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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2303615

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2303615

jeudi 9 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2303615
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantBUTTET EMMA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 juin 2023, Mme C B, représentée par Me Buttet, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 mai 2023 par lequel le préfet de l'Aveyron a refusé de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Aveyron de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation, dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil, en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que son conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

- cette décision est entachée d'un défaut de motivation en fait, en méconnaissance de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est entachée d'un vice de procédure, en méconnaissance de la procédure contradictoire exigée par les dispositions de l'article 24 de la loi du 12 avril 2000 ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle porte une atteinte disproportionnée au droit de la protection de la santé ;

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

- cette décision est entachée d'un défaut de motivation en fait, en méconnaissance de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle est dépourvue de base légale.

La requête a été communiquée au préfet de l'Aveyron qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 juillet 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention franco-ivoirienne du 21 septembre 1992 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Carotenuto a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante ivoirienne, est entrée régulièrement en France le 27 octobre 2020, munie d'un visa de long séjour valable du 20 octobre 2020 au 20 octobre 2021. Elle s'est mariée avec un ressortissant français le 11 juillet 2020 et a été titulaire, le 20 octobre 2020, d'un visa de long séjour portant la mention " vie privée et familiale " en sa qualité de conjointe de Français. Le 7 février 2022, le divorce entre l'intéressée et son conjoint a été prononcé par le tribunal judiciaire de Rodez avec effet au 28 septembre 2021. Mme B a sollicité un changement de statut au profit d'un titre de séjour portant la mention " salarié ", le 6 octobre 2021. Par un arrêté du 25 mai 2023, le préfet de l'Aveyron a refusé de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par la présente requête, Mme B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision de refus de séjour :

2. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. À cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale constituent une mesure de police () ". L'article L. 211-5 de ce code dispose que : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. Il ressort des termes mêmes de la décision en litige qu'elle comporte, de façon suffisamment circonstanciée, l'indication des motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle vise les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les stipulations de la convention franco-ivoirienne du 21 septembre 1992, celles des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et mentionne notamment que l'intéressée, qui ne justifie d'aucune autorisation de travail, ne remplit pas les conditions de l'article 5 de la convention franco-ivoirienne du 21 septembre 1992, ni des articles L. 421-3 et L. 433-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle fait, par ailleurs, état des conditions d'entrée et de séjour de la requérante en France, des démarches effectuées auprès des services compétents pour régulariser sa situation et de sa situation familiale tant en France qu'en Côte d'Ivoire. Le préfet, qui n'avait pas à faire état de tous les éléments de la situation de la requérante, a ainsi suffisamment motivé sa décision.

4. En second lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ". La décision en litige a été prise en réponse à une demande de changement de statut présentée par Mme B le 6 octobre 2021. Par suite, Mme B ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article 24 de la loi du 12 avril 2000 désormais codifiées à l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, eu égard notamment à la motivation précise de l'arrêté contesté, que l'obligation de quitter le territoire français aurait été prise sans examen réel et sérieux de la situation de la requérante. Le moyen doit ainsi être écarté.

6. En second lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () ".

7. Il ressort des termes de la décision en litige que Mme B fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français à la suite du refus de sa demande de changement de statut de " conjointe de français " à celui de " salarié ". L'intéressée soutient que cette décision porte une atteinte disproportionnée au droit de la protection de la santé, fait valoir qu'elle souffre du virus de l'immunodéficience humaine et produit un certificat médical établi par le docteur A, médecin infectiologue au centre hospitalier de Rodez le 13 juin 2023, indiquant que l'intéressée " présente une pathologie chronique nécessitant un suivi spécialisé régulier () ainsi qu'un traitement n'est pas garanti dans son pays d'origine ". Toutefois, il ne ressort d'aucune pièce du dossier, et il n'est pas allégué, que la requérante aurait également sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade, ou son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni qu'elle aurait informé les services de la préfecture de ses problèmes de santé, lors de sa demande de changement de statut. Par suite, le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

8. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision () ". Il résulte des dispositions précitées que, lorsque l'autorité administrative prévoit qu'un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement dispose du délai de départ volontaire de trente jours, qui est le délai normalement applicable, ou d'un délai supérieur, elle n'a pas à motiver spécifiquement sa décision. Dès lors, le moyen tiré du défaut de motivation du délai de départ volontaire fixé par la décision portant obligation de quitter le territoire doit être écarté.

9. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la situation personnelle de Mme B présentait, à la date de la décision attaquée, un caractère exceptionnel justifiant que le préfet lui accorde un délai de départ volontaire supérieur à trente jours. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'une erreur de droit et d'un défaut d'examen particulier de sa situation n'est pas fondé et doit, dès lors, être écarté.

10. En dernier lieu, il résulte de ce qui précède que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas illégale. Par suite, le moyen tiré du défaut de base légale de la décision fixant le délai de départ volontaire doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté préfectoral du 25 mai 2023. Ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent, en conséquence, être écartées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, à Me Buttet et au préfet de l'Aveyron.

Délibéré après l'audience du 19 octobre 2023 à laquelle siégeaient :

Mme Carotenuto, présidente,

M. Hecht, premier conseiller,

Mme Pétri, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 novembre 2023.

La présidente-rapporteure,

S. CAROTENUTO

L'assesseur le plus ancien dans

l'ordre du tableau,

S. HECHTLa greffière,

F. LE GUIELLAN La République mande et ordonne au préfet de l'Aveyron, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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