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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2304033

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2304033

jeudi 13 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2304033
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantLASPALLES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces enregistrées le 10 juillet 2023 et le 13 juillet 2023, M. D E, représenté par Me Laspalles, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 7 juillet 2023 par lequel le préfet de la Haute-Garonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de circulation sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

3°) d'enjoindre sans délai au préfet de la Haute-Garonne de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 2 000 euros à son conseil sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la part contributive de l'Etat en la matière et, dans l'hypothèse où il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, le versement de cette même somme au seul visa de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et le condamner aux entiers dépens

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut de motivation ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée méconnaît le respect du principe du contradictoire dès lors qu'il n'a pas été invité à présenter des observations ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions du 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il ne constitue pas une menace à l'ordre public ;

- la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;

- la décision attaquée viole les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision attaquée viole les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit et, en tout état de cause, est privée de base légale ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français :

- la décision attaquée méconnaît le respect du principe du contradictoire dès lors qu'il n'a pas été invité à présenter ses observations ;

- la décision attaquée est privée de base légale ;

- la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;

Par un mémoire en défense et des pièces enregistrés le 13 juillet 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la convention internationale des droits de l'enfant,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Biscarel, conseillère, pour statuer sur les demandes présentées au titre de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Biscarel,

- les observations de Me Laspalles, représentant M. E, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens,

- les observations de M. E, qui répond aux questions du magistrat désigné,

- le préfet de la Haute-Garonne, représenté par Mme B, qui conclut au rejet de la requête en faisant valoir qu'aucun des moyens soulevés par M. E n'est fondé.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, se déclarant ressortissant italien et serbe, né le 6 décembre 1996 à Santa Maria Vetere, est entré en France en 2008 selon ses dires. Il a sollicité son admission au bénéfice de l'asile. L'Office français de protection des réfugiés et des apatrides a rejeté sa demande par décision du 30 juin 2017. La Cour nationale du droit d'asile a confirmé ce rejet par décision du 13 mars 2018. Par un arrêté du 7 juillet 2023, le préfet de la Haute-Garonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de circuler sur le territoire français pour une durée de trois ans. Par sa requête, M. E demande au tribunal d'annuler ces décisions.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose que : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressé, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

3. L'arrêté attaqué vise les textes dont il fait application, notamment les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il énonce les éléments de fait sur lesquelles reposent les décisions attaquées. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut de motivation des décisions attaquées doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, il résulte de l'ensemble des dispositions du livre VI du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises les décisions par lesquelles l'autorité administrative signifie à l'étranger l'obligation dans laquelle il se trouve de quitter le territoire français, des décisions par lesquelles l'administration octroie ou refuse un délai de départ volontaire, fixe le pays à destination duquel il sera reconduit et lui interdit le retour sur le territoire français. Dès lors, les dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, qui fixent les règles générales de procédure applicables aux décisions devant être motivées en vertu de l'article L. 211-2 du même code et prévoient notamment la mise en œuvre d'une procédure contradictoire préalable à leur édiction, ne peuvent être utilement invoquées par M. E à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, ce moyen doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : () / 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; () ".

6. En application de ces dispositions, il appartient à l'autorité administrative, qui ne saurait se fonder sur la seule existence d'une infraction à la loi, d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française, ces conditions étant appréciées en fonction de sa situation individuelle, notamment de la durée de son séjour en France, de sa situation familiale et économique et de son intégration.

7. Il ressort des pièces du dossier que M. E a été condamné par un jugement du 25 mai 2022 du tribunal correctionnel de Toulouse à une peine d'emprisonnement de dix-huit mois pour des faits de vol aggravé par deux circonstances, récidive et vol par ruse et par effraction dans un local d'habitation ou d'un lieu d'entrepôt et a été incarcéré le 22 avril 2022. S'il se prévaut de sa présence en France depuis 2016, d'être marié religieusement et d'être le père de trois enfants, il ne ressort pas des pièces du dossier que la cellule familiale qu'il prétend constituer avec elles ne pourrait pas se reformer hors de France, et notamment dans le pays dont il a la nationalité. De plus, si le requérant soutient d'une part que sa femme, en situation irrégulière, a sollicité son admission au séjour sur le territoire français, il ressort du fichier national des étrangers que Mme A F n'a pas effectué de demande de titre de séjour et d'autre part, que les parents de sa femme sont de nationalité française, il n'apporte aucun élément au soutien de ces allégations. En outre, le requérant ne justifie d'aucune intégration sociale en France. Dans ces conditions, eu égard à la nature des faits pour lesquels a été condamné M. E et aux faits récemment retenus à son encontre dont la matérialité n'est pas contestée, le préfet de la Haute-Garonne pouvait, sans commettre d'erreur de droit et sans faire une inexacte application des dispositions citées au point 5, estimer que le comportement de l'intéressé constituait une menace réelle, actuelle est suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française. Par suite, les moyens invoqués à cet égard doivent être écartés.

6. En troisième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes de l'arrêté attaqué que le préfet n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation de M. E. Par suite, le moyen doit être écarté.

7. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () " Et aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

8 Il résulte des motifs explicités au point 7 que la décision attaquée ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale par rapport au but en vue desquels elle a été prise. Par suite, le préfet n'a pas méconnu les stipulations précitées. Pour les mêmes motifs, la décision n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur la situation personnelle de M. E.

En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

9. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. E n'est pas fondé à soutenir que la décision portant refus de délai de départ volontaire est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, ce moyen doit être écarté.

10. En second lieu, il ressort des pièces du dossier, ainsi qu'il a été dit précédemment, que M. E a fait l'objet d'une condamnation pénale à une peine d'emprisonnement pour des faits de vol aggravé. En refusant, eu égard à ces faits, de lui octroyer un délai de départ volontaire, le préfet n'a pas entaché sa décision d'une erreur de droit.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français :

11. En premier lieu, il résulte de ce qui a été énoncé au point 4 que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision a été prise en méconnaissance du respect du principe du contradictoire. Par suite, ce moyen doit être écarté.

12. En deuxième lieu, il résulte de ce qui précède que M. E n'est pas fondé à soutenir que la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français serait dépourvue de base légale. Par suite, ce moyen doit être écarté.

13. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué, ni des pièces du dossier, que l'autorité préfectorale n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation de M. E avant de prononcer la décision attaquée.

14. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans. ". Pour fixer la durée de l'interdiction de circulation sur le territoire français, l'autorité administrative tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à la situation de l'intéressé, notamment la durée de son séjour en France, son âge, son état de santé, sa situation familiale et économique, son intégration sociale et culturelle en France, ainsi que de l'intensité de ses liens avec son pays d'origine.

15. Il résulte de ce qui a été indiqué aux points précédents qu'au regard du comportement et de la situation personnelle de M. E, l'autorité administrative n'a pas entaché sa décision d'une erreur de droit ni d'une erreur d'appréciation de sa situation en lui interdisant de circuler en France pendant une durée de trois ans. Le moyen invoqué à cet égard doit être écarté.

16. Il résulte de tout ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne en date du 7 juillet 2023.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

17. Le présent jugement rejette les conclusions à fin d'annulation et n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction doivent donc être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, la somme réclamée au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : M. E est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D E, à Me Laspalles et au préfet de la Haute-Garonne.

Lu en audience publique le 13 juillet 2023.

La magistrate désignée,

B. BISCAREL Le greffier,

M. C

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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