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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2302919

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2302919

mardi 25 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2302919
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantALEXOPOULOS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 mai 2023 et des pièces complémentaires enregistrées le 26 juin 2023, M. C A, représenté par Me Alexopoulos, demande au tribunal :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 9 mai 2023 par lequel la préfète du Lot l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Lot de lui délivrer le titre de séjour sollicité dans un délai d'un mois ou, à défaut, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, de procéder à un nouvel examen de sa demande dès le prononcé du jugement à intervenir et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement d'une somme de 2 000 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision prise dans son ensemble :

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation et de son droit au séjour ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît les dispositions du 4° l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet ne pouvait prendre une mesure d'éloignement à son encontre, car il pouvait se voir attribuer un titre de séjour de plein droit ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 juin 2023, la préfète du Lot conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Sorin, premier conseiller, pour statuer sur les demandes présentées au titre de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Sorin,

- les observations de Me Alexopoulos, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que ses écritures, par les mêmes moyens ; elle entend souligner les risques pour M. A, en cas de retour au Nigéria, compte tenu de son orientation sexuelle ;

- les observations de M. A, assisté par M. B, interprète en langue anglaise, qui répond aux questions du magistrat désigné, et indique notamment ne pas avoir voulu évoquer devant l'O.F.P.R.A. et la C.N.D.A. sa situation personnelle, compte tenu de la prohibition de l'homosexualité au Nigéria ; il souhaite rester en France et estime que sa situation sera difficile en cas de retour dans son pays d'origine ;

- la préfète du Lot n'étant ni présente, ni représentée.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortant nigérian, né le 5 mai 1996, est entré sur le territoire français le 1er septembre 2018, selon ses déclarations, et y a sollicité son admission au titre de l'asile. Le 22 mai 2020, l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (O.F.P.R.A.) a rejeté sa demande. La Cour nationale du droit d'asile (C.N.D.A.) a confirmé ce rejet par une décision en date du 18 novembre 2020. Le 15 avril 2021, l'intéressé a déposé une demande de réexamen de sa demande d'asile, qui a fait l'objet d'une décision d'irrecevabilité par l'Office le 23 décembre 2021. Par un arrêté du 9 mai 2023, la préfète du Lot l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler ces décisions.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. A, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun à l'ensemble des décisions contestées :

3. Le requérant soutient que la préfète aurait entaché son arrêté d'un défaut d'examen de sa situation en ne lui délivrant pas un titre de séjour, alors qu'il aurait disposé d'éléments permettant de se voir délivrer un tel titre. Toutefois, s'il ressort des pièces du dossier et notamment de l'arrêté contesté qu'avait été porté à la connaissance de la préfète un certain nombre de pièces après son interpellation, le requérant ne démontre pas avoir effectivement déposé une demande de titre de séjour, dans les conditions et formes prescrites par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen ne peut dès lors qu'être écarté, la préfète ne s'étant pas estimée, à bon droit, saisie d'une telle demande.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, la décision attaquée vise notamment les dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle fait état des conditions d'entrée et de séjour de M. A sur le territoire national, retrace le parcours de sa demande d'asile et mentionne les principaux éléments de sa vie privée et familiale tels qu'ils ont été portés à la connaissance de l'administration. Elle précise en particulier que M. A est père d'un enfant de nationalité nigériane, pour lequel il ne démontre pas participer à l'entretien et, par ailleurs, qu'il a vécu la majeure partie de sa vie dans son pays d'origine. Par conséquent, la décision litigieuse comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, elle est suffisamment motivée.

5. En deuxième lieu, indépendamment de l'énumération faite par l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile des catégories d'étrangers qui ne peuvent faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, l'autorité administrative ne saurait légalement prendre une telle mesure à l'encontre d'un étranger que si ce dernier se trouve en situation irrégulière au regard des règles relatives à l'entrée et au séjour. Lorsque la loi prescrit que l'intéressé doit se voir attribuer de plein droit un titre de séjour, cette circonstance fait obstacle à ce qu'il puisse légalement faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. M. A, en faisant valoir qu'il entre dans les catégories d'étrangers ayant droit à un titre de séjour au visa de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doit être regardé comme soutenant que le préfet aurait commis une erreur de droit en prononçant à son encontre une mesure d'éloignement alors qu'il justifierait d'un droit au séjour, de plein droit, sur le fondement de ces mêmes dispositions. Toutefois, et ainsi qu'il a été dit au point 3, M. A n'établit pas, par les pièces qu'il a produites devant l'administration et dans la présente instance, qu'il relevait des cas pour lesquels la délivrance d'un titre de séjour est de plein droit, la situation de concubinage dont il se prévaut, dans le cadre d'un pacte civil de solidarité signé de manière récente avec la personne qu'il présente comme son partenaire, ne lui ouvrant, en toute hypothèse, aucun droit à la délivrance d'un titre de séjour sur ce fondement.

6. En troisième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

7. Pour les mêmes motifs que ceux indiqués au point 4 du présent jugement, M. A n'est pas fondé à soutenir qu'un titre de séjour devait lui être délivré de plein droit sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et que cette circonstance ferait obstacle à l'édiction d'une mesure d'éloignement à son encontre.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L.542-1 et L.542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ".

9. Si le requérant soutient que la préfète ne pouvait faire application des dispositions précitées sans méconnaître son droit au maintien sur le territoire français, en l'absence de décision définitive de la Cour nationale du droit d'asile, il ressort des pièces du dossier que la Cour nationale du droit d'asile s'est prononcée définitivement sur la demande de réexamen de M. A, qu'elle a rejetée le 4 avril 2022 et qui lui a été notifiée le 7 avril 2022, ainsi que cela ressort des indications du logiciel Telemofpra, lesquelles font foi jusqu'à preuve du contraire. Dans ces conditions, cette preuve contraire n'étant pas rapportée en l'espèce et alors que le requérant n'établit ni ne soutient être en possession d'un titre de séjour, la préfète du Lot n'a pas méconnu les dispositions précitées en considérant qu'il ne bénéficiait pas d'un droit au maintien sur le territoire français. Par suite, le moyen doit être écarté.

10. En cinquième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. (). "

11. En l'espèce, M. A qui déclare être en France depuis le 1er septembre 2018, n'a été admis à y séjourner que le temps de l'examen de sa demande d'asile, rejetée définitivement le 4 avril 2022, ainsi qu'il vient d'être rappelé. L'intéressé, qui se prévaut certes de la relation qu'il entretiendrait avec un ressortissant français avec qui il a conclu un pacte civil de solidarité le 2 août 2022, ne produit à la présente instance qu'un contrat de location d'un appartement ainsi qu'une facture de fourniture d'énergie, ne permettant d'établir ni l'intensité ni la réalité de cette relation, au demeurant récente. Il ne justifie en outre d'aucune intégration particulière sur le territoire français et n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine ou il a vécu la majeure partie de sa vie, et où réside notamment selon ses propres déclarations, sa mère, avec qui il a affirmé, lors de l'entretien mené par les services de gendarmerie de la commune de Gourdon le 9 mai 2023, conserver des liens proches. Si le requérant soutient avoir eu un enfant sur le territoire français, il ressort du même entretien du 9 mai 2023 qu'il a affirmé ne pas participer à son éducation et à son entretien, en tout état de cause. Enfin, si M. A soutient qu'il encourrait des risques en cas de retour au Nigéria, cette circonstance est sans incidence sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français qui n'a pas pour objet de fixer le pays à destination duquel l'étranger sera reconduit. Dans ces conditions, la décision attaquée ne peut être regardée comme ayant porté une atteinte disproportionnée au droit de M. A au respect de sa vie privée tel que protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales précitées. Pour les mêmes motifs, cette décision n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation du requérant et de ses conséquences sur sa situation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

12. En premier lieu, la décision attaquée vise notamment les dispositions de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et précise que le requérant n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à cette convention en cas de retour dans son pays d'origine. Elle comporte ainsi l'ensemble des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de cette décision doit être écarté.

13. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

14. En l'espèce, M. A soutient qu'il encourrait des risques de subir des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour au Nigéria en raison de son orientation sexuelle et précise que l'homosexualité est un crime passible de lourdes peines de prisons en vertu du droit nigérian. Toutefois, l'intéressé ne produit strictement aucune pièce dans le cadre de la présente instance permettant d'établir qu'il serait personnellement, actuellement et directement exposé à des risques de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine, alors qu'au demeurant, il ne s'est pas prévalu de ces risques ni devant l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ni devant la Cour nationale du droit d'asile sans que les explications fournies à la barre à cet égard ne permettent davantage de tenir ces risques pour établis. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision litigieuse méconnaîtrait les dispositions de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

15. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. (). "

16. Pour les mêmes motifs que ceux indiqués au point 11 du présente jugement, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision litigieuse méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et qu'elle serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation.

17. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté de la préfète du Lot en date du 9 mai 2023.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

18. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction sous astreinte doivent donc être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

19. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à Me Alexopoulos la somme réclamée en application des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à la préfète du Lot.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juillet 2023.

La magistrate désignée,

T. SORIN Le greffier,

B. GALAND

La République mande et ordonne à la préfète du Lot en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

N°2302919

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