence de la formation collégiale du tribunal, doivent être renvoyées devant ladite formation collégiale.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
S'agissant de l'exception d'illégalité du refus de séjour :
5. En premier lieu, la décision par laquelle le préfet de la Haute-Garonne a refusé à M. E un titre de séjour vise les stipulations de l'article 6 (4°) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et fait état d'éléments de fait propres à sa situation, justifiant, selon l'administration, le rejet de sa demande. Il mentionne notamment que le requérant qui a sollicité son admission au séjour en qualité d'ascendant direct d'un enfant français mineur résidant en France, n'a reconnu son enfant que postérieurement à sa naissance, et n'apporte aucun élément probant de nature à démontrer qu'il subvienne effectivement aux besoins de son fils depuis sa naissance. Le préfet indique également que l'examen de la situation de l'intéressé fait état d'une condamnation pénale le 30 janvier 2023 par le tribunal correctionnel de Toulouse à une peine de sept mois d'emprisonnement et qu'eu égard à la gravité et eu au caractère récent et à la gravité des faits pour lesquels il a été condamné sa présence sur le territoire français constitue une menace pour l'ordre public, et que, dès lors, la délivrance d'un certificat de résidence algérien d'un an peut lui être refusée. Cette décision énonce ainsi de manière suffisamment précise les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit être écarté.
6. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée ni des autres pièces du dossier que l'autorité préfectorale n'aurait pas, contrairement à ce qui est soutenu, procédé à un examen suffisant de la situation de M. E avant de lui refuser son admission au séjour.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien susvisé : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale" est délivré de plein droit : () 4. Au ressortissant algérien ascendant direct d'un enfant français mineur résidant en France, à la condition qu'il exerce même partiellement l'autorité parentale à l'égard de cet enfant ou qu'il subvienne effectivement à ses besoins. Lorsque la qualité d'ascendant direct d'un enfant français résulte d'une reconnaissance de l'enfant postérieure à la naissance, le certificat de résidence d'un an n'est délivré au ressortissant algérien que s'il subvient à ses besoins depuis sa naissance ou depuis au moins un an ".
8. Si l'accord franco-algérien susmentionné ne subordonne pas la délivrance d'un certificat de résidence aux ressortissants algériens à l'absence de menace à l'ordre public, les stipulations de cet accord, qui ont pour seul objet de définir les conditions particulières que les intéressés doivent remplir lorsqu'ils demandent à séjourner en France, ne privent pas l'administration du pouvoir qui lui appartient, en application de la réglementation générale en vigueur relative à l'entrée et au séjour des étrangers en France, de refuser l'admission au séjour à un ressortissant algérien en se fondant sur des motifs tenant à l'ordre public.
9. En l'espèce, il est constant que M. E a un fils mineur, F E, ressortissant français, né le 13 juillet 2022 et résidant sur le territoire national, qu'il a reconnu le 16 septembre 2022. M. E verse à l'instance l'attestation d'une puéricultrice PMI de la maison des solidarités du conseil départemental de la Haute-Garonne certifiant sa présence lors de quatre des rendez-vous médicaux de son fils en 2022, une lettre de sa compagne indiquant qu'il s'occupe financièrement et sur le plan éducatif de son fils, une attestation de la mère de sa compagne déclarant héberger le couple et leur enfant ainsi que les deux photographies non datées et non circonstanciées où le requérant apparaît avec son enfant. Toutefois, alors qu'au demeurant ces éléments ne prouvent pas la contribution financière alléguée par M. E, il ressort des pièces du dossier que, par un jugement du tribunal correctionnel de Toulouse du 30 janvier 2023, le requérant a été condamné à une peine de sept mois d'emprisonnement pour des faits d'acquisition non autorisée de stupéfiants, et qu'au regard de cette seule condamnation, sa présence sur le territoire français doit être regardée comme constituant une menace réelle et actuelle pour l'ordre public. Il résulte de ce qui précède qu'au regard de cette menace, et à supposer même qu'il remplisse les conditions prévues par les stipulations précitées du 4° de l'article 6 de l'accord franco-algérien, le préfet de la Haute-Garonne n'a commis ni erreur de droit ni erreur d'appréciation dans l'application de ces stipulations en refusant de délivrer à M. E un certificat de résidence algérien d'un an. Les moyens invoqués à cet égard doivent donc être écartés.
10. En quatrième et dernier lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui.
11. Pour les mêmes motifs que ceux explicités au point 8 du présent jugement tenant à la menace réelle et actuelle que représente M. E pour l'ordre public, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales auraient été méconnues. Du reste, s'il se prévaut de la présence en France de sa conjointe et de son fils, ressortissant français né le 13 juillet 2022, les pièces qu'il produit à l'instance ne suffisent pas à démontrer qu'il disposerait d'une communauté de vie et d'une relation ancienne, stable et intense avec sa compagne. En outre, le requérant déclare être entré sur le territoire français le 17 octobre 2019 et n'établit pas disposer d'une insertion sociale ou professionnelle en France, où il ne justifie pas au demeurant disposer de ressources propres, et n'établit pas non plus être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine, l'Algérie, où il a vécu la majorité de sa vie. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la décision contestée méconnaitrait les stipulations susmentionnées doivent être écartés. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de ce que cette décision emporterait des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la situation personnelle de l'intéressé doit également être écarté.
12. Il résulte de tout ce qui précède que la décision portant refus de séjour n'est pas illégale. Par voie de conséquence, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français serait privée de base légale.
S'agissant des autres moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :
13. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour () ".
14. Il résulte du point 5 que la décision portant refus de titre de séjour est suffisamment motivée en droit et en fait. Par suite, l'obligation de quitter le territoire, qui en l'espèce, n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour, est également suffisamment motivée.
15. En deuxième lieu, il résulte des dispositions du livre VI du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure auxquelles sont soumises les décisions portant obligation de quitter le territoire français ainsi que les décisions accessoires. Dès lors, les dispositions générales de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ne peuvent être utilement invoquées à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire. Le moyen invoqué à cet égard doit donc être écarté.
16. En troisième lieu, si le requérant fait valoir que le préfet de la Haute-Garonne se prévaut à tort dans son arrêté de l'ordonnance du juge de l'application des peines du 25 avril 2023 pour prononcer à son encontre la mesure d'éloignement contestée du 5 mai 2023 dans la mesure où cette ordonnance a été prise en prévision d'une mesure d'éloignement à intervenir, il ne ressort ni de cet élément, ni des autres termes de l'arrêté, ni des autre pièces du dossier, que l'autorité préfectorale n'aurait pas procédé à un examen suffisant de la situation de M. E avant d'édicter la décision en litige. Par suite, le moyen d'erreur de droit invoqué à cet égard doit être écarté.
17. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux point 9 et 11 du présent jugement, les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste appréciation doivent être écartés.
18. En cinquième et dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 11 du présent jugement, les moyens tirés de la méconnaissance du droit au respect de la vie privée et familiale du requérant tel que protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des conséquences d'une exceptionnelle gravité qu'emporte la décision attaquée sur sa situation personnelle, doivent être écartés.
En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
19. En premier lieu, l'arrêté en litige vise les textes dont il fait application, notamment l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que le 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il mentionne avec une précision suffisante les considérations de fait sur lesquelles il repose. Dès lors, la décision est suffisamment motivée.
20. En deuxième lieu, M. E ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article 24 de la loi du 12 avril 2000 relative aux droits des citoyens dans leurs relations avec les administrations, abrogées par l'article 6 de l'ordonnance du 23 octobre 2015 relative aux dispositions législatives du code des relations entre le public et l'administration. En tout état de cause, et pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 12 du présent jugement, le préfet n'a pas méconnu le principe du contradictoire.
21. En troisième lieu, il résulte de ce qui précède que M. E n'est pas fondé à soutenir que la décision portant refus de délai de départ volontaire est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, ce moyen doit être écarté.
22. En quatrième lieu, il ne ressort ni des motifs de l'arrêté attaqué, ni des autres pièces du dossier, que le préfet n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation de M. E ou se serait estimé à tort en situation de compétence liée. Par suite, ces moyens doivent être écartés.
23. En cinquième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 de ce même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".
24. Il résulte de l'arrêté attaqué que, pour refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire à M. E, le préfet de la Haute-Garonne s'est fondé sur les dispositions précitées du 1° de l'article L. 612-2 et du 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En l'espèce, il résulte de ce qui a été dit aux points précédents que le comportement de M. E constitue une menace pour l'ordre public. S'il est vrai que l'intéressé verse à l'instance une attestation d'hébergement sur l'honneur établie le 29 avril 2023 par la mère de sa compagne de sorte que le préfet ne pouvait pas se fonder sur le 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour le priver de délai de départ volontaire, il résulte de l'instruction que l'autorité préfectorale aurait pris la même décision au regard du seul 1° de l'article L. 612-2. Dans ces conditions, le préfet n'a pas commis d'erreur de droit en refusant d'accorder au requérant un délai de départ volontaire. Pour les mêmes motifs, le préfet n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation. Par suite, ces moyens doivent être écartés.
En ce qui concerne la décision portant fixant du pays de renvoi :
25. En premier lieu, la décision fixant le pays de renvoi comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, en précisant notamment que l'intéressé n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Par conséquent, elle est suffisamment motivée.
26. En second lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. "
27. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que le préfet de la Haute-Garonne a examiné les risques encourus en cas de retour du requérant dans son pays d'origine. Le moyen tiré du défaut d'examen de sa situation au regard de l'article L.721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile manque en fait et doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
28. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il mentionne avec une précision suffisante les considérations de fait sur lesquelles la décision contestée est fondée, au regard des critères prévus par la loi, pour édicter à l'encontre de M. E une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois. Par suite, la décision attaquée est suffisamment motivée.
29. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 15 du présent jugement, le moyen tiré de la méconnaissance de la procédure contradictoire ne peut qu'être écarté.
30. En troisième lieu, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union européenne. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause. En outre, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision
31. En l'espèce, si M. E fait valoir qu'il n'a pas été mis en mesure de présenter ses observations sur l'éventualité d'une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il aurait été privé de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de six mois serait intervenue en méconnaissance du droit d'être entendu qu'il tient des principes généraux du droit de l'Union européenne.
32. En quatrième lieu, il ne ressort ni des motifs de l'arrêté attaqué, ni des pièces du dossier, que le préfet n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation de M. E.
33. En cinquième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / () ". Et, aux termes de l'article L. 612-10 de ce même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / () ".
34. En l'espèce, il résulte de ce qui a été dit aux points précédents que M. E, s'il justifie d'être parent d'un enfant français sur le territoire français, ne démontre pas avoir une vie privée ancienne, stable et intense avec la mère de l'enfant et présente un comportement qui représente une menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, et en l'absence de circonstances humanitaires, le préfet de la Haute-Garonne a pu, sans méconnaître les dispositions citées au point précédent, prononcer à l'encontre de l'intéressé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois. Le moyen tiré de ce que cette décision serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation du requérant doit être écarté.
35. Il résulte de tout ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne du 5 mai 2023.
Sur les frais liés au litige :
36. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à Me Cambon la somme réclamée en application des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : M. E est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Les conclusions aux fins d'annulation de la décision par laquelle le préfet de la Haute-Garonne a refusé l'admission au séjour de M. E sont renvoyées à une formation collégiale du tribunal.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. D E, à Me Cambon et au préfet de la Haute-Garonne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 juin 2023.
Le magistrat désigné,
B. LE FIBLEC La greffière,
V. BRIDET
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026