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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2304047

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2304047

jeudi 21 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2304047
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantNACIRI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 11 juillet 2023, Mme A G, représentée par Me Naciri, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 juin 2023 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un certificat de résidence algérien dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, à tout le moins, de procéder au réexamen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement d'une somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble de l'arrêté

- il est entaché d'un défaut de compétence de son auteur ;

En ce qui concerne les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français

- elles sont entachées d'un vice de procédure dès lors que le préfet de la Haute-Garonne ne démontre pas que l'avis de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a été émis conformément aux articles L. 425-9 et R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conditions fixées par l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences d'une exceptionnelle gravité ;

- elle porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ces stipulations ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité affectant la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît le 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité affectant les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 septembre 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Une pièce complémentaire produite par Mme G le 10 octobre 2023 n'a pas été communiquée.

Par une décision du 25 octobre 2023, Mme G a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de la justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Pétri.

Considérant ce qui suit :

1. Mme G, ressortissante algérienne née le 12 janvier 1981, déclare être entrée sur le territoire français le 1er janvier 2020. Elle a sollicité, le 14 décembre 2022, son admission au séjour en raison de son état de santé et a bénéficié d'un certificat de résidence algérien valable du 24 mars au 23 décembre 2022. Elle a sollicité, le 28 novembre 2022, le renouvellement de ce titre de séjour. Par un arrêté du 5 juin 2023, le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, Mme G sollicite l'annulation de cet arrêté.

Sur l'ensemble de l'arrêté :

2. Par un arrêté du 13 mars 2023 publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de la Haute-Garonne (n° 31-2023-096) le 15 mars suivant, le préfet de ce département a consenti une délégation à Mme F D, directrice des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer, notamment, les décisions prises en matière de police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

Sur les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français :

3. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. ". Aux termes de l'article R. 425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. ".

4. En l'espèce, le préfet de la Haute-Garonne produit l'avis que le collège de médecins de l'Office de français de l'immigration et de l'intégration a émis le 27 février 2023, aux termes duquel l'état de santé de Mme G nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé de son pays d'origine, elle peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, et au vu des éléments de son dossier, son état de santé lui permet de voyager sans risque vers ce même pays. Cet avis mentionne également la qualité de médecin rapporteur du Dr B suite, Mme G n'est pas fondée à soutenir que les décisions attaquées seraient entachées d'un vice de procédure en méconnaissance des dispositions citées au point précédent.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

5. En premier lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les dispositions du présent article ainsi que celles des deux articles suivants, fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française. / Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () 7) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays. ".

6. Si Mme G affirme résider en France depuis le 1er janvier 2020, elle ne produit aucune pièce de nature à établir cette allégation. En outre, l'avis émis par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le 27 février 2023 indique, ainsi que cela a été dit au point 4, que son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans son pays d'origine, elle peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Si l'intéressée soutient qu'elle souffre d'une fibrillation atriale, d'une hypertension artérielle, d'un diabète de type 2 et d'une apnée du sommeil, que plusieurs traitements tentés en France n'ont pas été envisagés en Algérie, que l'avis de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a changé entre les années 2022 et 2023, ainsi que des carences du système de santé algérien, elle n'apporte aucune précision sur les traitements dont elle doit bénéficier actuellement et n'établit pas, en tout état de cause, que ces traitements ne seraient pas disponibles dans son pays d'origine, ni qu'elle se trouverait personnellement dans l'impossibilité d'y accéder de façon effective. Dans ces conditions et dès lors qu'elle n'apporte aucune pièce de nature à infirmer l'avis émis par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, le moyen tiré de ce que l'autorité préfectorale aurait commis une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 doit être écarté.

7. En deuxième lieu, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences d'une exceptionnelle gravité que la décision portant refus de titre de séjour emporte sur la situation personnelle de la requérante doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux retenus au point 6.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

9. D'une part et ainsi que cela a été dit précédemment, Mme G ne démontre pas qu'elle résiderait en France depuis le 1er janvier 2020. D'autre part, si elle soutient qu'elle élève son enfant E avec le père, M. C, sur le territoire français, elle ne produit aucune pièce au soutien de cette allégation, de nature à établir en particulier que ce dernier contribuerait à l'entretien et à l'éducation de son enfant. Enfin, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que la requérante n'est pas dépourvue d'attaches dans son pays d'origine, où elle a vécu jusqu'à l'âge de 39 ans et où résident ses parents et sa sœur. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'atteinte disproportionnée portée à son droit au respect de la vie privée et familiale protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

10. En troisième lieu, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation commise par le préfet de la Haute-Garonne au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux retenus au point précédent.

11. En dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".

12. Ainsi que cela a été dit précédemment, Mme G n'établit pas que M. C contribuerait à l'entretien et à l'éducation de l'enfant E. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ne peut qu'être écarté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

13. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points précédents que le moyen tiré de l'exception d'illégalité dont serait entachée la décision portant refus de titre de séjour, qui sert de base légale à celle prononçant l'obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.

14. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale ont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. ".

15. Ainsi que cela a été dit au point 6, la requérante n'établit pas, au vu des pièces qu'elle produit, que le défaut de prise en charge de son état de santé entraînerait des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut par suite qu'être écarté.

16. En dernier lieu, les moyens tirés de l'atteinte disproportionnée portée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux retenus aux points 9 et 12.

Sur la décision fixant le pays de destination :

17. En premier lieu, la décision attaquée vise l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et mentionne la circonstance que Mme G n'établit pas être exposée à des peines ou traitements contraires à ces stipulations. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision fixant le pays de renvoi doit être écarté.

18. En dernier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points précédents que le moyen tiré de l'exception d'illégalité dont serait entachée les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français, qui servent de base légale à celle fixant le pays de destination, doit être écarté.

19. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme G doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées aux fins d'injonction sous astreinte ainsi que celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme G est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A G, à Me Naciri et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 30 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Carotenuto, présidente,

M. Leymarie, conseiller,

Mme Pétri, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 décembre 2023.

La rapporteure,

M. PETRI

La présidente,

S. CAROTENUTO La greffière,

F. LE GUIELLAN

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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