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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2302759

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2302759

mardi 7 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2302759
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantGONTIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 12 et 30 mai 2023, M. C A, représenté par Me Gontier, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 27 avril 2023 par laquelle le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer le titre de séjour sollicité dans le délai de 15 jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et en tout état de cause de réexaminer sa situation à l'aune du jugement à intervenir ;

3°) de mettre les dépens à la charge de l'Etat ainsi qu'une somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen ;

- son droit à être entendu a été méconnu ;

- la décision attaquée méconnait les articles L. 423-7 et L. 423-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'article 12 de la convention franco-camerounaise et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de ces dispositions ;

- elle viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 juillet 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 octobre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 ;

- la convention du 24 janvier 1994 entre la République française et la République du Cameroun relative à la circulation et au séjour des personnes ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

-le rapport de Mme Héry,

-et les observations de Me Gontier, représentant M. A, en présence de ce dernier.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant camerounais né le 15 avril 1985, est entré en France selon ses déclarations le 10 mai 2013. Il a été muni du 7 décembre 2016 au 6 décembre 2017 puis du 12 juin 2019 au 19 juin 2021 d'une carte de séjour temporaire en qualité de parent d'enfant français. M. A a sollicité le 4 mai 2021 le renouvellement de son titre de séjour en se prévalant de sa qualité de parent d'enfant français et d'une activité professionnelle, ainsi que la délivrance d'une carte de résident de dix ans. Par sa requête, il demande l'annulation de la décision du 27 avril 2023 par laquelle le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent./ A cet effet, doivent être motivées les décisions qui :/ 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". En application des dispositions de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. "

3. La décision attaquée comporte les considérations utiles de droit et de fait sur lesquelles le préfet de la Haute-Garonne s'est fondé pour refuser de délivrer un titre de séjour à M. A. Le préfet, qui n'avait pas à faire état de tous les éléments de la situation du requérant, a ainsi suffisamment motivé sa décision.

4. En deuxième lieu, il ne ressort ni de la motivation de la décision attaquée ni des pièces du dossier que le préfet de la Haute-Garonne n'aurait pas procédé à un examen réel et complet de la situation de M. A.

5. En troisième lieu, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait être interprété en ce sens que l'autorité compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause. Une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision est prise que si l'intéressé a été privé de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction.

6. M. A a été mis à même, dans le cadre de sa demande de titre de séjour, de porter à la connaissance de l'administration l'ensemble des informations relatives à sa situation personnelle dont il souhaitait se prévaloir et il n'est pas établi qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance des services de la préfecture des informations utiles avant que soit prise à son encontre la décision attaquée. Dès lors, M. A ne peut être regardé comme ayant été privé de son droit d'être entendu préalablement à l'édiction de la décision attaquée.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. " L'article L. 423-10 du même code dispose : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français résidant en France et titulaire depuis au moins trois années de la carte de séjour temporaire prévue à l'article L. 423-7 ou d'une carte de séjour pluriannuelle délivrée aux étrangers mentionnés aux articles L. 423-1, L. 423-7 et L. 423-23, sous réserve qu'il continue de remplir les conditions prévues pour l'obtention de cette carte de séjour, se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans./ La délivrance de cette carte de résident est subordonnée au respect des conditions d'intégration républicaine prévues à l'article L. 413-7. " Aux termes de l'article 12 de la convention franco-camerounaise du 24 janvier 1994 : " Après trois années de résidence régulière et non interrompue, les nationaux de chacun des Etats contractants établis sur le territoire de l'autre Etat peuvent obtenir un titre de séjour de dix ans dans les conditions prévues par la législation de l'Etat de résidence () ".

8. Si M. A soutient que la décision attaquée méconnait les dispositions précitées des articles L. 423-7 et L. 423-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que celles de l'article 12 de la convention franco-camerounaise du 24 janvier 1994, il n'assortit ce moyen d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que M. A est parent de deux enfants français respectivement nés les 23 août 2016 et 7 janvier 2019 de sa relation avec des ressortissantes françaises. Il ne justifie par aucun élément qu'il contribuait à la date de la décision attaquée à l'entretien et à l'éducation de ses enfants. En outre, M. A a notamment été condamné le 24 janvier 2017 par le tribunal correctionnel de Toulouse à deux mois d'emprisonnement pour conduite d'un véhicule sans permis, le 31 mai 2017 à trois mois d'emprisonnement pour conduite d'un véhicule sans permis, le 28 janvier 2021 à 120 heures de travaux d'intérêt général pour violence sur une personne dépositaire de l'autorité publique sans incapacité, le 1er février 2021 à six mois d'emprisonnement pour violence sur une personne dépositaire de l'autorité publique suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours, le 7 octobre 2021 à un an d'emprisonnement pour violence sur une personne dépositaire de l'autorité publique sans incapacité en récidive, le 9 mars 2022 à une amende de 400 euros pour circulation avec un véhicule terrestre à moteur sans assurance, le 20 septembre 2022 à quatre mois d'emprisonnement pour détention non autorisée de stupéfiants et le 17 janvier 2023 à six mois d'emprisonnement pour refus de se soumettre aux vérifications tendant à établir l'état alcoolique lors de la constatation d'un crime, d'un délit ou d'un accident de la circulation et outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique et rébellion, en récidive. Ainsi, le préfet de la Haute-Garonne a pu, sans commettre d'erreur de droit ni d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions précitées, décider de ne pas renouveler le titre de séjour de M. A en qualité de parent d'enfant français au motif que ce dernier ne justifiait pas contribuer à l'entretien et à l'éducation de ses enfants, et refuser de lui délivrer une carte de résident de dix ans au motif de l'absence d'intégration républicaine.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

10. M. A soutient que la décision de refus de séjour attaquée porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et violerait ainsi les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, sans au demeurant assortir ce moyen des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. Ce moyen doit être écarté comme inopérant à l'encontre de la décision de refus de séjour attaquée.

11. En sixième et dernier lieu, pour l'ensemble des motifs qui précèdent, le moyen tiré de l'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur la situation de M. A doit être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, en ce compris les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles tendant à la charge des dépens et, en tout état de cause, à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, l'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Gontier et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 17 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Héry, présidente,

Mme Sarraute, première conseillère,

Mme Douteaud, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 novembre 2023.

La présidente-rapporteure,

F. HÉRY

L'assesseure la plus ancienne,

N. SARRAUTE

La greffière,

M. B

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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