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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2302976

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2302976

vendredi 2 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2302976
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantBOUIX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 mai 2023 et un mémoire enregistré le 30 mai 2023, Mme A B, représentée par Me Bouix, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 10 mai 2023 par lequel le préfet de l'Aveyron a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligée à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de renvoi et l'arrêté du même jour par lequel le préfet de l'Aveyron l'a assignée à résidence ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Aveyron de procéder au réexamen de sa situation à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de sept jours à compter de cette notification ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 2 000 euros à son conseil sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle, et dans l'hypothèse où elle ne serait pas admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle, le versement de cette même somme sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des arrêtés contestés :

- ils sont entachés d'un défaut de motivation ;

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration concernant l'obligation pour les services préfectoraux de solliciter la régularisation d'un dossier qu'ils estiment incomplet ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des stipulations de l'article 7 b) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, car ces stipulations n'exigent pas la présentation d'une autorisation de travail ou d'une demande d'autorisation de travail déposée via téléservice ;

- elle est entachée d'une erreur de droit résultant du défaut d'examen sérieux de sa demande d'admission exceptionnelle au séjour ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est privée de base légale ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle est privée de base légale ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de destination :

- elle est privée de base légale ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :

- elle est privée de base légale ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 mai 2023, le préfet de l'Aveyron conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Le Fiblec, premier conseiller, pour statuer sur les demandes présentées au titre de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Le Fiblec,

- les observations de Me Bouix, représentant Mme B, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens,

- les observations de Mme B, qui répond aux questions du magistrat désigné,

- le préfet de l'Aveyron n'étant ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante algérienne, née le 28 juillet 1982 à Ain Temouchent (Algérie) est entrée sur le territoire français le 7 novembre 2015 munie d'un visa long séjour en qualité de conjointe d'un ressortissant français. Elle a obtenu un certificat de résidence algérien portant la mention " conjoint de français " valable du 24 mars 2016 au 23 mars 2017. Par un arrêté du 4 avril 2017, le préfet des Côtes-d'Armor l'a obligée à quitter le territoire dans un délai de trente jours. Le 4 mai 2018, elle a sollicité l'obtention d'un certificat de résidence algérien mention " salarié " auprès de la préfecture des Côtes-d'Armor. Par un nouvel arrêté du

9 juillet 2018, le préfet des Côtes-d'Armor l'a obligée à quitter le territoire dans un délai de trente jours. Le 26 novembre 2019, elle a sollicité l'obtention d'un certificat de résidence algérien mention " salarié " auprès de la préfecture de l'Aveyron. Le 25 mai 2022, elle a de nouveau sollicité l'obtention d'un certificat de résidence algérien mention " salarié " auprès de la préfecture de l'Aveyron. Par un arrêté du 10 mai 2023, le préfet de l'Aveyron a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligée à quitter le territoire sans délai et a fixé le pays de renvoi. Par un arrêté du même jour, la même autorité l'a assignée à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose que : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressée, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur la compétence du magistrat désigné :

3. Il résulte des dispositions des articles L. 614-1, L. 614-8 et L. 732-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'en cas de placement en rétention ou d'assignation à résidence d'un étranger en situation irrégulière, les requêtes dirigées contre les décisions faisant obligation de quitter le territoire et interdiction de retour sur ce territoire prises à son encontre, les décisions fixant le délai de départ volontaire et le pays de destination, ainsi que la décision d'assignation à résidence en procédant, doivent être instruites et jugées selon les dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, ces dispositions et celles de l'article R. 776-17 du code de justice administrative font obstacle à ce que le magistrat désigné en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, saisi de la situation d'un étranger placé en centre de rétention administrative ou assigné à résidence à la suite d'une décision de refus de séjour assortie d'une obligation de quitter le territoire français, examine la décision de refus de séjour qui relève de la compétence de la formation collégiale du tribunal administratif.

4. En l'espèce, par un arrêté du 10 mai 2023 le préfet de l'Aveyron a assigné

Mme B à résidence sur la commune d'Onet-le-Château pour une durée de

quarante-cinq jours. Du fait de cette assignation à résidence, le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif se trouve saisi de l'ensemble des conclusions de la requête de l'intéressé, à l'exception de celles tendant à l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour, dont l'examen relève de la compétence d'une formation collégiale. Par suite, l'examen des conclusions dirigées contre le refus de titre de séjour doit être renvoyé devant une formation collégiale de ce tribunal.

Sur les conclusions à fins d'annulation :

5. D'une part, aux termes du b) de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée reçoivent après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les services du ministre chargé de l'emploi, un certificat de résidence valable un an pour toutes professions et toutes régions, renouvelable et portant la mention "salarié" : cette mention constitue l'autorisation de travail exigée par la législation française ". Aux termes du deuxième alinéa de l'article 9 du même accord : " Pour être admis à entrer et séjourner plus de trois mois sur le territoire français au titre des articles 4, 5, 7, 7 bis al.4 (lettre c et d) et du titre III du protocole, les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises ". Il résulte de la combinaison de ces stipulations que la délivrance d'un certificat de résidence portant la mention " salarié " aux ressortissants algériens est subordonnée à la présentation d'un visa long séjour.

6. D'autre part, si l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est pas applicable aux ressortissants algériens et si l'accord franco-algérien ne prévoit pas de modalités d'admission exceptionnelle au séjour, il appartient au préfet dans l'exercice de son pouvoir discrétionnaire d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressée, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

7. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que Mme B a adressé un courrier au préfet de l'Aveyron le 8 décembre 2022 afin de présenter des éléments nouveaux relatifs à sa demande de titre de séjour et aux termes duquel elle a sollicité son admission au séjour tant sur le fondement des articles 7 b) et 9 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 que sur le fondement des articles L. 435-1 et R. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en mentionnant explicitement qu'elle sollicitait son admission exceptionnelle au séjour. De plus, son employeur a réitéré le souhait de la requérante de se voir accorder un titre d'admission exceptionnelle au séjour au titre du travail par un courrier envoyé au préfet le

13 février 2023. Toutefois, il résulte de l'arrêté contesté que le préfet de l'Aveyron n'a examiné la demande de titre de séjour de Mme B que sur les seuls fondements des articles 7 b) et 9 de l'accord franco-algérien précité. Dès lors, et alors qu'il résulte de ce qui précède que par sa demande du 8 décembre 2022, Mme B doit être regardée comme ayant sollicité auprès du préfet de l'Aveyron un titre de séjour au motif de l'admission exceptionnelle au séjour en qualité de salarié, cette même autorité, en s'abstenant d'examiner cette demande, a entaché sa décision d'un défaut d'examen. Par suite, le moyen d'erreur de droit invoqué sur ce point doit être accueilli.

8. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme B est fondée à exciper de l'illégalité de la décision du 10 mai 2023 portant refus de titre de séjour et à obtenir, par voie de conséquence, l'annulation des décisions du même jour portant obligation de quitter le territoire français, refus d'octroi d'un délai de départ volontaire, fixation du pays de renvoi et assignation à résidence sur la commune d'Onet-le-Château pour une durée de quarante-cinq jours.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. L'annulation prononcée par le présent jugement implique seulement qu'il soit enjoint au préfet de l'Aveyron de procéder au réexamen de la situation de Mme B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour.

Sur les frais liés au litige :

10. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 250 euros à verser au conseil de la requérante, sous réserve de l'admission définitive de Mme B à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Bouix renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du

10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme B par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 250 euros lui sera versée.

D E C I D E :

Article 1er : Mme B est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Les conclusions de la requête de Mme B tendant à l'annulation de la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour contenue dans l'arrêté du préfet de l'Aveyron du 10 mai 2023 sont renvoyées devant une formation collégiale du présent tribunal.

Article 3 : L'arrêté du préfet de l'Aveyron du 10 mai 2023 portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français sans délai et fixation du pays de renvoi est annulé en tant qu'il porte obligation de quitter le territoire français sans délai et fixation du pays de renvoi.

Article 4 : L'arrêté du préfet de l'Aveyron du 10 mai 2023 portant assignation à résidence est annulé.

Article 5 : Il est enjoint au préfet de l'Aveyron de procéder au réexamen de la situation de Mme B dans un délai de deux mois à compter de la notification de ce jugement en la munissant dans l'attente d'une autorisation provisoire de séjour.

Article 6 : Sous réserve de l'admission définitive de Mme B à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Bouix renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Bouix une somme de 1 250 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme B par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de

1 250 euros lui sera versée.

Article 7 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 8 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Bouix et au préfet de l'Aveyron.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 juin 2023.

Le magistrat désigné,

B. LE FIBLEC Le greffier,

B. GALAND

La République mande et ordonne au préfet de l'Aveyron, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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