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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2303291

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2303291

mercredi 16 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2303291
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantCAZANAVE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 juin 2023, Mme C B, représentée par Me Cazanave, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 17 mars 2023 par lequel le préfet de la Haute-Garonne l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sans délai et de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros à son conseil sur le fondement des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ou, à défaut d'aide juridictionnelle, le versement de cette même somme sur le fondement des dispositions du seul article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

- elles sont entachées d'un défaut d'examen de sa situation ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de renouvellement de son titre de séjour ;

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :

- elle est privée de base légale.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 juillet 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant,

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Le Fiblec, premier conseiller, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Le Fiblec,

- les observations de Me Cazanave, représentant Mme B, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et soulève trois nouveaux moyens à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'erreur manifeste d'appréciation et de la méconnaissance des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Me Cazanave soulève également un nouveau moyen à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- les observations de Mme B, assistée de Mme A, interprète en langue anglaise, qui répond aux questions du magistrat désigné,

- le préfet de la Haute-Garonne n'étant ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante nigériane née le 12 décembre 1998 à Bénin City (Nigéria), déclare être entrée sur le territoire français, le 26 septembre 2018 et a sollicité le bénéfice de l'asile le 17 janvier 2019. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides par une décision en date du 21 avril 2022, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 14 octobre 2022. Par un arrêté du 17 mars 2023, le préfet de la Haute-Garonne l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ". Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressée, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

3. Il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué, ni des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de Mme B avant de prononcer les décisions litigieuses. Le moyen d'erreur de droit soulevé sur ce point doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour est inexistante. Par suite, le moyen tiré du défaut de base légale de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. En l'espèce la requérante, qui déclare sans en apporter la preuve être entrée sur le territoire français le 26 septembre 2018, n'a été admise à séjourner en France que le temps de l'examen de sa demande d'asile qui a été rejetée par la Cour nationale du droit d'asile le 14 octobre 2022. Si elle s'est prévalue à l'audience de ce qu'elle vivait en France avec sa mère bénéficiant d'un titre de séjour en qualité de réfugiée valable jusqu'en 2029 en produisant des pièces justifiant de son lien de filiation et du statut de cette dernière, elle n'apporte aucun élément de nature à justifier de la réalité et de l'ancienneté de cette vie commune, alors qu'il ressort des pièces du dossier qu'elle a élu domicile auprès de l'unité toulousaine de la Croix Rouge française pour la période du 13 décembre 2022 au 13 décembre 2023. Elle ne justifie par ailleurs d'aucune autre attache personnelle en France, ni d'aucun élément de nature à attester d'une intégration particulière. Enfin, l'intéressée ne démontre pas être dépourvue d'attaches familiales au Nigéria, où elle a vécu jusqu'à l'âge de dix-neuf ans. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations susmentionnées doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit également être écarté.

7. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. ".

8. En l'espèce, s'il a été soutenu à l'audience que la requérante souffrait d'une hépatite B, elle n'apporte aucun élément permettant d'apprécier le bien-fondé de cette allégation. En outre, s'il a été indiqué à l'audience qu'elle avait des problèmes à l'épaule gauche ayant nécessité la pose d'une prothèse, et s'il a été produit au soutien de ses allégations une ordonnance d'un chirurgien orthopédique et traumatologique en date du 10 juin 2020 lui prescrivant des examens médicaux, dont un scanner de l'épaule gauche et un bilan pré-prothèse, et les résultats d'une IRM de l'épaule gauche en date du 17 janvier 2020, elle n'apporte ni la preuve de la réalisation de cette opération, ni, en tout état de cause, la démonstration que le défaut de prise en charge de ses problèmes à l'épaule serait susceptible d'entraîner pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité, et que le cas échéant, elle ne pourrait pas bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :

9. En premier lieu, il résulte de ce qui a été développé précédemment que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas illégale. Par suite, le moyen tiré du défaut de base légale de la décision portant fixation du pays de renvoi doit être écarté.

10. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Et aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ".

11. Il a été soutenu à l'audience que la requérante serait en grand danger en cas de retour dans son pays d'origine, notamment en sa qualité de victime d'un réseau de prostitution. Toutefois, elle n'apporte aucun élément permettant d'apprécier le bien-fondé de ses allégations, et par suite, ne justifie pas de la réalité des risques auxquels elle serait exposée, alors qu'au demeurant, il ressort des pièces du dossier que tant l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 21 avril 2022, que la Cour nationale du droit d'asile le 14 octobre 2022, ont rejeté sa demande d'asile. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet aurait méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, ce moyen doit être écarté.

12. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne du 17 mars 2023.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

13. Le présent jugement rejette les conclusions à fin d'annulation et n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction sont donc rejetées.

Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à Me Cazanave la somme réclamée en application des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Mme B est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, à Me Cazanave et au préfet de la Haute-Garonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 août 2023.

Le magistrat désigné,

B. LE FIBLEC La greffière,

V. BRIDET

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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