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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2303318

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2303318

mercredi 21 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2303318
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantPIAZZON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 juin 2023, et des mémoires complémentaires enregistrés les 13 et 14 juin 2023, M. A C, représenté par Me Piazzon, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 8 juin 2023 par lequel le préfet du Tarn l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays de renvoi ;

3°) d'enjoindre au préfet du Tarn de réexaminer sa situation à l'aune de la motivation du jugement à intervenir, dans le délai de quinze jours suivant la notification du jugement ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros à son conseil en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

-elles sont entachées d'un défaut de motivation ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation et de ses conséquences sur sa situation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elle est privée de base légale ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 juin 2023, le préfet du Tarn conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. B, pour statuer sur les demandes présentées au titre de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les parties à l'instance n'étant ni ne présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, de nationalité géorgienne, né le 7 mars 1983 à Moscou, a déclaré être entré en France le 6 août 2018 accompagné de son épouse et de sa fille. Il a sollicité le bénéfice de l'asile le 17 septembre 2018. L'Office français de protection des réfugiés et des apatrides a rejeté la demande par une décision en date du 12 mars 2019, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile en date du 2 octobre 2019. Il a fait l'objet d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire avec délai de départ volontaire et fixant le pays de destination qu'il n'a pas exécuté. Par un arrêté en date du 8 juin 2023, à la suite d'un contrôle d'identité, le préfet du Tarn lui fait obligation de quitter le territoire sans délai et fixe le pays de renvoi. Le même jour, le préfet de Tarn-et-Garonne l'a assigné à résidence. Par la présente requête, il demande au tribunal d'annuler la décision lui faisant obligation de quitter le territoire sans délai et fixant le pays de renvoi.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose que : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressé, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. L'arrêté attaqué vise le code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile, notamment les dispositions de l'article L. 611-1 2° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les dispositions de l'article L. 721-4 du même code et les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Il fait état des conditions d'entrée et de séjour du requérant sur le territoire national, tout en retraçant le parcours personnel depuis sa demande d'asile et en mentionnant les principaux éléments de sa vie privée et familiale. Enfin, l'arrêté mentionne que le requérant n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans le pays d'origine ni qu'il serait porté une atteinte grave aux stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Par conséquent, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de cette décision doit être écarté. En outre, le préfet ne saurait être regardé comme n'ayant pas examiné la situation de l'intéressé de manière réelle et sérieuse.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, si le requérant invoque la méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, toutefois, il ne se prévaut d'aucune considération humanitaire ou de motifs exceptionnels au sens des dispositions précitées. Par suite, le moyen doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré () ".

6. Il ressort de pièces du dossier que l'intéressé s'est maintenu sur le territoire français plus de trois mois après son entrée sans être titulaire d'un premier titre de séjour régulièrement délivré, et après avoir été débouté du droit d'asile. Il se trouvait dans la situation où, en application du 2° de l'article L. 611-1, le préfet pouvait décider qu'il serait obligé de quitter le territoire français. Ainsi la décision la décision attaquée motivée par l'irrégularité du séjour en France de M. C trouve son fondement légal dans les dispositions du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de l'erreur de droit pour défaut de base légale doit être écarté, comme l'erreur de fait.

7. En troisième et dernier lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". Et aux termes de l'article 3.1 de la convention de New York relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

8. Le requérant n'est présent sur le territoire français que depuis le 6 août 2018 et n'a été admis à y séjourner que le temps de l'examen de sa demandes d'asile, qui a été définitivement rejetée par la Cour nationale du droit d'asile du 2 octobre 2019. Si le requérant affirme craindre pour sa sécurité en cas de retour dans son pays d'origine, ce moyen n'est pas opérant à l'encontre des décisions portant obligation de quitter le territoire français, lesquelles n'ont pas pour objet de fixer le pays de destination des mesures d'éloignement. Le requérant se prévaut du fait que les enfants mineurs sont scolarisés en France, toutefois cette circonstance ne fait pas obstacle à ce qu'ils poursuivent leur scolarité dans leur pays d'origine. Dans ces conditions, la décision en litige ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale. Pour les mêmes motifs, la mesure d'éloignement litigieuse n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation de l'intéressé, ni de ses conséquences sur sa situation.

9. En outre, il résulte de ce qui a été dit au point précédent que les mesures d'éloignement ne portent pas atteinte à l'intérêt supérieur des enfants de M. C dans la mesure où ils ont vocation à suivre les parents en cas d'éloignement vers leur pays d'origine et qu'ils pourront y poursuivre leur scolarité. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que les décisions contestées méconnaissent les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne les décisions fixant le pays de renvoi :

10. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision portant fixation du pays de renvoi serait privée de base légale en raison de l'illégalité de la décision d'éloignement.

11. En deuxième lieu, il ne résulte ni de la motivation des décisions attaquées, ni d'aucune autre pièce des dossiers que le préfet du Tarn n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de sa situation. Dès lors, le moyen de droit invoqué à cet égard doit être écartés.

12. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, désormais applicables : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Il appartient à l'étranger qui conteste son éloignement de démontrer qu'il y a des raisons sérieuses de penser que, si la mesure incriminée était mise à exécution, il serait exposé à un risque réel de se voir infliger des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

13. S'il soutient craindre d'être exposé, en cas de retour dans son pays d'origine, à des traitements inhumains ou dégradants, toutefois, le requérant n'apporte aucun élément de nature à étayer ses allégations et à démontrer la réalité et l'actualité des persécutions dont il ferait l'objet. Dans ces conditions, le préfet du Tarn n'a pas méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, les moyens doivent être écartés.

14. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet du Tarn en date du 8 juin 2023.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

15. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à Me Piazzon, la somme réclamée en application des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Piazzon et au préfet du Tarn.

(Une copie du jugement sera transmise au préfet de Tarn-et-Garonne)

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 juin 2023.

Le magistrat désigné,

M. B Le greffier,

M.POUPART

La République mande et ordonne au préfet du Tarn, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

2303318

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