mardi 13 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2302963 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | SADEK |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 24 mai et 6 septembre 2023, Mme B C veuve A, représentée par Me Sadek, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 27 avril 2023 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un certificat de résidence algérien à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard et, à tout le moins, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions :
- les décisions attaquées sont entachées d'un défaut de compétence de leur signataire, à défaut de délégation de signature suffisamment précise, régulièrement et de preuve de l'absence ou d'empêchement du préfet ;
- les décisions attaquées, portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixation du délai de départ volontaire, sont entachées d'un défaut de motivation ;
- elle sont entachées d'un défaut d'examen de sa situation ;
- elles méconnaissent les dispositions de l'article L.121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
- les dispositions de l'article L. 423-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent s'appliquer dans le silence de l'accord franco-algérien concernant l'hypothèse du décès du conjoint de nationalité française : la décision attaquée méconnait ces dispositions dès lors que le décès du conjoint de nationalité française ne fait pas obstacle au renouvellement du titre de séjour pour le conjoint étranger ;
- la décision attaquée crée une situation discriminatoire ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnait les stipulations du 5°) de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 août 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme C veuve A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de Mme Biscarel a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C veuve A, ressortissante algérienne née le 12 mars 1978, est entrée sur le territoire français le 22 janvier 2022 sous couvert d'un passeport algérien revêtu d'un visa de court séjour. Elle a bénéficié d'un certificat de résidence algérien d'un an valable du 2 mars 2022 au 1er mars 2023. Le 23 janvier 2023, elle a sollicité le renouvellement de son titre de séjour et la délivrance d'un certificat de résidence d'une durée de dix ans. Par un arrêté du 27 avril 2023, le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer le titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Par sa requête, Mme C veuve A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions :
2. En premier lieu, par un arrêté du 13 mars 2023, publié le 15 mars 2023 au recueil des actes administratifs spécial n° 31-2023-099 de la préfecture de la Haute-Garonne, le préfet de ce département a donné délégation à Mme F E, directrice des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer, tous actes et décisions en matière de police des étrangers, au nombre desquels figurent les mesures d'éloignement et les décisions les assortissant. Contrairement à ce que soutient la requérante, une telle délégation n'est ni trop générale, ni trop imprécise. En conséquence, et alors que Mme C n'établit pas que le préfet de la Haute-Garonne n'aurait pas été absent ou empêché, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.
3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué en ce qu'il porte décision de refus de séjour vise les stipulations pertinentes de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et mentionne les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par ailleurs, cette décision fait état des motifs ayant conduit le préfet de la Haute-Garonne à refuser le séjour à l'intéressée et précise qu'il n'est pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect à sa vie privée et familiale. Dans ces conditions, la décision attaquée portant refus de séjour comporte l'ensemble des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde et est suffisamment motivée. En application des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision portant obligation de quitter le territoire français fondée sur le 3° de l'article L. 611-1, n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision de refus de titre de séjour, dès lors que celle-ci est suffisamment motivée. Enfin, il résulte des dispositions de l'article L. 612-1 du même code que l'autorité administrative, lorsqu'elle accorde ce délai de trente jours, n'est pas tenue de motiver sa décision sur ce point dès lors que l'étranger, comme en l'espèce, n'a présenté aucune demande tendant à la prolongation dudit délai de départ volontaire en faisant état de circonstances propres à son cas.
4. En troisième lieu, il ressort de la motivation même de l'arrêté attaqué que le préfet de la Haute-Garonne a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de la requérante.
5. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ".
6. Mme C veuve A soutient que l'arrêté attaqué n'a pas été précédé d'une procédure contradictoire, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 121-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, il résulte des termes mêmes de ces dispositions qu'elles ne peuvent être utilement invoquées à l'encontre d'une décision de refus de titre de séjour, qui est prise en réponse à une demande formulée par l'intéressée. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet de la Haute-Garonne n'aurait pas respecté la procédure contradictoire prévue par les articles précités du code des relations entre le public et l'administration avant de refuser à Mme C veuve A le renouvellement de son titre de séjour et d'adopter les décisions subséquentes est inopérant. Par ailleurs, il résulte de l'ensemble des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et notamment des articles L. 614-1 à L. 614-15, que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises les décisions par lesquelles l'autorité administrative signifie à l'étranger l'obligation dans laquelle il se trouve de quitter le territoire français, et les décisions par lesquelles l'administration octroie ou refuse un délai de départ volontaire et fixe le pays à destination duquel il sera reconduit. Dès lors, les dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, qui fixent les règles générales de procédure applicables aux décisions devant être motivées en vertu de l'article L. 211-2 du même code et prévoient notamment la mise en œuvre d'une procédure contradictoire préalable à leur édiction, ne peuvent davantage être utilement invoquées par Mme C veuve A à l'encontre des décisions portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté comme inopérant.
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
7. En premier lieu, aux termes des stipulations de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence portant la mention ''vie privée et familiale'' est délivré de plein droit : () 2) au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français () Le premier renouvellement du certificat de résidence délivré au titre du 2) ci-dessus est subordonné à une communauté de vie effective entre époux ". L'article 7 bis du même accord stipule : " Le certificat de résidence valable dix ans est délivré de plein droit sous réserve de la régularité du séjour pour ce qui concerne les catégories visées au a), au b), au c) et au g) : / a) Au ressortissant algérien, marié depuis au moins un an avec un ressortissant de nationalité française, dans les mêmes conditions que celles prévues à l'article 6 nouveau 2) et au dernier alinéa de ce même article ; / () ". Aux termes de l'article 227 du code civil : " Le mariage se dissout : / Par la mort de l'un des époux () ".
8. Il résulte de ces stipulations que le premier renouvellement du certificat de résidence valable un an ne peut être accordé au ressortissant algérien qu'après une année de mariage avec un ressortissant de nationalité française et est subordonné à une communauté de vie effective entre les époux. Le décès d'un des époux met fin au mariage et à la communauté de vie. Par suite, Mme C veuve A, dont l'époux est décédé le 24 septembre 2022, n'avait plus la qualité de conjoint d'un ressortissant français au sens de ces stipulations à la date du refus attaqué. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'accord franco-algérien doit être écarté.
9. En deuxième lieu, Mme C veuve A ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 423-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui ne s'appliquent pas aux ressortissants algériens et qui ne constituaient pas, au demeurant, l'un des fondements de sa demande. En outre, les stipulations de l'article 6 paragraphe 2 de l'accord franco-algérien soumettent le renouvellement du certificat de résidence pour les conjoints de Français à une condition de communauté de vie sans prévoir d'exception en cas du décès du conjoint français. Si ces stipulations sont désormais plus restrictives que les dispositions de l'article L. 423-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, entrées en vigueur le 1er mai 2021, qui prévoient que la rupture du lien conjugal n'est pas opposable lorsqu'elle résulte du décès du conjoint, elles ne sont toutefois pas directement applicables aux ressortissants algériens qui sont régis par l'accord franco-algérien. Cette différence de traitement ainsi réservé à ces ressortissants par rapport à d'autres catégories d'étrangers soumis au code précité résulte de l'accord international lui-même. Ainsi, compte tenu des objectifs de l'accord et des possibilités de régularisation dont dispose en cas exceptionnel l'autorité administrative française, il n'apparaît pas que cette différence de traitement serait, par elle-même, discriminatoire. Par suite, le moyen tiré à cet égard de l'erreur de droit doit être écarté.
10. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
11. Mme C veuve A soutient qu'elle dispose de liens privés intenses avec le territoire français, qu'elle maitrise la langue française, qu'elle a été mariée trois ans à un ressortissant français, qu'elle dispose de ressources et est insérée professionnellement. Cependant, s'il n'est pas contesté que Mme C veuve A a été mariée à un français à compter du 16 juin 2019, elle est entrée en France seulement le 22 janvier 2022 et son mari est décédé le 24 septembre 2022. Dans ces conditions, compte tenu de l'arrivée récente de la requérante sur le sol français, du décès de son conjoint, de la présence en Algérie de son père, la décision attaquée, qui ne s'oppose pas à ce que l'intéressée revienne en France pour régler sa succession, n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs qui lui ont été opposés. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Il en va de même pour les dispositions de l'article 6-5° de l'accord franco-algérien. Pour les mêmes motifs, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas davantage entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de la requérante.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :
12. A les supposer soulever, il résulte de ce qui a été dit au point 9, que les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits et des libertés fondamentales et de l'article 6-5° de l'accord franco-algérien, ainsi que de l'erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle de la requérante doivent être écartés.
13. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C veuve A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 27 avril 2023. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C veuve A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C veuve A et au préfet de la Haute-Garonne.
Délibéré après l'audience du 30 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Molina-Andréo, présidente,
Mme Soddu, première conseillère,
Mme Biscarel, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 février 2024.
La rapporteure,
B. BISCAREL
La présidente,
B. MOLINA-ANDRÉO La greffière,
M. D
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026