vendredi 12 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2304172 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | DUJARDIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 17 juillet 2023, M. A B, représenté par Me Dujardin, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 21 février 2023 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer une carte de séjour temporaire, à défaut, de réexaminer sa situation en le munissant dans l'attente d'une autorisation de séjour et de travail ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
En ce qui concerne le refus de titre de séjour :
- la décision contestée n'est pas suffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- le préfet a commis une erreur de droit dans l'application de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision contestée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ces dispositions ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :
- cette décision est privée de base légale en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour ;
- elle n'est pas suffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation ;
- elle est contraire à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- cette décision est privée de base légale en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour et de l'obligation de quitter le territoire ;
- elle est contraire à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 18 octobre 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête en faisant valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.
Un mémoire présenté pour M. B a été enregistré le 28 novembre 2023 et n'a pas été communiqué.
M. B a été admis à l'aide juridictionnelle totale par décision du 12 juillet 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-947 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant albanais né le 25 juillet 1996, est entré en France pour la dernière fois en décembre 2019. Il a sollicité le 3 mai 2022 son admission exceptionnelle au séjour au titre du travail et de la vie privée et familiale. Par arrêté du 21 février 2023, le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande et a l'obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours en fixant le pays de renvoi. M. B demande à titre principal l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / () ".
3. L'arrêté contesté vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il fait application ainsi que la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme. Il rappelle le parcours migratoire de M. B et les principaux éléments de sa situation familiale et professionnelle. Il relève notamment que l'intéressé est célibataire et que les membres de sa famille présents en France sont en situation irrégulière, qu'il est dépourvu du visa long séjour requis pour bénéficier d'un titre de séjour salarié et que les caractéristiques de l'emploi et les qualifications de M. B ne justifient pas de déroger à cette condition. Ainsi, le refus de titre de séjour, qui n'a pas à retracer tous les détails de la situation du requérant, énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles il est fondé. Le moyen tiré du défaut de motivation doit par suite être écarté.
4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier et notamment pas des termes de l'arrêté contesté, que le préfet de la Haute-Garonne aurait omis de procéder à un examen réel et sérieux de la situation de M. B avant de refuser son admission exceptionnelle au séjour.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ". Il appartient à l'autorité administrative, en application de ces dispositions, de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention "vie privée et familiale" répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels et, à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié" ou "travailleur temporaire". Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifierait d'une promesse d'embauche ou d'un contrat de travail ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là-même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il appartient, en effet, à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.
6. D'une part, M. B fait valoir qu'il vit en France depuis huit ans, avec une interruption de quelques mois en 2019, qu'il y a été scolarisé pendant 5 ans et a poursuivi ses études avec succès puisqu'il a obtenu un baccalauréat professionnel en management et gestion en 2017 et un BTS en comptabilité gestion en septembre 2019. Il ressort également des témoignages élogieux versés au dossier que M. B a noué des relations amicales, est bénévole dans une association humanitaire et est parfaitement intégré à la société française. Toutefois, il n'est pas contesté que l'ensemble de la famille de M. B, qui est célibataire et sans charge de famille, ses parents et ses frères et sœurs, résident en France en situation irrégulière. Si M. B soutient en outre qu'il travaille depuis juin 2021, il ressort des bulletins de salaire joints au dossier qu'il occupe des emplois familiaux peu qualifiés et à temps très partiel auprès de plusieurs particuliers, ne pouvant caractériser une insertion particulière au plan professionnel. Dans ces conditions, c'est sans erreur manifeste d'appréciation que le préfet de la Haute-Garonne a refusé de régulariser la situation de M. B au titre de la vie privée et familiale.
7. D'autre part, si M. B justifie travailler depuis juin 2021, soit 17 mois de travail sur deux ans, il ressort de ses bulletins de salaire et du contrat conclu le 1er octobre 2021 qu'il occupe des emplois familiaux à temps très partiel, qui, cumulés, représentent moins d'un mi-temps. Par ailleurs, ces emplois, comme l'emploi d'ouvrier paysagiste qui lui est proposé par une entreprise de la région toulousaine, sont sans rapport avec les diplômes de management, comptabilité et gestion qu'il a obtenus. Enfin, M. B ne fait valoir aucune caractéristique de cet emploi qui présenterait un intérêt particulier. Dans ces conditions, en dépit de l'ancienneté du séjour de M. B en France et de son intégration dans la société française, le préfet de la Haute-Garonne a pu sans erreur manifeste d'appréciation, considérer que l'intéressé ne justifie pas de motifs exceptionnels de régularisation au titre du travail.
8. Enfin, il est vrai que le préfet a, à tort, opposé la situation de l'emploi pour justifier son refus de régularisation au titre du travail, cette condition ne trouvant à s'appliquer que pour la délivrance d'un titre de salarié sur le fondement des articles L. 421-1 et L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, il ressort des termes de la décision contestée que ce motif est surabondant, le motif principal et pouvant à lui seul légalement fonder cette décision étant que, compte tenu des caractéristiques de l'emploi proposé et des qualifications, expérience et diplômes de M. B, celui-ci ne justifie pas de motif exceptionnel d'admission au séjour. Par ailleurs, si le décret n°2021-360 du 31 mars 2021 relatif à l'emploi d'un salarié étranger a recentré l'instruction des demandes d'autorisation de travail sur les seuls critères d'opposabilité de la situation de l'emploi, du niveau de rémunération et du respect par l'entreprise de ses obligations légales, cette réforme ne concerne que la délivrance d'un titre de séjour salarié de droit commun et non l'exercice par le préfet de son pouvoir discrétionnaire de régularisation. A cet égard, le requérant ne peut utilement se prévaloir de la circulaire du 12 juillet 2021 du ministère de l'intérieur et du ministère du travail, de l'emploi et de l'insertion, qui est dépourvue de portée normative et qui, au demeurant, ne comporte pas de prescriptions nouvelles s'agissant de l'instruction des demandes d'admission exceptionnelle au séjour au titre du travail. Le moyen tiré de ce que la décision contestée serait entachée d'une erreur de droit dans l'application de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit ainsi être écarté.
9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".
10. Il résulte de ce qui est exposé au point 6 du présent jugement que M. B n'établit pas avoir fixé en France le centre de ses intérêts personnels et familiaux. Ainsi, la décision contestée n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :
11. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. B ne peut exciper de l'illégalité du refus de titre de séjour à l'appui de sa contestation de l'obligation de quitter le territoire.
12. En deuxième lieu, aux termes de l'article L.613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour () ".
13. Il résulte du point 3 du présent jugement que la décision portant refus de titre de séjour est suffisamment motivée. Par suite, l'obligation de quitter le territoire, qui en l'espèce, n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour, est également suffisamment motivée.
14. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait omis de procéder à un examen réel et particulier de la situation de M. B.
15. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs qu'exposé aux points 6, 7 et 10 du présent jugement, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la mesure d'éloignement sur la situation personnelle du requérant et de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.
16. Pour les mêmes motifs qu'exposé au point 10 du présent jugement, le moyen tiré de ce que la mesure d'éloignement contestée serait contraire à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
17. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. B ne peut exciper de l'illégalité du refus de titre de séjour et de l'obligation de quitter le territoire à l'appui de sa contestation de la décision fixant le pays de renvoi.
18. En second lieu, pour les mêmes motifs qu'exposé au point 10 du présent jugement, le moyen tiré de ce que la décision contestée serait contraire à l'article 8 de la convention européenne de sauvegardes des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
Sur les autres conclusions :
19. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 23 juin 2023 doivent être rejetées. Par suite, les conclusions présentées à fin d'injonction comme celles présentées au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être également rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet de la Haute-Garonne et à Me Dujardin.
Délibéré après l'audience du 29 mars 2024, à laquelle siégeaient :
M. Coutier, président,
Mme C, magistrate honoraire,
Mme Michel, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 avril 2024.
La rapporteure,
C. C
Le président,
B. COUTIER
Le greffier,
B. ROETS
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026