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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2303912

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2303912

vendredi 26 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2303912
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantDIALEKTIK AVOCATS AARPI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 juillet 2023, M. B C, représenté par Me Brel, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 29 juin 2023 par laquelle le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer une attestation de demande d'asile ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer une attestation de demandeur d'asile dans un délai de sept jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, et dans l'hypothèse où il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, de mettre à la charge de l'Etat cette somme sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation en fait et en droit ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 541-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors que le tribunal a annulé les décisions fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français dans son jugement n° 2300702 du 25 avril 2023 ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 33 de la convention de Genève et celles de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 octobre 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun moyen de la requête n'est fondé.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 31 octobre 2023.

Par une ordonnance du 6 mars 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 20 mars 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Lequeux, rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant turc d'origine kurde, né le 1er juin 1999 est entré sur le territoire français le 6 août 2019 selon ses déclarations. Il a sollicité le 16 septembre 2019 son admission au bénéfice de l'asile. Sa demande a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) le 29 mars 2021. La Cour nationale du droit d'asile (CNDA) a confirmé ce rejet par une décision du 27 septembre 2021. M. C a sollicité le réexamen de sa demande d'asile le 2 septembre 2022. Cette demande de réexamen a été déclarée irrecevable par l'OFPRA, statuant en procédure accélérée, par une décision du 9 septembre 2022. Par un arrêté du 16 janvier 2023, le préfet de la Haute-Garonne l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Les décisions fixant le pays de renvoi et celle portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ont été annulées par jugement n° 2300702 du 25 avril 2022 du magistrat désigné du tribunal. M. C a sollicité le 29 juin 2023 un nouveau réexamen de sa situation au titre de l'asile. Sa demande a été enregistrée par l'OFPRA le 10 juillet 2023 et a été déclarée recevable le 18 juillet 2023. Par une décision du 29 juin 2023 le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer une attestation de demande d'asile.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. M. C ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision 31 octobre 2023, il n'y a pas lieu de statuer sur ses conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision./ Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. " L'article L. 542-2 du même code dispose que : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : / () 2° Lorsque le demandeur : / () c) présente une nouvelle demande de réexamen après le rejet définitif d'une première demande de réexamen ; / (). / Les dispositions du présent article s'appliquent sous réserve du respect des stipulations de l'article 33 de la convention de Genève du 28 juillet 1951, et de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. ". L'article L. 542-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précise enfin que : " Lorsque le droit au maintien sur le territoire français a pris fin dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 ou L. 542-2, l'attestation de demande d'asile peut être refusée, retirée ou son renouvellement refusé ".

4. Il ressort des pièces du dossier que, pour prendre la décision attaquée, le préfet s'est fondé, d'une part, sur les dispositions précitées du 2° du c) de l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui lui permettent de refuser de délivrer une attestation de demande d'asile au demandeur qui sollicite un deuxième réexamen de sa situation au regard du droit d'asile dès lors que sa première demande de réexamen a définitivement été rejetée et, d'autre part, sur la circonstance que l'arrêté du 16 janvier 2023 pris à son encontre n'avait pas été annulé par la juridiction administrative.

5. Il ressort toutefois des pièces du dossier que, par jugement n° 2300702 du 25 avril 2023, le tribunal a annulé les décisions portant interdiction de retour sur le territoire français et fixant le pays de renvoi au motif, pour cette dernière, de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le magistrat désigné a notamment estimé que M. C, qui apportait des éléments dont l'OFPRA et la CNDA n'avaient pas pu avoir connaissance dans leur intégralité, est personnellement et actuellement exposé à des risques de traitement inhumains ou dégradants en cas de retour en Turquie en raison de ses origines kurdes et des opinions politiques favorables à la cause kurde qui lui sont imputées par les autorités turques. Par suite, en estimant que les décisions contenues dans son arrêté du 16 janvier 2023 n'avaient pas été annulées par la juridiction administrative, le préfet a entaché sa décision d'une erreur de fait.

6. Il résulte des dispositions permettant au préfet de refuser ou de retirer une attestation de demande d'asile, citées au point 3, qu'elles ne s'appliquent que sous réserve du respect des stipulations de l'article 33 de la convention de Genève et de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il résulte de ce qui vient d'être dit, qu'en raison de l'annulation de l'arrêté du 16 janvier 2023 au motif que l'intéressé établit l'existence de risques dans son pays d'origine, M. C est fondé à soutenir que le préfet, qui n'a pas fait usage de cette réserve, a entaché sa décision d'erreur d'appréciation en refusant de lui délivrer une attestation de demande d'asile, alors même qu'il sollicitait un deuxième réexamen de sa situation.

7. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. C est fondé à demander l'annulation de la décision du 29 juin 2023 par laquelle le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer une attestation de demande d'asile.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Eu égard aux motifs d'annulation retenus, le présent jugement implique nécessairement, sous réserve d'un changement des circonstances de fait et de droit, qu'il soit enjoint au préfet de la Haute-Garonne de délivrer à M. C une attestation de demandeur d'asile, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, en revanche, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Brel, avocat des requérants, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Brel d'une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions présentées par M. C tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La décision du 29 juin 2023 est annulée.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Haute-Garonne, sous réserve d'un changement des circonstances de fait et de droit, de délivrer à M. C une attestation de demandeur d'asile dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement.

Article 4 : L'Etat versera une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros à Me Brel sur le fondement des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Brel et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 5 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Grimaud, président,

Mme Lequeux, conseillère,

Mme Lucas, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 avril 2024.

La rapporteure,

A. LEQUEUX

Le président,

P. GRIMAUDLa greffière,

M. A

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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