vendredi 15 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2303517 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | BOUIX |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés le 20 juin 2023 et le 13 novembre 2023, Mme A E D B, représentée par Me Bouix, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 23 mai 2023 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre à titre principal au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour " entrepreneur/profession libérale " dans un délai d'un mois et de lui remettre dans l'attente, dès notification du jugement, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ; à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois en la munissant, dès notification du jugement, d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros hors taxe à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, et à défaut d'être admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le seul fondement de ce dernier article.
Elle soutient que :
En ce qui concerne le refus de changement de statut :
- cette décision est insuffisamment motivée ;
- le préfet n'a pas procédé à un examen sérieux de sa situation ;
- le refus de titre de séjour est contraire à l'article L. 421-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :
- cette décision est illégale par suite de l'illégalité du refus de titre de séjour.
Par un mémoire en défense enregistré le 25 août 2023, le préfet de Haute-Garonne conclut au rejet de la requête en faisant valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.
Par une décision du 3 octobre 2023, Mme D B a été admise à l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- et les observations de Me Bouix représentant Mme D B, présente.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A E D B, ressortissante singapourienne, née le 28 avril 1993, est entrée en France le 13 juin 2022 sous couvert d'un visa long séjour pour études, valable jusqu'au 9 février 2023. Elle a sollicité le 4 janvier 2023 un changement de statut et la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étranger exerçant une activité non salariée. Par arrêté du 23 mai 2023, le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Mme D B demande à titre principal l'annulation de cet arrêté et la délivrance du titre de séjour sollicité.
Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Il ressort des pièces du dossier que Mme D B a été admise à l'aide juridictionnelle totale par décision du 3 octobre 2023. Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant à son admission provisoire à ce dispositif.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Aux termes de l'article L. 421-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité non salariée, économiquement viable et dont il tire des moyens d'existence suffisants, dans le respect de la législation en vigueur, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " entrepreneur/ profession libérale " d'une durée maximale d'un an ".
4. Il résulte de ces dispositions que la délivrance d'une carte de séjour temporaire autorisant l'exercice d'une activité professionnelle à l'étranger qui vient exercer en France une profession commerciale, industrielle ou artisanale est subordonnée, notamment, à la viabilité économique de l'activité envisagée. Lorsque l'étranger est lui-même le créateur de l'activité qu'il vient exercer, il lui appartient de présenter à l'appui de sa demande les justificatifs permettant d'évaluer la viabilité économique de son activité ou entreprise, que celle-ci soit encore au stade de projet ou déjà créée.
5. Il ressort des pièces du dossier que Mme D B exerce en qualité d'auto-entrepreneur une activité d'enseignement de la langue anglaise, inscrite depuis le 1er octobre 2022 au répertoire des entreprises et des établissements. Pour refuser de modifier le statut de la requérante, titulaire d'un visa long séjour " étudiant " et de l'admettre au séjour au titre de son activité non salariée, le préfet a retenu que son activité n'était pas viable économiquement et ne lui procurait pas de moyens d'existence suffisants. Il a notamment relevé que les déclarations de chiffre d'affaires d'octobre à décembre 2022 s'élevaient au total à 432 euros et que les contrats de prestations de service garantissaient un volume de 19,5 heures par semaine seulement. Toutefois, la requérante explique sans être contredite qu'elle n'a pu se consacrer pendant cette période à son activité alors qu'elle était en formation pour apprendre le français, et que son activité n'a réellement démarré qu'à partir de février 2023. Il ressort en effet des pièces du dossier que Mme D B a déclaré auprès de l'Urssaf un chiffre d'affaires de 981 euros en janvier 2023, de 2 072 euros en février 2023, de 1 363 euros en mars 2023, de 2 399 euros en avril 2023 et de 2 176 euros en mai 2023. Compte tenu d'un taux de charges sociales de 21,30 % tel qu'indiqué dans les relevés de l'URSSAF joints au dernier mémoire, l'activité de la requérante a généré un résultat net de 7 076 euros, soit un montant mensuel moyen de 1 415 euros sur la période, supérieur au montant de 1 383 euros correspondant au SMIC mensuel net en mai 2023. Le préfet fait valoir en défense qu'il convient de prendre en compte l'abattement fiscal de 50% qui détermine le revenu imposable. Toutefois, cet abattement pour frais professionnels est forfaitaire et ne permet pas de déterminer le revenu personnel de la requérante, compte tenu de la confusion des patrimoines privé et professionnel résultant du régime des auto-entrepreneurs. Mme D B verse en outre au dossier des fiches de paie correspondant aux salaires qu'elle s'est alloués pour les mois de mars à mai 2023, également supérieurs au SMIC mensuel net. Enfin, il ressort des pièces du dossier que la requérante travaille en mai 2023 pour deux organismes qui lui renouvellent leur confiance, dispose d'une promesse de commande de la part de l'école SupAéro, et donne en outre des cours particuliers appréciés par ses élèves. Dans ces conditions, Mme D B doit être regardée comme établissant, à la date de l'arrêté contesté, la viabilité économique de son auto-entreprise. La décision contestée fait ainsi une inexacte application des dispositions de l'article L. 421-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle doit par suite être annulée sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête. Par voie de conséquence, la décision portant obligation de quitter le territoire doit être également annulée.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
6. Compte tenu du motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement implique nécessairement qu'une carte de séjour temporaire portant la mention " entrepreneur/profession libérale " soit délivrée à Mme D B. Sous réserve d'une modification dans la situation de la requérante, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de procéder à cette délivrance dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, en munissant l'intéressée, dans l'attente, d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction de l'astreinte sollicitée.
Sur les frais liés au litige :
7. Il y a lieu, en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante, la somme de 1 250 euros, à verser à Me Bouix, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions relatives à l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : L'arrêté du 23 mai 2023 du préfet de la Haute-Garonne est annulé.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Haute-Garonne de délivrer à Mme D B, sous réserve d'une modification dans sa situation, une carte de séjour temporaire portant la mention " entrepreneur/profession libérale " dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de la munir, dans l'attente, d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.
Article 4 : L'Etat versera la somme de 1 250 euros à Me Bouix en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme A E D B, au préfet de la Haute-Garonne et à Me Bouix.
Délibéré après l'audience du 1er mars 2024, à laquelle siégeaient :
M. Coutier, président,
Mme C, magistrate honoraire,
Mme Michel, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 mars 2024.
La rapporteure,
C. C
Le président,
B. COUTIER
Le greffier,
B. ROETS
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026