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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2303536

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2303536

vendredi 15 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2303536
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantVAZEIX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 juin 2023 et un mémoire enregistré le 11 septembre 2023, M. A D, représenté par Me Vazeix, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 mars 2023 par lequel le préfet du Tarn a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois sous astreinte de 30 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable, l'arrêté contesté ne lui ayant jamais été notifié ;

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- elle a été prise par une autorité incompétente et ne respecte pas l'article L.212-1 du code des relations entre le public et l'administration.

- elle méconnaît le premier alinéa de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est contraire à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- elle est contraire à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et à l'article 7 de la charte des droits fondamentaux de l'Union Européenne ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- cette décision est contraire à l'article à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 août 2023, le préfet du Tarn conclut au rejet de la requête en faisant valoir :

- que la requête est tardive et par suite irrecevable ;

- qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.

Un mémoire présenté pour M. D a été enregistré le 22 février 2024, après la clôture de l'instruction, prononcée au 15 septembre 2023 et n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union Européenne ;

- la convention franco-malienne du 26 septembre 1984 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant malien né le 12 juin 2000, est entré en France le 20 juin 2016. Après avoir été confié à l'aide sociale à l'enfance du Tarn, il a obtenu un titre de séjour en qualité de travailleur temporaire, puis un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français valable jusqu'au 5 septembre 2022. Il a sollicité le 20 juin 2022 le renouvellement de ce titre de séjour. Par arrêté du 8 mars 2023, le préfet du Tarn a rejeté sa demande, et l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours en fixant le pays de renvoi. M. D demande l'annulation de cet arrêté et la délivrance du titre de séjour sollicité.

En ce qui concerne le moyen commun :

2. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / () ". Aux termes de l'article L.613-1 de ce code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. () ".

3. Il ressort des termes de l'arrêté en litige que le préfet du Tarn a visé la convention franco-malienne du 26 septembre 1984 et les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il a fait application. Il a également retracé le parcours du requérant et repris les principaux éléments de sa situation familiale, en indiquant les raisons pour lesquelles il a considéré qu'il ne remplissait pas les conditions pour bénéficier d'un titre de séjour et devait être éloigné du territoire. Ainsi, la décision de refus de titre de séjour opposée à M. D comporte l'énoncé des considérations de fait et de droit qui constituent son fondement. Par suite, l'obligation de quitter le territoire, qui en l'espèce, n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour, est également suffisamment motivée. Enfin, la décision fixant le pays de renvoi, qui rappelle la nationalité du requérant et précise qu'il n'établit pas être exposé à des risques personnels en cas de retour dans son pays d'origine, est suffisamment motivée. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

4. En premier lieu, le secrétaire général de la préfecture du Tarn, signataire de l'arrêté contesté, a reçu délégation du préfet du Tarn pour prendre les décisions relatives au séjour et à la police des étrangers, par arrêté du 2 janvier 2023 publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture n°81-2023-007. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

5. En deuxième lieu, le préfet produit une copie de l'arrêté du 8 mars 2023 qui comporte la signature du secrétaire général de la préfecture du Tarn, ainsi que ses nom, prénom et fonction. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration manque en fait et doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ". Aux termes de l'article 371-2 du code civil : " Chacun des parents contribue à l'entretien et à l'éducation des enfants à proportion de ses ressources, de celles de l'autre parent, ainsi que des besoins de l'enfant. () ". Aux termes de l'article 373-2-2 de ce code : " En cas de séparation entre les parents, ou entre ceux-ci et l'enfant, la contribution à son entretien et à son éducation prend la forme d'une pension alimentaire versée, selon le cas, par l'un des parents à l'autre, ou à la personne à laquelle l'enfant a été confié ".

7. En l'espèce, il est constant que M. D est père d'un enfant de nationalité française né le 7 janvier 2020, s'est séparé de la mère de l'enfant six mois après la naissance et lui verse régulièrement depuis lors une pension alimentaire. Pour refuser le renouvellement du titre de séjour de M. D, le préfet du Tarn a estimé qu'il ne contribuait pas à l'éducation de l'enfant dès lors que, selon la mère de l'enfant, il n'utilisait pas son droit de garde un week-end sur deux et la moitié des vacances scolaires, et n'avait pas vu son fils pendant dix mois. M. D, qui ne conteste pas ces faits, se borne à soutenir, sans l'établir, que la mère de l'enfant l'empêche de voir son fils et qu'il souhaite être plus proche de celui-ci. Si le préfet du Tarn a, à tort, invoqué également l'absence de lien affectif avec le jeune B, qui ne figure pas dans les conditions posées par les dispositions précitées, il pouvait en tout état de cause fonder son refus de titre de séjour sur le seul motif tiré de la non prise en charge de l'enfant pendant les périodes qui étaient réservées au requérant. Dès lors, M. D ne remplit pas les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français. Le moyen tiré de ce que le préfet du Tarn aurait méconnu les dispositions de l'article L.423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit par suite être écarté.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. Il ressort des pièces du dossier que M. D est entré en France en 2016 à l'âge de 16 ans et qu'il y séjourne ainsi en situation régulière depuis sept ans. Après avoir obtenu un CAP de maçon en juillet 2019, puis un CAP de carreleur mosaïste en 2020, il a été embauché en contrat à drée indéterminée comme aide-sondeur à compter de février 2022 et justifie ainsi d'une expérience professionnelle, qui s'élève, compte tenu des périodes d'apprentissage, à plus de trois ans à la date de la décision contestée. En revanche, M. D, qui est désormais séparé de son ancienne compagne et n'établit pas, ainsi qu'il a été dit, avoir des relations étroites avec son fils, ne fait état d'aucun lien personnel ou familial ancien et stable en France. Il n'établit pas non plus être isolé au Mali, alors que le préfet affirme sans être contredit que l'intéressé y est retourné en 2019 et que sa grand-mère y résiderait. Dans ces conditions, la seule insertion professionnelle de M. D ne permet pas de considérer qu'il a fixé le centre de ses intérêts privés en France. La décision contestée ne porte donc pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale compte tenu des buts poursuivis. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit par suite être écarté. Pour les mêmes raisons, le moyen tiré de ce que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation de sa situation en refusant de lui délivrer un titre de séjour doit être également écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :

10. Pour les mêmes motifs qu'exposé au point 9 du présent jugement, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, repris en substance à l'article 7 de la Charte des droits fondamentaux de l'union européenne, doit être écarté. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de sa situation doit être également écarté pour ces mêmes motifs.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

11. Ainsi qu'il a été dit, M. D n'établit pas qu'il serait isolé au Mali et que ses seuls liens familiaux seraient installés en France. Par suite, les moyens tirés de ce que la décision fixant le pays de renvoi serait contraire à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et qu'elle serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation doivent être écartés.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 8 mars 2023 doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin, en tout état de cause, de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application de l'article L.761-1 du code de justice administrative doivent être également rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, et au préfet du Tarn.

Délibéré après l'audience du 1er mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Coutier, président,

Mme C, magistrate honoraire,

Mme Michel, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 mars 2024.

La rapporteure,

C. C

Le président,

B. COUTIER

Le greffier,

B. ROETS

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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