mercredi 19 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2304146 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | DIALEKTIK AVOCATS AARPI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire en production de pièces enregistrés le 14 juillet 2023 et le 21 mars 2024, Mme A F, représentée par Me Soulas, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 26 décembre 2022 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à défaut de réexaminer sa situation ;
3°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, et au seul visa de cet article si elle n'est pas admise à l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
- l'arrêté contesté est signé d'une autorité incompétente ;
- le refus de titre de séjour et l'obligation de quitter le territoire sont insuffisamment motivés ;
- ces décisions sont entachées d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;
- la décision fixant le pays de renvoi est insuffisamment motivée en fait ;
- le refus de titre de séjour est entaché d'une erreur de fait et d'une erreur de droit au regard de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 47 du code civil ;
- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;
- elle est contraire à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'obligation de quitter le territoire est privée de base légale ;
- cette décision est contraire à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- la décision fixant le pays de renvoi est privée de base légale.
Par un mémoire en défense enregistré le 18 septembre 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens invoqués sont infondés.
Par une décision du 14 juin 2023, Mme F a été admise à l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- la loi n° 2019-222 du 23 mars 2019 ;
- le décret n° 2020-1370 du 10 novembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de Mme E a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A F, se disant ressortissante de la république démocratique du Congo et née le 30 novembre 2003, est entrée en France selon ses déclarations le 12 février 2018. Elle a été placée le 20 février 2018 à l'aide sociale à l'enfance (ASE) de la Haute-Garonne et a bénéficié à partir de sa majorité d'un contrat d'accompagnement jeune majeur. Le 17 décembre 2021, elle a sollicité un titre de séjour en tant qu'étranger confié à l'ASE avant l'âge de 16 ans, sur le fondement de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 26 décembre 2022, le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination. Mme F demande l'annulation de ces décisions et la délivrance du titre de séjour sollicité.
Sur les conclusions relatives à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose que : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente () ".
3. Mme F a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 juin 2023 antérieure à l'enregistrement de sa requête. Par suite, les conclusions tendant à son admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire, dépourvues d'objet dès l'origine, sont irrecevables. Elles doivent par suite être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs :
4. En premier lieu, par un arrêté du 8 octobre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° 31-2022-355 le lendemain, le préfet de la Haute-Garonne a donné à Mme D, directrice des migrations et de l'intégration de la préfecture de la Haute-Garonne, délégation à l'effet de signer les décisions relatives à la police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / () ". Aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour () ".
6. L'arrêté contesté vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il fait application ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il retrace les principaux éléments de la situation administrative et familiale de la requérante en indiquant les raisons pour lesquelles le préfet a considéré qu'elle ne remplissait pas les conditions pour bénéficier d'un titre de séjour et devait être éloignée du territoire. Le refus de titre de séjour indique notamment que Mme F ne justifie pas de son état-civil et n'établit pas avoir fixé le centre de ses intérêts en France. Il comporte ainsi l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde et est par suite suffisamment motivé. L'obligation de quitter le territoire, qui en l'espèce, n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour, est également suffisamment motivée. Le moyen tiré du défaut de motivation de ces décisions doit ainsi être écarté.
7. En troisième lieu, il ne ressort pas des décisions contestées, eu égard à leur motivation, ni des autres pièces du dossier, que le préfet de la Haute-Garonne aurait omis de procéder à examen réel et particulier de la situation de Mme F.
En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :
8. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance au plus tard le jour de ses seize ans se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Cette carte est délivrée sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de la formation qui lui a été prescrite, de la nature des liens de l'étranger avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur son insertion dans la société française. ".
9. Lorsqu'il examine une demande de titre de séjour de plein droit portant la mention " vie privée et familiale ", sur le fondement de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger est dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou entre dans les prévisions de l'article, que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public et qu'il a été confié, depuis qu'il a atteint au plus l'âge de seize ans, au service de l'aide sociale à l'enfance. Si ces conditions sont remplies, le préfet ne peut alors refuser la délivrance du titre qu'en raison de la situation de l'intéressé appréciée de façon globale au regard du caractère réel et sérieux du suivi de sa formation, de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française.
10. D'autre part, aux termes de l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil. ". L'article 47 du code civil prévoit que : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. Celle-ci est appréciée au regard de la loi française ".
11. L'article 47 du code civil précité pose une présomption de validité des actes d'état civil établis par une autorité étrangère dans les formes usitées dans ce pays. Il résulte également de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis.
12. Enfin, aux termes du II de l'article 16 de la loi n° 2019-222 du 23 mars 2019 de programmation 2018-2022 et de réforme pour la justice, dans sa rédaction applicable à la date de l'arrêté attaqué : " Sauf engagement international contraire, tout acte public établi par une autorité étrangère et destiné à être produit en France doit être légalisé pour y produire effet. / La légalisation est la formalité par laquelle est attestée la véracité de la signature, la qualité en laquelle le signataire de l'acte a agi et, le cas échéant, l'identité du sceau ou timbre dont cet acte est revêtu. / Un décret en Conseil d'État précise les actes publics concernés par le présent II et fixe les modalités de la légalisation ". Aux termes de l'article 1er du décret n° 2020-1370 du 10 novembre 2020 relatif à la légalisation des actes publics établis par une autorité étrangère, applicable aux légalisations intervenues à compter du 1er janvier 2021 : " Sauf engagement international contraire, tout acte public établi par une autorité étrangère et destiné à être produit en France ou devant un ambassadeur ou chef de poste consulaire français doit être légalisé pour y produire effet. / La légalisation est la formalité par laquelle est attestée la véracité de la signature, la qualité en laquelle le signataire de l'acte a agi et, le cas échéant, l'identité du sceau ou timbre dont cet acte est revêtu. Elle donne lieu à l'apposition d'un cachet dont les caractéristiques sont définies par arrêté conjoint des ministres chargés de la justice et des affaires étrangères ". Il résulte de ces dispositions que, lorsqu'est produit devant l'administration un acte d'état civil émanant d'une autorité étrangère qui a fait l'objet d'une légalisation, sont en principe attestées la véracité de la signature apposée sur cet acte, la qualité de celui qui l'a dressé et l'identité du sceau ou timbre dont cet acte est revêtu. En cas de doute sur la véracité de la signature, sur l'identité du timbre ou sur la qualité du signataire de la légalisation, il appartient à l'autorité administrative de procéder, sous le contrôle du juge, à toutes vérifications utiles pour s'assurer de la réalité et de l'authenticité de la légalisation.
13. Pour refuser de délivrer le titre de séjour sollicité, le préfet de la Haute-Garonne a estimé que Mme F ne justifiait pas avoir été confiée à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans, ainsi que l'exigent les dispositions précitées de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
14. Pour établir son état-civil, Mme F a produit un jugement supplétif de naissance rendu par le tribunal pour enfants de G/B le 18 juillet 2019 selon lequel elle est née le 30 novembre 2003 dans la commune de Kasa-Vubu, ville de G, un acte de naissance établi le 15 octobre 2019 par la commune de Kasa-Vubu de la ville de G sur présentation du jugement supplétif de naissance du 18 juillet 2019 et du certificat de non-appel établi par le tribunal pour enfant de G/B en date du 20 août 2019. L'acte de naissance a été légalisé par l'ambassade de la république démocratique du Congo à Paris le 23 janvier 2020. Enfin, un passeport biométrique a été délivré à Mme F par les autorités congolaises le 5 août 2023, mentionnant la même date de naissance. Si le préfet fait valoir que l'acte de naissance a été établi plus de quatre ans après le certificat de non appel sur le jugement supplétif de naissance, en méconnaissance du code de procédure civile congolais, l'acte de naissance mentionne le 20 août 2019 comme date du certificat de non appel, en sorte que les mentions contradictoires figurant sur ce certificat, faisant apparaître à la fois l'année 2015 et l'année 2019, laissent penser qu'il s'agit d'une simple erreur matérielle, sans incidence, en tout état de cause, sur l'authenticité des documents concernés. Par ailleurs, la circonstance, relevée par le rapport de la direction interdépartementale de la police aux frontières du 29 décembre 2021, que le jugement supplétif, le certificat de non appel et l'acte de naissance sont imprimés sans utilisation de papier fiduciaire ou procédé offset ne suffit pas par elle-même à établir que les informations que ces documents contiennent sont falsifiées ou erronées. De même, la circonstance que l'en-tête du certificat de non-appel diffère de celui du jugement supplétif de naissance n'est pas davantage de nature à établir la falsification de ces documents, alors d'une part, que le courrier de notification de ce jugement comporte bien le même en-tête, d'autre part, que la typographie est identique. Toutefois, la consultation du fichier Visabio, dont les mentions bénéficient d'une présomption d'exactitude, montre que Mme F a demandé un visa aux autorités portugaises en Angola sous une autre identité et une autre date de naissance au 30 juillet 2001. Mme F soutient que le Portugal délivrant plus facilement des visas aux ressortissants angolais, cette voie est privilégiée par les passeurs et que les documents en cause sont des faux papiers. Il ressort par ailleurs du récit migratoire de Mme F, recueilli par le dispositif départemental d'accueil d'évaluation et d'orientation pour les mineurs isolés (C), que son père, opposant politique au président en place a quitté le pays pour l'Angola puis pour le Portugal, grâce à des faux papiers, avec sa femme et ses deux filles, avant de revenir plus tard, et d'être enlevé par des militaires, ce qui a conduit la mère à organiser le départ en France de ses deux filles. Par ailleurs, le visa enregistré par le fichier Visabio expirait le 10 février 2017 tandis que Mme F a été prise en charge à Toulouse en février 2018. Enfin, Mme F affirme sa nationalité congolaise en soulignant qu'elle parle le lingala, langue congolaise et le français et non le portugais, langue officielle de l'Angola et que la république démocratique du Congo l'a reconnue comme une de ses ressortissantes. Toutefois, les dires de Mme F ne sont corroborés par aucun document. Dès lors, l'enregistrement de Mme F dans le fichier Visabio sous une autre identité et une autre nationalité, sur présentation d'un document de voyage dont le caractère falsifié n'est pas établi par l'intéressée, permet dans les circonstances de l'espèce de renverser la présomption d'authenticité qui s'attache au jugement supplétif de naissance, au certificat de non appel et à l'acte de naissance délivré sur leur fondement. Le préfet, qui n'était pas tenu de saisir les autorités congolaises aux fins de vérification des documents produits par la requérante, pouvait ainsi légalement fonder le refus de titre de séjour sur l'absence de justification de son état civil et de sa nationalité. La décision contestée n'est ainsi entachée ni d'erreur de fait ni d'erreur de droit au regard de l'article 47 du code civil.
15. Compte tenu de ce qui précède, la requérante ne peut être regardée comme ayant été confiée à l'aide sociale à l'enfance avant l'âge de 16 ans, et, par suite, ne remplit pas la condition d'âge fixée par l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour bénéficier d'un titre de séjour. Il est vrai que le préfet s'est fondé à tort sur le maintien, non démontré, de liens significatifs de Mme F avec sa famille au Congo ainsi que sur l'absence de sérieux et d'assiduité dans ses études, motif contredit par les pièces du dossier. Toutefois, cette circonstance est sans incidence sur la légalité du refus de titre de séjour qui peut être fondé sur le seul motif tiré de ce que la requérante n'établit pas avoir été prise en charge par l'ASE avant l'âge de seize ans. Le moyen tiré de ce que la décision contestée serait entachée d'une erreur de droit au regard de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit ainsi être écarté.
16. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / () ".
17. Mme F soutient qu'après un parcours migratoire entrepris très jeune, elle a reconstruit sa vie en France où elle réside depuis plus de trois ans et où elle poursuit une formation d'agent de service médico-social. Il ressort en effet du rapport d'évaluation du C que Mme F est arrivée mineure en France, sans nouvelles de sa mère et de sa sœur, dans un état de santé précaire justifiant son hospitalisation, et se présentait comme une adolescente " perdue ", " timide " et " vulnérable ". Il ressort également des pièces du dossier que Mme F a obtenu en 2019 le brevet national et un CAP de cuisine en juillet 2021 avec des notes honorables. La responsable du Dispositif d'accueil de jour et d'insertion (DAJI) et la responsable insertion attestent du travail de Mme F pour apprendre le français, tandis que les responsables de la formation médico-sociale suivie depuis décembre 2022 témoignent de son investissement dans la vie scolaire, de son assiduité et ponctualité, et de la satisfaction de ses maîtres de stage lesquels lui offrent déjà des perspectives d'insertion professionnelle. Enfin, les éducateurs spécialisés, le psychologue, la maîtresse de maison et la directrice de la structure ayant accueilli Mme F depuis 2018, soit au total treize personnes, ont signé le 4 août 2023 une lettre de soutien à la jeune femme, témoignant du fait qu'après un parcours migratoire traumatique, elle a su s'investir dans un projet d'insertion en France, dont elle a intégré pleinement les règles. La note éducative établie le 21 juillet 2023 par la structure accueillant la requérante décrit une jeune fille courageuse et volontaire, bien intégrée à la culture française, ayant progressé vers davantage d'autonomie et très appréciée de ses formateurs et employeurs. Toutefois, l'ensemble de ces circonstances ne permet pas de regarder l'intéressée comme ayant fixé le centre de ses intérêts personnels en France, alors qu'il ressort des pièces du dossier qu'elle est célibataire et sans attaches familiales en France. Dès lors, la mesure contestée n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Le moyen tiré de la violation des stipulations précitées doit par suite, et en tout état de cause, être écarté.
18. En troisième lieu, pour les mêmes motifs qu'exposé au point précédent, le moyen tiré de ce que la décision contestée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation doit être écarté.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :
19. En premier lieu, aucun des moyens invoqués à l'encontre du refus de séjour opposé à Mme F n'étant retenu, le moyen tiré de ce que l'obligation de quitter le territoire serait illégale par suite de l'illégalité de ce refus doit être écarté.
20. En second lieu, pour les mêmes motifs qu'exposés aux points 17 et 18, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation et de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être également écartés.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
21. En premier lieu, l'arrêté contesté vise l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et la nationalité dont se prévaut Mme F en précisant qu'elle ne justifie pas de son état civil. Il indique que la mesure d'éloignement pourra, à défaut de départ volontaire dans le délai prescrit, être mise à exécution à destination du pays dont elle possède la nationalité ou de tout autre pays dans lequel elle serait légalement admissible en précisant qu'elle n'a pas fait de demande de protection internationale. Par suite, cet arrêté doit être tenu comme suffisamment motivé. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision fixant le pays de renvoi doit donc être écarté.
22. En second lieu, aucun des moyens invoqués à l'encontre du refus de titre de séjour et de l'obligation de quitter le territoire n'étant retenu, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de renvoi serait illégale par suite de l'illégalité de ces décisions doit être écarté.
Sur les autres conclusions :
23. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 26 décembre 2022 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions présentées à fin d'injonction comme celles présentées sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1191 doivent être également rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme F est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A F, au préfet de la Haute-Garonne, et à Me Soulas.
Délibéré après l'audience du 31 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Coutier, président,
Mme E, magistrate honoraire,
Mme Michel, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juin 2024.
La rapporteure,
C. E
Le président
B. COUTIER
Le greffier,
B. ROETS
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026