vendredi 23 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2303554 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | SAIHI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 21 juin 2023, M. C B représenté par Me Saihi, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 20 juin 2023 par lequel le préfet de l'Aude l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;
3°) d'enjoindre au préfet de l'Aude de procéder à la suppression de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 200 euros à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et, dans l'hypothèse où il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, le versement de cette même somme au seul visa de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'un défaut de compétence de son auteur ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle méconnaît le respect de la procédure contradictoire et son droit d'être entendu ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;
- elle est entachée d'une erreur de droit, car il a déposé une demande d'asile qui est en cours d'examen ;
En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
-elle est privée de base légale dans la mesure où elle est fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'une erreur de droit, car il a déposé une demande d'asile qui est en cours d'examen ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est privée de base légale dans la mesure où elle est fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français et une décision portant refus de délai de départ volontaire elles-mêmes illégales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.
Par un mémoire en défense enregistré le 23 juin 2023, le préfet de l'Aude conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique,
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Le Fiblec, premier conseiller, pour statuer sur les demandes présentées au titre de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Le Fiblec,
- les observations de Me Saihi, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens. Me Saihi précise le moyen tiré du défaut d'examen de la situation du requérant invoqué à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français en faisant valoir que le préfet de l'Aude apporte la preuve qu'il a déposé une demande d'asile auprès du préfet de la Haute-Garonne et que s'il avait relevé ses empreintes, il serait apparu que l'Espagne pouvait être l'Etat-membre responsable de sa demande d'asile, qu'à tout le moins et il devait faire l'objet d'une décision de transfert vers l'Espagne et non d'une obligation de quitter le territoire français, et qu'au mieux, la France pouvait être considérée comme l'Etat membre responsable de sa demande d'asile. Me Saihi rappelle qu'en raison de la demande d'asile en cours de l'intéressé, l'obligation de quitter le territoire français est également entachée d'une erreur de droit,
- les observations de M. B, assisté de M. A D, interprète en langue arabe, qui répond aux questions du magistrat désigné,
- le préfet de l'Aude n'étant ni présent ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. M. B est un ressortissant algérien né le 26 juin 1993 à Chlef (Algérie). Par un arrêté du 20 juin 2023, le préfet de l'Aude l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par sa présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler ces décisions.
Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose que : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressé, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Les stipulations de l'article 31-2 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 et les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile impliquent nécessairement que l'étranger sollicitant la reconnaissance de la qualité de réfugié soit autorisé à demeurer provisoirement sur le territoire jusqu'à ce qu'il ait été statué sur sa demande. Lorsqu'en application des dispositions du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013, l'examen de la demande d'asile d'un étranger relève d'un autre Etat membre, la situation de l'intéressé n'entre pas dans le champ d'application des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mais dans celui des prévisions de l'article L. 572-1 de ce même code. Par voie de conséquence, la mesure d'éloignement que l'autorité préfectorale est susceptible d'édicter à l'encontre d'un étranger demandeur d'asile ne peut être qu'une décision de transfert prise sur le fondement de l'article L. 572-1 et non pas une obligation de quitter le territoire prise sur le fondement de l'article L. 611-1.
4. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier, et notamment d'une attestation de demande d'asile délivrée par la préfecture de la Haute-Garonne produite par M. B et de pièces produites en défense relatives à des convocations non honorées et la prolongation des délais de transfert, que l'intéressé aurait été placé en procédure Dublin après avoir déposé une demande d'asile en France le 22 octobre 2021, que les autorités espagnoles auraient explicitement accepté sa prise en charge ou sa reprise en charge le 10 novembre 2021 et qu'en raison de sa déclaration de fuite, et de la prolongation des délais de transfert jusqu'à dix-huit mois après cet accord, l'Espagne n'aurait été considérée comme responsable de l'examen de sa demande d'asile que jusqu'au 10 mai 2023, date après laquelle la France serait devenue responsable d'une telle demande. S'il ressort des pièces produites par les parties que le prénom du requérant aurait été orthographié différemment lors de l'examen de sa demande d'asile, et que ce dernier aurait donné un lieu de naissance différent lors de l'enregistrement de sa demande d'asile et lors de son audition devant les services de police le 19 juin 2023, ces seules incohérences sur l'identité déclarée de l'intéressé ne permettent pas au préfet de l'Aude de démontrer qu'il ne s'agirait pas de la même personne. Or, il ne ressort ni des termes de l'arrêté, qui indique seulement que l'intéressé déclare avoir fait une demande d'asile auprès de la préfecture de la Haute-Garonne sans en apporter la preuve et que, suite à des investigations auprès de la préfecture de la Haute-Garonne, aucune demande d'asile n'a été réalisée sous son identité, ni des autres pièces du dossier, que l'autorité préfectorale aurait cherché à déterminer, en particulier en procédant au relevé des empreintes décadactylaires de du requérant en vue les comparer au fichier Eurodac, si M. B, avait effectivement déposé une demande d'asile en France et, dans l'affirmative, si les autorités espagnoles étaient ou non toujours responsables de cette demande ou si la France devait être considérée comme en étant responsable et procéder, le cas échéant, à son enregistrement. Par suite, en prononçant à l'encontre du requérant une obligation de quitter le territoire sur le fondement de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sans vérifier préalablement si l'intéressé n'entrait pas dans le champ d'application du règlement (UE) n° 604/2013, ou si, le cas échéant la France pouvait être considérée comme responsable de l'examen de sa demande d'asile, le préfet de la Haute-Garonne a entaché sa décision d'un défaut d'examen.
5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens invoqués, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du préfet de l'Aude du 20 juin 2023 portant obligation de quitter le territoire français, et par voie de conséquence, des décisions du même jour lui refusant un délai de départ volontaire, fixant le pays de renvoi et l'interdisant de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
6. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de l'Aude de procéder à l'effacement sans délai du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen de M. B à compter de la notification du présent jugement.
Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :
7. Sous réserve de l'admission définitive de M. B à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Saihi renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Saihi la somme de 1 200 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée au requérant par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 200 euros sera versée à M. B.
D E C I D E :
Article 1er : M. B est admis à l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : L'arrêté du préfet de l'Aude du 20 juin 2023 est annulé.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de l'Aude de supprimer le signalement aux fins de non-admission de M. B dans le système d'information Schengen à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de M. B à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Saihi renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Saihi la somme de 1 200 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée au requérant par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 200 euros sera versée à M. B.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Saihi et au préfet de l'Aude.
Lu en audience publique le 23 juin 2023.
Le magistrat désigné,
B. LE FIBLEC La greffière,
A. BACH
La République mande et ordonne au préfet de l'Aude, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
La greffière en chef :
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026