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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2303427

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2303427

mardi 13 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2303427
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantGOUGNAUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 juin 2023, M. D C, représenté par Me Gougnaud, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 14 juin 2023 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de séjour sur le territoire français pendant une durée de deux ans ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que son conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

- la décision attaquée est entachée d'illégalité dès lors que son signataire n'a pas reçu de délégation de signature à effet de signer pareille décision ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;

En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire pour quitter le territoire français :

- la décision attaquée est privée de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnait les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il ne constitue pas une menace à l'ordre public et qu'il n'existe aucun risque de fuite ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- la décision attaquée est privée de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision attaquée est privée de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 juillet 2023, le Préfet des Pyrénées-Orientales conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Biscarel a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant algérien né le 9 décembre 1961, a été interpellé le 14 juin 2023 par les services de la gendarmerie et a fait l'objet d'une remise aux services de la direction interdépartementale de la police aux frontières des Pyrénées-Orientales à Perpignan. Par arrêté du 14 juin 2023, le préfet des Pyrénées-Orientales l'a obligé à quitter le territoire français sans délai en fixant le pays de renvoi et l'a interdit de séjour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Par sa requête, M. C demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur la demande d'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Me Gougnaud ayant été désigné d'office par le bâtonnier du barreau de Toulouse pour assister M. C, dans la présente procédure, il bénéfice de l'aide juridictionnelle garantie. Par suite, il n'y a pas lieu de statuer sur la demande de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

3. Par un arrêté en date du 14 avril 2023, publié le 20 avril 2023 au recueil administratif spécial, le préfet des Pyrénées-Orientales a donné à M. I G, directeur de la citoyenneté et de la migration, délégation pour signer les décisions d'éloignement et les décisions les assortissant. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, la décision attaquée vise les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle fait état de l'entrée et du séjour irréguliers de M. C sur le territoire français et précise les raisons pour lesquelles le préfet des Pyrénées-Orientales considère que son comportement constitue un trouble à l'ordre public. En outre, le préfet indique que l'intéressé est célibataire et sans enfant et n'établit ni avoir des liens personnels et familiaux anciens, stables et intenses en France, ni être dépourvu d'attaches familiales dans le pays dont il est ressortissant, et qu'il n'est ainsi pas porté une atteinte disproportionnée à sa situation personnelle et à sa vie familiale. Dans ces conditions, la décision attaquée est suffisamment motivée.

5. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1 - Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2 - Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

6. Il ressort des pièces du dossier que M. C a indiqué, lors de son audition du 14 juin 2023 par les services de police, être célibataire sans enfant et que ses parents, sa sœur et ses quatre frères vivent en Algérie où il a vécu l'essentiel de sa vie. Par ailleurs, s'il soutient travailler occasionnellement, cette circonstance, au demeurant non établie par les pièces du dossier, ne suffit pas à démontrer qu'il aurait fixé le centre de ses intérêts privés en France. Dans ces circonstances, le préfet n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en édictant la décision litigieuse.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

7. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision refusant de lui octroyer un délai de départ volontaire est privée de base légale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

8. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants :/ 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ;/ () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité () qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".

9. Il ressort des termes mêmes de la décision attaquée que pour refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire à M. C, le préfet des Pyrénées-Orientales s'est fondé sur les dispositions du 1° de l'article L. 612-2 et des 5° et 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier et notamment du fichier automatisé des empreintes digitales que M. C est également connu sous l'identité de M. A B et de M. F H, sous le nom desquels il a fait l'objet de deux obligations de quitter le territoire français les 24 novembre 2009 et 6 mai 2021, qui n'ont pas été exécutées. En outre, il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale et ne présente donc pas, pour cette seule raison, de garanties de représentation. S'il ressort des pièces du dossier que le requérant est défavorablement connu des services de police pour avoir été signalé le 14 janvier 2010 pour des faits de vol à l'étalage et le 30 janvier suivant pour des faits de vol à la roulotte, il ne peut, au regard de ces seuls éléments, être considéré comme ayant un comportement constituant une menace pour l'ordre public, de sorte que le préfet ne pouvait, pour refuser de lui accorder un délai de départ volontaire, se fonder sur le 1° de l'article L. 612-2. Toutefois, il résulte de l'instruction que l'autorité préfectorale aurait pris la même décision en se fondant sur les seuls 5° et 8° de l'article L. 612-3 précité. Dans ces conditions, et en l'absence de circonstance particulière, M. C n'est pas fondé à soutenir qu'en prenant la décision attaquée, le préfet des Pyrénées-Orientales aurait commis une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :

10. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français à l'encontre de la décision portant fixation du pays de renvoi.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

11. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

12. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction prévue à l'article L. 612-11 ".

13. Il ressort des pièces du dossier que, d'une part, M. C ne justifie ni d'une présence ancienne et continue sur le territoire français, ni de liens avec la France et d'autre part, qu'il a fait l'objet de deux précédentes mesures d'éloignement. Dans ces circonstances, nonobstant le fait qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public, le préfet n'a pas commis d'erreur d'appréciation en édictant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée fixée à deux ans.

14. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet des Pyrénées-Orientales du 14 juin 2023.

Sur les frais liés au litige :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme dont M. C demande le versement au profit de son conseil sur le fondement de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D C, à Me Gougnaud et au préfet des Pyrénées-Orientales.

Délibéré après l'audience du 30 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Molina-Andréo, présidente,

Mme Soddu, première conseillère,

Mme Biscarel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 février 2024.

La rapporteure,

B. BISCAREL

La présidente,

B. MOLINA-ANDRÉO La greffière,

M. E

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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