vendredi 28 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2304399 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | BELAID CELYA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 25 juillet 2023 à 20h02, et des pièces communiquées le 27 juillet 2023 à 16h13 et le 28 juillet 2023 à 10h23, Mme A D et M. B C, représentés par Me Belaid, demandent au juge des référés :
1°) de les admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de les prendre en charge dans le cadre de l'hébergement d'urgence sans délai à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et sous astreinte de 200 euros par jour de retard, en application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative ;
3°) de mettre à la charge de l'État les entiers dépens ainsi qu'une somme de 2 000 euros à verser à leur conseil sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et, dans l'hypothèse où ils ne seraient pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, mettre à la charge de l'État cette même somme à leur verser sur le seul fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la condition relative à l'urgence est satisfaite eu égard à l'état de santé de Mme D et compte tenu de la circonstance qu'ils ont un enfant âgé de 3 ans ;
- il est porté une atteinte grave et manifestement illégale à leur droit à la dignité humaine, garanti par l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- cette situation porte une atteinte grave et manifestement illégale au droit au respect de leur vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- cette situation porte une atteinte grave et manifestement illégale à l'intérêt supérieur de l'enfant tel qu'il est reconnu par le paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- il est porté une atteinte grave et manifestement illégale à leur droit à l'hébergement d'urgence.
Par un mémoire en défense enregistré le 28 juillet 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens invoqués par les requérants sont infondés et que leur situation ne présente pas un caractère d'urgence.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Quessette, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 28 juillet 2023 à 11 heures, tenue en présence de Mme Guérin, greffière d'audience :
- le rapport de M. Quessette, juge des référés ;
- les observations de Me Belaid, représentant Mme D, absente, et M. C, qui reprend les mêmes moyens et précise que les requérants seront sans solution d'hébergement le soir de l'audience, qu'ils ont appelé à de nombreuses reprises le 115, ce que ne traduit pas le relevé d'appels du 115 produit en raison d'un dysfonctionnement du serveur, et que l'état de santé de Mme D est incompatible avec une mise à la rue. Interrogée par le juge des référés, Me Belaid précise que les requérants sont en situation irrégulière ;
- et les observations de M. C, qui répond aux questions du juge des référés ;
- le préfet n'étant ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D et M. C, ressortissants algériens nés respectivement le 23 octobre 1980 et le 3 janvier 1988, sont entrés en France en 2019 et ont été pris en charge, avec leur enfant née le 24 avril 2020, au titre de l'hébergement d'urgence à compter du 16 avril 2021. Par une décision du 19 juillet 2023, le préfet de la Haute-Garonne leur a notifié la fin, dans un délai de sept jours à compter de la notification de cette décision, de la prise en charge au titre de l'hébergement d'urgence dont ils bénéficiaient depuis le 16 avril 2021, soit depuis 756 nuitées, aux motifs que le bénéfice de cette prise en charge présentait un caractère strictement dérogatoire et limité dans le temps et qu'à l'issue de l'examen de leur situation sociale et administrative, ils n'avaient plus vocation à bénéficier de ce dispositif.
Sur la demande d'aide juridictionnelle à titre provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président. () ".
3. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de Mme D et de M. C, de prononcer leur admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
4. Aux termes des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".
5. L'article L. 345-2 du code de l'action sociale et des familles prévoit que, dans chaque département, est mis en place, sous l'autorité du préfet " un dispositif de veille sociale chargé d'accueillir les personnes sans abri ou en détresse. ". L'article L. 345-2-2 du même code précise que : " Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique et sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence. Cet hébergement d'urgence doit lui permettre () d'être orientée vers tout professionnel ou toute structure susceptibles de lui apporter l'aide justifiée par son état, notamment un centre d'hébergement et de réinsertion sociale, un hébergement de stabilisation, une pension de famille, un logement-foyer, un établissement pour personnes âgées dépendantes, un lit halte soins santé ou un service hospitalier. ". Aux termes enfin de l'article L. 345-2-3 dudit code : " Toute personne accueillie dans une structure d'hébergement d'urgence doit pouvoir y bénéficier d'un accompagnement personnalisé et y demeurer, dès lors qu'elle le souhaite, jusqu'à ce qu'une orientation lui soit proposée. Cette orientation est effectuée vers une structure d'hébergement stable ou de soins, ou vers un logement, adaptés à sa situation. ".
6. Il appartient aux autorités de l'État de mettre en œuvre le droit à l'hébergement d'urgence reconnu par la loi à toute personne sans abri qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique et sociale. Seule une carence caractérisée des autorités de l'État dans la mise en œuvre du droit à l'hébergement d'urgence peut faire apparaître, pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte manifestement illégale à une liberté fondamentale permettant au juge des référés de faire usage des pouvoirs qu'il tient de ce texte, en ordonnant à l'administration de faire droit à une demande d'hébergement d'urgence. Il lui incombe d'apprécier, dans chaque cas, les diligences accomplies par l'administration, en tenant compte des moyens dont elle dispose, ainsi que de l'âge, de l'état de santé et de la situation de famille de la personne intéressée. Les ressortissants étrangers qui font l'objet d'une obligation de quitter le territoire français ou dont la demande d'asile a été définitivement rejetée et qui doivent ainsi quitter le territoire en vertu des dispositions de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'ayant pas vocation à bénéficier du dispositif d'hébergement d'urgence, une carence constitutive d'une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale ne saurait être caractérisée, à l'issue de la période strictement nécessaire à la mise en œuvre de leur départ volontaire, qu'en cas de circonstances exceptionnelles.
7. En l'espèce, Mme D et M. C font valoir qu'en refusant de les prendre en charge au titre de l'hébergement d'urgence, le préfet de la Haute-Garonne les contraint à vivre dans la rue alors que l'état de santé de Mme D est incompatible avec une telle situation. Mme D, qui a levé le secret médical, se prévaut d'un certificat médical du 2 décembre 2019 mentionnant que son état de santé nécessite des soins vitaux et urgents, d'un certificat médical du 12 mai 2020 indiquant, dans le cadre du suivi des enfants nés de mère séropositive pour le VIH, le diagnostic de sa séropositivité en novembre 2019 et que son enfant née en 2020 n'est pas contaminée par le VIH, d'un certificat médical du 18 avril 2023 mentionnant qu'elle est actuellement suivie et traitée dans un service d'hôpital pour une pathologie nécessitant un suivi médical continu dont l'interruption pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, ainsi que d'ordonnances datées du 10 août 2021 et du 18 avril 2023 prescrivant un traitement à base de trithérapie composée d'emtricitabine, de ténofovir et de rilpivirine. Mme D souffre également d'une pathologie pulmonaire, ainsi qu'il ressort d'un certificat médical du 23 juillet 2020 et d'une prescription d'une radiographie pulmonaire du 17 juillet 2023. Si les requérants font ainsi valoir que l'état de santé de Mme D est incompatible avec un séjour dans la rue et que la famille est dans une situation de grande vulnérabilité en raison également de la présence de leur enfant âgée de seulement trois ans, ils n'établissent toutefois pas, au vu des pièces du dossier et malgré les précisions de leur conseil à l'audience relatives à sa sensibilité aux allergènes qui risqueraient d'aggraver la situation sanitaire de Mme D en cas de mise à la rue, que son état de santé serait particulièrement dégradé en dépit du traitement qui lui est prodigué ou qu'elle ne pourrait suivre ce traitement. Dans ces conditions et dès lors que les requérants n'ont en tout état de cause plus droit au séjour en France, ils ne justifient ainsi pas de circonstances exceptionnelles, manifestant une carence caractérisée à leur droit à l'hébergement d'urgence et, par suite, une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales dont il se prévalent.
8. Par suite, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition relative à l'urgence, Mme D et M. C ne sont pas fondés à soutenir que le préfet de la Haute-Garonne doit être regardé comme ayant porté une atteinte grave et manifestement illégale au droit des intéressés à un hébergement d'urgence qui constitue une liberté fondamentale. La requête doit être rejetée en toutes ses conclusions, ainsi que les conclusions présentées au titre des articles L. 761-1 et R. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : Mme D et M. C sont admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A D, à M. B C, à Me Belaid et au préfet de la Haute-Garonne.
Fait à Toulouse, le 28 juillet 2023.
Le juge des référés,
L. QUESSETTE
La greffière,
S. GUÉRIN
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
la greffière en chef,
ou par délégation, la greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026