mardi 23 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2304621 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | DIALEKTIK AVOCATS AARPI |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête enregistrée le 1er août 2023 sous le numéro 2304621, M. H G, représenté par Me Bachet, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 28 juillet 2023 par laquelle le préfet de l'Aveyron a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination ;
2°) d'annuler l'arrêté du 28 juillet 2023 du préfet de l'Aveyron l'assignant à résidence pour une durée de 45 jours ;
3°) à titre principal, d'enjoindre au préfet de l'Aveyron de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de l'Aveyron de procéder à un nouvel examen de sa situation ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ou, dans l'hypothèse où il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle, des seules dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions :
- elles sont entachées d'incompétence ;
- elles sont entachées d'un défaut de motivation ;
En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :
- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle viole les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
-elle est privée de base légale dès lors qu'elle se fonde sur une décision de refus de titre de séjour elle-même illégale ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle viole les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
- elle est privée de base légale dès lors qu'elle se fonde sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est privée de base légale dès lors qu'elle se fonde sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle viole les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :
- elle est privée de base légale dès lors qu'elle se fonde sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.
Par un mémoire en défense enregistré le 4 août 2023, le préfet de l'Aveyron conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. C G ne sont pas fondés.
La demande d'aide juridictionnelle présentée par M. C G a été rejetée par une décision du 17 janvier 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
II. Par une requête enregistrée le 1er août 2023 sous le numéro 2304682, Mme A D, représentée par Me Bachet, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 28 juillet 2023 par laquelle le préfet de l'Aveyron a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination ;
2°) d'annuler l'arrêté du 28 juillet 2023 du préfet de l'Aveyron l'assignant à résidence pour une durée de six mois ;
3°) à titre principal, d'enjoindre au préfet de l'Aveyron de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de l'Aveyron de procéder à un nouvel examen de sa situation ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ou, dans l'hypothèse où elle ne serait pas admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle, des seules dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions :
- elles sont entachées d'incompétence ;
- elles sont entachées d'un défaut de motivation ;
En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :
- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard du pouvoir de régularisation que tient le préfet des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle viole les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est privée de base légale dès lors qu'elle se fonde sur une décision de refus de titre de séjour elle-même illégale ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle viole les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'appréciation de sa situation ;
En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
-elle est privée de base légale dès lors qu'elle se fonde sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est privée de base légale dès lors qu'elle se fonde sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle viole les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :
- elle est privée de base légale dès lors qu'elle se fonde sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.
Par un mémoire en défense enregistré le 3 novembre 2023, le préfet de l'Aveyron conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.
Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 novembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- l'ordonnance n° 05-01 du 27 février 2005 modifiant et complétant l'ordonnance n° 70-86 du 15 décembre 1970 portant le code de la nationalité algérienne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Douteaud ;
- et les observations de Me Bachet, représentant M. C G et Mme D.
Considérant ce qui suit :
1. M. I C G, ressortissant égyptien né le 7 janvier 1984, est entré en France le 21 mars 2011 selon ses déclarations. Mme A D, ressortissante algérienne, née le 29 janvier 1985, est entrée en France le 15 février 2014 munie d'un visa court séjour. De leur relation, sont nées en France deux filles, les 21 septembre 2016 et 26 mars 2018. Après le rejet définitif de leur demande d'asile par la cour nationale du droit d'asile le 19 juillet 2017 et le rejet de leur demande de réexamen par l'OFPRA le 17 novembre 2017, le préfet de la Seine-Saint-Denis a pris le 6 juillet 2018 un arrêté obligeant M. C G à quitter le territoire français. Le 1er octobre 2018, il a refusé de délivrer un titre de séjour à Mme D et l'a obligée à quitter le territoire français. Par arrêtés du 28 juillet 2023, le préfet de l'Aveyron a refusé de leur délivrer un titre de séjour, les a obligés à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination. Par deux arrêtés du même jour, le préfet de l'Aveyron a assigné M. C G à résidence pour une durée de 45 jours et a assigné Mme D à résidence pour une durée de six mois. Par leurs requêtes, M. C G et Mme D demandent l'annulation des arrêtés du 28 juillet 2023.
Sur la jonction :
2. Les requêtes nos 2304621 et 2304682 visées ci-dessus présentées pour M. C G et Mme D concernent les deux membres d'un même couple, présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Par suite, il y a lieu de les joindre et de statuer par un seul jugement.
Sur l'étendue du litige :
3. Par un jugement du 9 août 2023, la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Toulouse, saisi à la suite de l'assignation à résidence de M. C G, a rejeté les conclusions de sa requête dirigées contre les décisions du 28 juillet 2023 ordonnant son assignation à résidence, portant obligation de quitter le territoire français sans délai et fixant le pays de destination, et a renvoyé l'examen des conclusions dirigées contre la décision portant refus de titre de séjour devant une formation collégiale du tribunal. Il n'y a, dès lors, plus lieu de statuer que dans cette mesure sur les conclusions de la requête de M. C G enregistrée sous le numéro 2304621.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions :
4. En premier lieu, par un arrêté du 24 octobre 2022, publié au recueil spécial des actes administratifs de la préfecture de l'Aveyron du 25 octobre 2022, le préfet de l'Aveyron a donné délégation de signature à M. F E, directeur de la citoyenneté et de la légalité, à l'effet de signer, notamment, les décisions de refus d'admission au séjour des étrangers, les mesures d'éloignement ainsi que les mesures d'assignation à résidence. Dès lors, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les décisions en litige auraient été signées par une autorité incompétente.
5. En second lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui :1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. "
6. Les décisions attaquées comportent les considérations de droit et de fait sur lesquelles le préfet de l'Aveyron s'est fondé pour refuser de délivrer un titre de séjour à M. C G et à Mme D. Elles visent notamment l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié. Elles mentionnent leur parcours administratif et indiquent que si Mme D ne peut prétendre à une régularisation au titre de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lequel n'est pas applicable aux ressortissants algériens, il appartient toutefois au préfet d'apprécier l'opportunité d'une mesure de régularisation à titre dérogatoire. Les décisions attaquées indiquent notamment la durée de présence en France des requérants, leur situation familiale ainsi que les éléments relatifs à leur situation professionnelle. Le préfet, qui n'avait pas à faire état de tous les éléments de la situation des requérants, a ainsi suffisamment motivé les décisions attaquées.
En ce qui concerne les décisions portant refus de séjour :
7. En premier lieu, il ne ressort ni de la motivation de la décision attaquée, ni d'aucune pièce du dossier que le préfet de l'Aveyron n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation de M. C G.
8. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1./ Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14./ Les modalités d'application du présent article sont définies par décret en Conseil d'Etat. "
9. En l'espèce, pour rejeter la demande de délivrance d'un titre de séjour à M. C G, le préfet a estimé que ce dernier n'apportait aucun élément de nature à démontrer l'existence de considérations humanitaires ni de motifs exceptionnels justifiant son admission exceptionnelle au séjour. Il ressort des pièces du dossier qu'en déclarant lors de son audition par la commission du titre de séjour " ne pas aimer les gouvernants égyptiens " et s'il a déclaré aux services préfectoraux avoir reçu des coups de couteaux lors de la révolution du printemps arabe en 2011 en raison de son appartenance à l'association " 25 janvier ", ces éléments ne sont pas suffisants à caractériser des circonstances humanitaires ou exceptionnelles au sens des dispositions précitées de code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La naissance des deux filles du requérant en France n'est pas davantage de nature à en démontrer l'existence. A cet égard, si ce dernier soutient qu'en raison de la nationalité de sa compagne, différente de la sienne, la cellule familiale ne pourrait pas se reconstituer en Egypte, il n'apporte aucun élément pour corroborer cette allégation. Si M. C G se prévaut de son insertion professionnelle et notamment d'un emploi en qualité de technicien fibre optique, il ne produit aucun justificatif à l'exception d'une attestation soulignant la qualité des travaux que lui prête son auteur alors, au demeurant, qu'il est constant qu'il n'a pas obtenu l'autorisation de travail exigée par la réglementation. Enfin, M. C G n'allègue pas et il ne ressort d'aucune pièce du dossier que son état de santé justifierait qu'il soit exceptionnellement admis au séjour. Par suite, c'est sans erreur de droit ni erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le préfet a refusé de lui délivrer un titre de séjour.
10. En troisième lieu, portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaire prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, soit au titre d'une activité salariée, soit au titre de la vie privée et familiale. Un ressortissant algérien ne peut utilement invoquer les dispositions de cet article à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national, dès lors que ses conditions sont régies de manière exclusive par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968.
11. Toutefois, si l'accord franco-algérien ne prévoit pas, pour sa part, de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, ses stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, compte-tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.
12. Il ressort des pièces du dossier que Mme D est entrée en France le 15 février 2014. De sa relation avec M. C G sont nées deux filles en 2016 et 2018. Mme D se prévaut de l'ancienneté de sa présence sur le territoire français, de la naissance de ses filles et de sa capacité à s'insérer professionnellement. Toutefois, outre qu'elle n'établit pas le caractère continu de sa présence en France, elle ne démontre pas que la cellule familiale ne pourrait pas se reconstituer en Algérie ou en Egypte, pays dont le père des fillettes, faisant lui-même l'objet d'un refus de séjour et d'une obligation de quitter le territoire français, a la nationalité. Enfin, il est constant que l'autorisation de travail que la requérante a sollicité pour un emploi en contrat à durée indéterminée ne lui pas été délivrée. Quant aux expériences passées dont elle se prévaut, elle n'apporte aucun élément de nature à en apprécier la réalité. En tout état de cause, de telles circonstances, à les supposer établies, ne sont pas de nature à caractériser un motif exceptionnel ou une considération humanitaire. Dès lors, en refusant de procéder à sa régularisation, le préfet de l'Aveyron n'a pas commis d'erreur de droit et n'a pas commis d'erreur dans l'appréciation de la situation de Mme D.
13. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "
14. Ainsi qu'il a été dit aux points 9 et 12, il n'est pas démontré que la cellule familiale ne pourrait pas se recomposer en Egypte ou en Algérie ni que la scolarisation des filles des requérants ne pourrait s'y poursuivre. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que la famille de M. C G, notamment ses parents, ses deux frères et sa sœur, résident en Egypte et que les parents de Mme D ainsi que ses trois frères et ses cinq sœurs résident en Algérie. Si celle-ci se prévaut de la présence en France d'un oncle, d'une tante et de cousins, elle ne justifie pas de l'intensité des liens qui les uniraient. S'agissant de son insertion sociale, si elle se prévaut de liens " solides " avec des personnes résidant en France, elle n'en démontre pas l'existence. Ainsi, compte tenu des conditions de séjour en France de M. C G et de Mme D, les décisions attaquées n'ont pas porté une atteinte disproportionnée au droit des requérants au respect de leur vie privée et familiale tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
15. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention de New York relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. " Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
16. D'une part, les décisions attaquées n'ont pas pour effet de séparer les requérants de leurs filles. D'autre part, si les requérants se prévalent de la circonstance selon laquelle la nationalité de leurs filles serait indéterminée et impliqueraient leur séparation d'avec l'un de leurs deux parents, outre qu'ils ne font état d'aucune démarche entreprise afin de déterminer leur nationalité, il ressort en tout état de cause des dispositions de l'article 6 modifié du code de la nationalité algérienne qu'" Est considéré comme Algérien l'enfant né de père algérien ou de mère algérienne ". Dès lors, le moyen tiré de la violation des stipulations précitées de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.
En ce qui concerne la décision obligeant Mme D à quitter le territoire français :
17. En premier lieu, les conclusions à fin d'annulation de la décision de refus de séjour étant rejetées, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de ce que la décision en litige serait illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de séjour.
18. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 14 du présent jugement, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
19. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains et dégradants. " Il appartient à l'étranger qui conteste son éloignement de démontrer qu'il y a des raisons sérieuses de penser que, si la mesure incriminée était mise à exécution, il serait exposé à un risque réel de se voir infligé des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
20. Alors que sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'OFPRA du 15 mars 2017 confirmée par la CNDA le 19 juillet 2017, la requérante n'apporte aucun élément de nature à établir la réalité, l'actualité et la gravité des risques encourus en Algérie en se bornant à soutenir qu'elle subira l'opprobre de ses compatriotes en raison de la naissance hors mariage de ses enfants. Au demeurant, Mme D a déclaré n'éprouver aucune crainte en cas de retour dans son pays d'origine lors de son audition par les services préfectoraux le 28 juin 2023. Dès lors, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
21. En quatrième et dernier lieu, pour l'ensemble des motifs qui précèdent, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que le préfet de l'Aveyron aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de la situation de la requérante. Par suite, le moyen doit être écarté.
En ce qui concerne la décision refusant à Mme D un délai de départ volontaire :
22. En premier lieu, eu égard à ce qui précède, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de ce que la décision en litige serait illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
23. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". L'article L. 612-3 du même code énonce : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement (). "
24. Il ressort des pièces du dossier que pour refuser d'accorder un délai de départ volontaire à Mme D, le préfet de l'Aveyron s'est fondé sur les dispositions précitées du 5° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En l'espèce, il ressort des termes de la décision attaquée et du compte-rendu d'audition établi par la préfecture le 28 juin 2023 que la requérante s'est soustraite à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement. Si elle soutient qu'elle ne présente aucun risque de fuite compte tenu d'une part, de la durée de sa présence sur le territoire et, d'autre part, de la présence de sa famille en France, de telles circonstances ne peuvent être regardées comme des circonstances particulières au sens de l'article L. 612-3 précité dès lors que, ainsi qu'il a été dit aux points 1 et 9 du présent jugement, le compagnon de Mme D est lui-même en situation irrégulière et fait l'objet d'une mesure d'éloignement. En outre, la situation de leurs filles n'est pas dissociable de celle de leurs parents. Dans ces conditions, le préfet, qui a procédé à un examen complet de la situation de la requérante a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation, refuser d'accorder à Mme D un délai de départ volontaire. Le moyen invoqué à cet égard doit donc être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
25. En premier lieu, eu égard à ce qui précède, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de ce que la décision en litige serait illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
26. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ()/ Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".
27. Ainsi qu'il a été dit au point 20 du présent jugement, Mme D n'établit pas qu'elle serait exposée à des peines ou des traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite les moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de la violation des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.
En ce qui concerne l'arrêté assignant Mme D à résidence :
28. En premier lieu, eu égard à ce qui précède, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de ce que la décision en litige serait illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
29. En second lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : /1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ".
30. Il est constant que Mme D a fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai. Par ailleurs, il n'est pas démontré que l'exécution de cette décision ne demeurerait pas une perspective raisonnable. C'est donc sans erreur de droit ni d'appréciation au regard des dispositions précitées que le préfet de l'Aveyron a pu l'assigner à résidence dans la commune de Millau, où la requérante a déclaré résider. Dès lors que Mme D n'établit pas de circonstances personnelles particulières de nature à faire obstacle à la décision en litige, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'erreur d'appréciation doivent être écartés.
31. Il résulte de tout ce qui précède que M. C G et Mme D ne sont pas fondés à demander l'annulation des arrêtés des 28 juillet 2023 en tant qu'ils leur refusent un titre de séjour, qu'ils obligent Mme D à quitter le territoire français sans délai, fixent le pays de renvoi et décident de son assignation à résidence pour une durée maximale de six mois.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
32. Les conclusions à fin d'annulation de M. C G et de Mme D étant rejetées, leurs conclusions susvisées à fin d'injonction et d'astreinte doivent l'être également, dès lors que le présent jugement ne nécessite aucune mesure d'exécution au regard des dispositions des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative.
Sur les dépens :
33. Les présentes instances n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions présentées par M. C G et Mme D sur le fondement des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
34. Les conclusions de M. C G et de Mme D tendant à l'application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées, l'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes de M. CGt et Mme D sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. I CGt, à Mme A D, à Me Bachet et au préfet de l'Aveyron.
Délibéré après l'audience du 26 mars 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Héry, présidente,
Mme Sarraute, première conseillère,
Mme Douteaud, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 avril 2024.
La rapporteure,
S. DOUTEAUD
La présidente,
F. HÉRY
La greffière,
M. B
La République mande et ordonne au préfet de l'Aveyron en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Nos 2304621, 2304682
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026