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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2304553

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2304553

jeudi 3 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2304553
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantBENAMOU-LEVY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées les 29 juillet et 2 août 2023, M. C D représenté par Me Benamou-Levy, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 26 juillet 2023 par lequel le préfet de la Haute-Garonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire pour une durée de trois ans ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de procéder au réexamen de sa situation administrative à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat les entiers dépens et le versement d'une somme de 1 500 euros à son conseil, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle et, dans l'hypothèse où il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, le versement de cette même somme au seul visa de l'article L. 761-1.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

- elles sont entachées d'un défaut de compétence de leur auteur ;

- elles sont entachées d'un défaut de motivation ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnait son droit d'être entendu ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle est privée de base légale ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est privée de base légale ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

Par un mémoire en défense enregistré le 1er août 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Zabka, conseiller, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties des jours de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Zabka,

- les observations de Me Benamou-Levy, représentant M. D, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et qui soulève un nouveau moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du 5° l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce que M. D est père de deux enfants français mineurs résidant en France,

- les observations de M. D, qui répond aux questions du magistrat désigné,

- le préfet de la Haute-Garonne n'étant ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant algérien, déclare être entré sur le territoire français en 2009. Par un arrêté du 26 juillet 2023, le préfet de la Haute-Garonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Par sa présente requête, M. D demande au tribunal d'annuler ces décisions.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ". Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressé, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

3. En premier lieu, par un arrêté du 13 mars 2023 publié au recueil administratif spécial n° 31-2023-099 le 15 mars 2023, le préfet de la Haute-Garonne a donné délégation à Mme A B, cheffe du bureau de l'éloignement et du contentieux, pour signer, en cas d'absence ou d'empêchement du secrétaire général de la préfecture, de la directrice des migrations et de l'intégration et de son adjointe, les décisions d'éloignement ainsi que les décisions les assortissant et la mise à exécution de ces décisions. Par suite, les moyens tirés de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doivent être écartés.

4. En second lieu, les décisions attaquées comportent l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation des décisions litigieuses doit être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, il ne résulte ni des termes de la décision attaquée, ni des pièces dossiers que le préfet aurait entachée sa décision d'un défaut d'examen de la situation du requérant. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté.

6. En deuxième lieu, le droit d'être entendu, qui fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union, implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.

7. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le requérant a été entendu par les services de la police aux frontières le 14 mars 2023 et qu'il a pu, à cette occasion, et bien qu'il n'ait pas été spécifiquement invité à formuler des observations avant l'édiction de l'obligation de quitter le territoire français à son encontre, faire valoir les éléments pertinents relatifs à sa situation personnelle et familiale et à ses conditions de séjour en France. En tout état de cause, il ne justifie pas qu'il aurait eu des éléments pertinents à faire valoir qui auraient été susceptibles de conduire à l'édiction d'une décision différente. Le requérant n'est donc pas fondé à soutenir qu'il a été privé du droit d'être entendu.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étranger et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 5° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans ".

9. M. D se prévaut de la circonstance qu'il est marié et père de deux enfants français qui résident tout deux sur le territoire français et dont il affirme participer à l'entretien à l'éducation. Toutefois, en produisant à la présente instance uniquement des photographies de ses enfants et un relevé de retrait d'argent difficilement lisible, et alors même qu'il ressort d'un jugement du juge aux affaires familiales du Tribunal judiciaire de Toulouse en date du 28 janvier 2021, que leur mère exerce exclusivement l'autorité parentale, l'intéressé ne démontre pas participer effectivement à l'entretien et à l'éducation de ses deux enfants mineurs. Par suite, en prenant la décision en litige, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas méconnu les dispositions précitées du 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

10. En quatrième et dernier lieu, M. D déclare être entré en France en 2009 sans toutefois l'établir. En outre, s'il se prévaut de la présence en France de ses deux enfants mineurs, il résulte de ce qui a été dit au point 9 du présent jugement qu'il ne justifie pas participer à l'entretien et l'éduction de ces derniers. Enfin, l'intéressé qui a déjà fait l'objet de plusieurs condamnations à des peines d'emprisonnement pour des faits de vol, vol avec récidive, vol avec violence, détention non autorisée de stupéfiants, recel de biens provenant d'un vol et violence dans un moyen de transport collectif de voyageurs suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours, ne justifie pas d'une particulière intégration dans la société française par la seule production de deux contrats de mission temporaire établis les 2 décembre 2020 et 14 janvier 2021. Dans ces conditions, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas entaché la décision attaquée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences qu'elle emporte sur la situation personnelle du requérant.

En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

11. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision portant refus de délai de départ volontaire serait privée de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen doit être écarté.

12. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée, ni des pièces du dossier que le préfet aurait entaché sa décision d'un défaut d'examen de la situation de M. D. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté.

13. En troisième et dernier lieu, il résulte des termes de la décision attaquée que, pour refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire à M. D, le préfet de la Haute-Garonne s'est fondé sur les dispositions du 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des 1°, 3°, 4°, 5° et 8° de l'article L. 612-3 du même code. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. D est entré irrégulièrement sur le territoire français, , qu'il s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement en date du 18 juin 2021 prise à son encontre par le préfet de la Haute-Garonne à la suite d'une décision du même jour portant refus de titre de séjour et qu'il ne présente pas de garanties de représentation suffisantes ne disposant pas de documents d'identité ou de voyage en cours de validité et ne justifiant pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale. Dans ces conditions, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation en refusant d'octroyer à l'intéressé un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

14. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision portant fixation du pays de renvoi serait privée de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

15. Si le requérant soutient que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation, il résulte de ce qui a été dit précédemment que M. D ne démontre pas participer à l'entretien et à l'éducation de ses enfants et qu'il ne justifie d'aucune intégration particulière sur le territoire français, alors même qu'il a fait l'objet de plusieurs condamnations pénales pour des faits de vol, vol avec récidive, vol avec violence, détention non autorisée de stupéfiants, recel de biens provenant d'un vol et violence dans un moyen de transport collectif de voyageurs suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours. Dans ces conditions, en l'absence de circonstances humanitaires, le préfet de la Haute-Garonne a pu, sans entacher sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle, prendre à l'encontre de M. D une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans.

16. Il résulte de ce tout qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne du 26 juillet 2023.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

17. Il résulte de ce qui précède que les conclusions relatives à l'injonction doivent être rejetées.

Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :

18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à Me Benamou-Levy la somme réclamée en application des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : M. D est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C D, à Me Benamou-Levy et au préfet de la Haute-Garonne.

Lu en audience publique le 3 août 2023.

Le magistrat désigné,

N. ZABKALe greffier,

A. ROUZET

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

No 2304553

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