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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2303461

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2303461

vendredi 15 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2303461
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantCABINET BRANGEON DESCHAMPS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 juin 2023 et un mémoire enregistré le 31 août 2023, Mme B E, représentée par Me Brangeon, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 avril 2023 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de quinze jours sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, et à défaut d'admission à l'aide juridictionnelle totale, en application de ces seules dernières dispositions.

Elle soutient que :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- la procédure suivie est irrégulière dès lors qu'elle n'a pas été invitée au préalable à formuler ses observations ;

- cette décision mentionne à tort qu'elle aurait détourné la procédure d'obtention de visa court séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est contraire à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :

- cette décision est insuffisamment motivée en fait ;

- la procédure suivie est irrégulière ;

- cette décision est illégale par suite de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la fixation du pays de renvoi :

- cette décision est insuffisamment motivée en fait ;

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- la procédure suivie est irrégulière ;

- le préfet s'est cru à tort en situation de compétence liée et n'a pas procédé à un examen réel et sérieux de sa situation ;

- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 août 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens invoqués sont infondés.

Par une décision du 11 octobre 2023, F a été admise à l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D,

- et les observations de F.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B E, ressortissante algérienne née le 22 juin 1969 est entrée en France la dernière fois le 6 mai 2022 sous couvert d'un visa de court séjour. Elle a sollicité le 6 décembre 2022 son admission exceptionnelle au séjour. Par arrêté du 27 avril 2023, le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. F demande l'annulation de ces décisions et la délivrance d'un titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / () ". Aux termes de l'article L.613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. () ".

3. Il ressort des termes de l'arrêté en litige que le préfet de la Haute-Garonne a visé les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il a fait application ainsi que l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il a repris les principaux éléments de sa situation familiale, en indiquant les raisons pour lesquelles il a considéré qu'elle ne remplissait pas les conditions pour bénéficier d'un titre de séjour, notamment à titre discrétionnaire, et devait être éloignée du territoire. Ainsi, la décision de refus de titre de séjour opposée à F comporte l'énoncé des considérations de fait et de droit qui constituent son fondement. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour doit être écarté. Par suite l'obligation de quitter le territoire, qui en l'espèce, n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour, est également suffisamment motivée. Enfin, la décision fixant le pays de renvoi, qui rappelle la nationalité de la requérante et précise qu'elle n'établit pas être exposée à des risques personnels en cas de retour dans son pays d'origine, est suffisamment motivée. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation de ces décisions doit ainsi être écarté.

4. En second lieu, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il n'implique pas systématiquement l'obligation, pour l'administration, d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales.

5. En l'espèce, F a sollicité la délivrance d'un titre de séjour. A ce titre, elle ne pouvait ignorer qu'en cas de refus, elle pourrait faire l'objet d'une mesure d'éloignement. Dès lors, il lui appartenait pendant l'accomplissement de cette démarche et, notamment, lors du dépôt de son dossier, de fournir à l'administration toute information relative à sa situation pouvant venir au soutien de sa demande. Elle avait également la possibilité de faire parvenir des éléments nouveaux durant l'instruction de cette demande. Il ne ressort des pièces du dossier, ni que F se soit prévalue de cette faculté, ni d'ailleurs qu'elle disposait d'éléments nouveaux qui auraient été susceptibles d'exercer une influence sur le sens de l'arrêté pris par le préfet de la Haute-Garonne. Par suite, le moyen tiré de ce que les décisions contestées, portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire, fixation du délai de départ volontaire et désignation du pays de renvoi, auraient méconnu le droit d'être entendu doit être écarté.

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

6. En premier lieu, la circonstance que l'arrêté contesté mentionne que F aurait détourné la procédure d'obtention de visa est sans incidence sur la légalité du refus de titre de séjour qui n'est pas fondé sur ce motif.

7. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que l'un des fils majeurs de, M. A C, né le 1er février 1991, titulaire d'un certificat de résidence valable jusqu'en septembre 2023, a été victime d'un grave accident par défenestration en février 2019, occasionnant de multiples lésions, à la suite duquel il est depuis lors lourdement handicapé, totalement dépendant et en état de coma vigile, avec une possibilité de communication très réduite. Sa mère a effectué en 2019 et en 2022 plusieurs allers et retours entre Toulouse et l'Algérie sous couvert de visas court séjour afin d'être auprès de lui. Il ressort des certificats médicaux établis en 2019 par deux médecins du pôle anesthésie et réanimation et du service de neurochirurgie des hôpitaux de Toulouse qui l'ont pris en charge après son accident, que la présence de sa mère est indispensable à M. C. Le médecin responsable médical du service de soins et rééducation du centre hospitalier Turenne de Nègrepelisse où il a ensuite été admis, atteste également par deux certificats des 10 novembre 2022 et 5 juin 2023 que l'état de santé du jeune homme nécessite la présence quotidienne de sa mère. L'assistante sociale de l'établissement précise en effet, le 15 novembre 2022, que la venue régulière de sa mère a un effet favorable sur son état de santé et que le lien doit être maintenu de manière continue. Toutefois, ces certificats médicaux et attestations, qui sont rédigés en des termes très succincts, ne précisent pas dans quelle mesure la présence quotidienne de la requérante est nécessaire à M. C, alors qu'il ressort des pièces du dossier que celui-ci est pris en charge en hospitalisation complète dans un service spécialisé, ni dans quelle mesure la poursuite des visites régulières mais non quotidiennes de sa mère, comme effectué depuis 2019, lui serait préjudiciable. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de la situation de F doit par suite être écarté.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. Ainsi qu'il a été dit au point précédent, F ne justifie pas que sa présence continue serait nécessaire à son fils majeur en situation régulière et hospitalisé en France. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier qu'un autre fils majeur de la requérante est en situation irrégulière sur le territoire français. Si elle fait valoir que sa fille mineure est scolarisée en France sans précision quant à la durée de cette scolarisation, elle n'établit ni ne soutient que celle-ci ne pourrait poursuivre ses études en Algérie. Enfin, F, qui ne fait pas état d'autres liens anciens et stables en France, n'est pas isolée en Algérie où elle a vécu jusqu'à l'âge de 52 ans et où résident deux de ses enfants majeurs. Dans ces conditions, la décision contestée n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit ainsi être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :

10. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que l'obligation de quitter le territoire serait illégale par suite de l'illégalité du refus de titre de séjour ne peut qu'être écarté.

11. En second lieu, pour les mêmes motifs qu'exposé au point 9 du présent jugement, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

12. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision ". Il résulte de ces dispositions que lorsque l'autorité administrative prévoit qu'un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement dispose du délai de départ volontaire de trente jours, qui est le délai normalement applicable, ou d'un délai supérieur, elle n'a pas à motiver spécifiquement sa décision. Dès lors, le moyen tiré du défaut de motivation du délai de départ volontaire fixé par la décision portant obligation de quitter le territoire doit être écarté.

13. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait omis de procéder à un examen réel et sérieux de la situation de la requérante, ni qu'il se serait cru, à tort, en situation de compétence liée.

14. En troisième lieu, ainsi qu'il a été dit précédemment, F ne justifie pas que sa présence continue est nécessaire à son fils hospitalisé. Dès lors que le délai de trente jours constitue le délai de départ de droit commun pour l'exécution d'une obligation de quitter le territoire français et que F ne se prévaut pas d'autres motifs particuliers qui auraient pu justifier l'octroi d'un délai de départ supérieur, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

Sur les autres conclusions :

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 27 avril 2023 doivent être rejetées. Par conséquent, les conclusions à fin d'injonction comme celles présentées au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être également rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de F est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B E, au préfet de la Haute-Garonne et à Me Brangeon.

Délibéré après l'audience du 1er mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Coutier, président,

Mme D, magistrate honoraire,

Mme Michel, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 mars 2024.

La rapporteure,

C. D

Le président

B. COUTIER

Le greffier,

B. ROETS

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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