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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2303785

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2303785

mardi 4 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2303785
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantBARHOUMI DECLUSEAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 juin 2023, M. A B, représenté par Me Barhoumi, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté en date du 29 juin 2023 par lequel le préfet de la Haute-Garonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement d'une somme de 1 500 euros à son conseil, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle, ou dans l'hypothèse où il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

- elles sont entachées d'un défaut de motivation ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle est privée de base légale dans la mesure où elle est fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :

- elle est entachée d'un défaut d'examen des risques qu'il encourt dans son pays d'origine ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée d'un défaut d'examen ;

- elle est disproportionnée.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 juillet 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Leymarie, conseiller, pour statuer sur les demandes présentées au titre de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Leymarie,

- les observations de Me Barhoumi, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens,

- les observations de M. B, assisté de M. E, interprète en langue arabe, qui répond aux questions du magistrat désigné,

- les observations de M. D, représentant le préfet de la Haute-Garonne, qui rappelle ses observations en défense en précisant les précédentes mesures d'éloignement non exécutées et que la relation alléguée par M. B est très récente et ne lui confère aucun droit au maintien.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien, né le 15 février 1995 à Tissemsilt (Algérie), déclare être entré sur le territoire français en 2015. Il a fait l'objet d'un arrêté du préfet de la Haute-Garonne du 8 avril 2017 portant obligation de quitter le territoire français, dont la légalité a été confirmée par le présent tribunal le 21 juin 2017 puis par un arrêt de la cour administrative d'appel de Bordeaux le 14 décembre 2017. Il a sollicité son admission au bénéfice de l'asile le 30 mai 2017 et l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande par une décision du 2 juin suivant. Le 30 mai 2023, M. B a sollicité le réexamen de sa demande d'asile. Cette demande a été déclarée irrecevable par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides, par une décision du 5 juin 2023. Par un arrêté du 29 juin 2023, dont M. B demande l'annulation, le préfet de la Haute-Garonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de trois ans.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose que : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressé, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

3. L'arrêté attaqué vise les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que, notamment, les dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il précise les conditions d'entrée de M. B en France, rappelle le rejet de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et le rejet comme irrecevable de sa demande de réexamen, et mentionne les principaux éléments de sa situation personnelle. La décision portant refus de délai de départ volontaire est motivée dès lors qu'elle relève un risque de fuite tiré de son entrée irrégulière sur le territoire français et qu'il n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour, qu'il s'est soustrait à l'exécution de précédentes mesures d'éloignement et qu'il ne présente pas de garanties de représentation suffisantes. La décision fixant le pays de renvoi mentionne que le requérant n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Enfin, pour édicter la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans, le préfet de la Haute-Garonne s'est fondé sur son entrée et son maintien irréguliers sur le territoire national, les précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet et de l'absence de lien intense et stable en France. Dans ces conditions, l'arrêté attaqué vise l'ensemble des considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde. Par suite, il est suffisamment motivé.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté contesté, ni des autres pièces du dossier, que le préfet n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation du requérant.

5. En second lieu, s'il ressort des déclarations de M. B lors de son audition devant les services de police le 29 juin 2023 qu'il a indiqué être présent en France depuis 2015 et être en relation de concubinage avec une ressortissante française depuis le 1er mars 2023, l'intéressé ne produit aucun élément à l'appui de ses allégations. S'il se prévaut de la présence de son oncle, de sa tante et de cousins en France, il ne l'établit pas davantage et il ne ressort pas des pièces du dossier qu'ils entretiendraient des relations d'une particulière intensité. En outre, le requérant ne justifie d'aucune intégration particulière sur le territoire français ni ne démontre qu'il serait dépourvu d'attaches personnelles et familiales dans son pays d'origine. Par ailleurs, s'il fait valoir que l'autorité préfectorale ne pouvait lui reprocher de ne pas avoir sollicité de titre de séjour alors qu'il bénéficiait d'une attestation de demandeur d'asile valable jusqu'au 15 novembre 2023, il ne conteste pas sérieusement que son droit au maintien a pris fin dès lors que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a déclaré sa demande de réexamen irrecevable et que par suite, le préfet pouvait valablement édicter à son encontre une obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

6. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision portant refus de délai de départ volontaire serait privée de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

7. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 de ce même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité (), qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale (). ".

8. Il résulte de l'arrêté attaqué que pour refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire à M. B, le préfet de la Haute-Garonne s'est fondé sur les dispositions des 1°, 5° et 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En l'espèce, M. B ne conteste pas sérieusement avoir fait l'objet de plusieurs mesures d'éloignement qu'il n'a pas exécutées. En outre, il ne produit aucun document d'identité ou de voyage en cours de validité et ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale, de sorte qu'il ne présente pas de garanties de représentation au sens des dispositions du 8° de l'article L. 612-3 précité. S'il est vrai que le requérant a sollicité son admission au titre de l'asile, de sorte que le préfet ne pouvait pas se fonder sur le 1° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour le priver de délai de départ volontaire, il résulte de l'instruction que l'autorité préfectorale aurait pris la même décision sur le fondement des seuls 5° et 8° de cet article. Dans ces conditions, et en l'absence de circonstance particulière, le préfet, a pu légalement refuser d'accorder à M. B un délai de départ volontaire. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

9. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Haute-Garonne aurait entaché sa décision d'un défaut d'examen des risques que l'intéressé pourrait encourir en cas de retour dans son pays d'origine.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

10. En premier lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté contesté, ni des autres pièces du dossier, que le préfet, qui a examiné l'existence de circonstances humanitaires, n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation du requérant.

11. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". Et, aux termes de l'article L. 612-10 de ce même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

12. En l'espèce, il résulte de ce qui a été dit aux points précédents que M. B ne justifie pas d'une présence ou de liens anciens et continus sur le territoire français et a fait l'objet de plusieurs mesures d'éloignement. Dans ces conditions, et alors même que le préfet ne retient pas que le comportement de M. B constituerait une menace pour l'ordre public, et en l'absence de circonstances humanitaires, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans serait disproportionnée.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne en date du 29 juin 2023.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, verse la somme que M. B demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Barhoumi et au préfet de la Haute-Garonne.

Lu en audience publique le 4 juillet 2023.

Le magistrat désigné,

A. LEYMARIE Le greffier,

M. C

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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