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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2303090

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2303090

mercredi 4 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2303090
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSABATTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 31 mai 2023, Mme E A, représentée par Me Laillet, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 23 janvier 2023 par laquelle le directeur général du centre hospitalier universitaire de Toulouse a refusé sa demande de congés bonifiés pour la période du 1er août au 30 août 2023, ensemble la décision portant rejet de son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au centre hospitalier universitaire de Toulouse de lui accorder le bénéfice de ses congés bonifiés ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier universitaire de Toulouse la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que

- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente pour ce faire ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 novembre 2023, le centre hospitalier universitaire de Toulouse, représenté par Me Sabatté, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de Mme A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par une ordonnance du 8 juillet 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 16 septembre 2024 à 12 heures.

Vu les décisions attaquées et les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le décret n° 87-482 du 1er juillet 1987 relatif au congé bonifié des fonctionnaires hospitaliers ;

- le code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Péan,

- les conclusions de Mme B - Le Guillou, rapporteure publique,

- et les observations Me Sabatté, représentant le centre hospitalier universitaire de Toulouse.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, agent titulaire de la fonction publique hospitalière, exerçant les fonctions d'aide-soignante au centre hospitalier universitaire de Toulouse, a déposé, le 26 octobre 2022, une demande de congés bonifiés pour la période du 1er au 30 août 2023 afin de se rendre à La Réunion. Par une décision du 23 janvier 2023, le directeur du centre hospitalier de Toulouse a rejeté sa demande. Son recours gracieux ayant été implicitement rejeté, Mme A demande au tribunal d'annuler ces décisions.

2. En premier lieu, il ressort de l'article 2 de la décision du 2 février 2022, publiée le même jour au recueil des actes administratifs spécial n° 31-2022-074, portant délégation de fonctions et de signature consentie par le directeur du centre hospitalier universitaire de Toulouse à Mme D C, directrice adjointe au sein du pôle ressources humaines et soins, que cette dernière était effectivement compétente pour signer les décisions prises en matière de gestion des ressources humaines, à l'exception de courriers et d'actes énumérés à l'article 1er, dont la décision contestée ne fait pas partie. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée manque en fait et ne peut par suite qu'être écarté.

3. En second lieu, aux termes de l'article L. 651-1 du code général de la fonction publique : " Le fonctionnaire territorial ou le fonctionnaire hospitalier dont le centre des intérêts matériels et moraux est situé en Guadeloupe, en Guyane, à la Martinique, à Mayotte, à La Réunion, à Saint-Barthélemy, à Saint-Martin ou à Saint-Pierre-et-Miquelon exerçant ses fonctions sur le territoire européen de la France bénéficie du régime de congé bonifié institué pour les fonctionnaires de l'État dans la même situation ". Aux termes de l'article 1er du décret n° 87-482 du 1er juillet 1987 : " Pour l'application des dispositions du deuxième alinéa du 1o de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 susvisée relatives aux congés bonifiés des fonctionnaires des établissements mentionnés à l'article 2 de ladite loi, qui, exerçant leurs fonctions sur le territoire européen de la France, ont leur résidence habituelle dans un département d'outre-mer, le lieu de la résidence habituelle s'entend de celui où se trouve le centre des intérêts moraux et matériels de l'agent. ". Aux termes de l'article 2 de ce même décret : " Les fonctionnaires mentionnés à l'article 1er bénéficient, dans les conditions prévues ci-après, de la prise en charge périodique par l'établissement où ils exercent des frais d'un voyage de congé, dit congé bonifié, à concurrence d'un aller-retour entre le territoire européen de la France où l'intéressé exerce ses fonctions et le département d'outre-mer où se situe le centre de ses intérêts moraux et matériels ".

4. Il résulte de ces dispositions qu'il incombe aux agents demandant à bénéficier de congés bonifiés d'apporter les éléments permettant d'établir qu'ils ont leur " résidence habituelle ", c'est-à-dire le centre de leurs intérêts matériels et moraux, dans un département d'outre-mer. Pour apprécier la localisation du centre des intérêts matériels et moraux d'un fonctionnaire, il peut être tenu compte de son lieu de naissance, du lieu où se trouvent sa résidence et celle des membres de sa famille, du lieu où il est soit propriétaire ou locataire de biens fonciers, soit titulaire de comptes bancaires, de comptes d'épargne ou de comptes postaux, ainsi que d'autres éléments d'appréciation parmi lesquels le lieu du domicile avant l'entrée dans la fonction publique de l'agent, celui où il a réalisé sa scolarité ou ses études, la volonté manifestée par l'agent à l'occasion de ses demandes de mutation et de ses affectations ou la localisation du centre des intérêts moraux et matériels de son conjoint ou partenaire au sein d'un pacte civil de solidarité. Cette localisation s'apprécie à la date de la décision prise sur chaque demande d'octroi du congé bonifié. Il incombe ainsi à l'administration d'apprécier le droit d'un agent à bénéficier de congés bonifiés sur la base d'un faisceau d'indices. La circonstance que le fonctionnaire a déjà bénéficié d'un tel congé est sans incidence sur la légalité de la décision en litige.

5. Il ressort des pièces du dossier que Mme A, née le 7 janvier 1981 à Saint-Denis de La Réunion, y a effectué sa scolarité jusqu'à l'obtention d'un BEP mention construction topographique, qu'elle a obtenu en 1999. Il ressort toutefois de ces mêmes pièces qu'elle travaille et réside hors de ce département d'outre-mer depuis l'année 2001, soit vingt-deux ans à la date de la décision attaquée, et que ses filles sont nées, en 2005 et 2006, sur le territoire européen de la France. Si Mme A allègue avoir sollicité une mutation à destination de La Réunion, le courriel du 20 mai 2017, dont le contenu n'est au demeurant pas établi, adressé à un agent d'un des centres hospitaliers situé dans ce département d'outre-mer, ne permet pas d'établir qu'elle aurait effectivement candidaté sur un poste, ni qu'un refus lui aurait été opposé. De même, depuis sa titularisation au sein de la fonction publique hospitalière, intervenue au cours de l'année 2020, elle n'établit pas avoir sollicité en vain sa mutation à destination de La Réunion. Mme A soutient enfin que sa mère souffrante, sa sœur jumelle et son parrain y résident, que les sépultures de son oncle et de sa grand-mère s'y trouvent et qu'elle s'y serait rendue en 2003, 2006, 2013, et 2021 pour rendre visite à ses proches. Toutefois, ces éléments ne sauraient suffire à établir que le centre de ses intérêts moraux et matériels serait situé à La Réunion. Par suite, le directeur du centre hospitalier universitaire a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation, refuser à Mme A le bénéfice des congés bonifiés qu'elle a sollicités.

6. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 23 janvier 2023 portant refus d'octroi d'un congé bonifié pour la période du 1er août au 30 août 2023, ni l'annulation de la décision implicite de rejet de son recours gracieux. Par suite, les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquences, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

7. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme A la somme réclamée par le centre hospitalier universitaire de Toulouse au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions du centre hospitalier universitaire de Toulouse présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme E A et au centre hospitalier universitaire de Toulouse.

Délibéré après l'audience du 20 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Viseur-Ferré, présidente,

Mme Préaud, conseillère,

Mme Péan, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 décembre 2024.

La rapporteure,

C. PÉANLa présidente,

C. VISEUR-FERRÉ

La greffière,

F. DEGLOS

La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de l'accès aux soins en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef,

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