mercredi 9 août 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2304793 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | COHEN |
Vu les procédures suivantes :
I - Par une requête enregistrée 5 août 2023 et des mémoires enregistrés le 5 août 2023 et le 8 août 2023 sous le n° 2304793, M. A F, représenté par Me Cohen, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 4 août 2023 par lequel le préfet de la Haute-Garonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et l'arrêté du même jour par lequel il l'a assigné à résidence ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement des entiers dépens du procès et le versement de la somme de 1 500 euros à son conseil, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle et, dans l'hypothèse où il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle, le versement de cette même somme au seul visa de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions :
- elles sont entachées d'un défaut de compétence de leur signataire ;
- elles méconnaissent son droit d'être entendu, le principe de bonne administration et le principe du contradictoire ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur sa situation ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à l'intérêt supérieur de l'enfant ;
En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;
- elle est privée de base légale ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît l'impératif de proportionnalité ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est privée de base légale ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est privée de base légale ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation des conséquences sur sa situation ;
- elle porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;
En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;
- elle est privée de base légale ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation et d'une erreur de droit ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation car le préfet ne lui a pas laissé le temps d'exécuter la mesure d'éloignement.
Par un mémoire en défense enregistré le 8 août 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
II - Par une requête le 5 août 2023 et des mémoires enregistrés le 5 août 2023 et le
8 août 2023 sous le n° 2304794, Mme E F représentée par Me Cohen, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 4 août 2023 par lequel le préfet de la Haute-Garonne l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et l'a interdite de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et l'arrêté du même jour par lequel il l'a assignée à résidence ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement des entiers dépens du procès et le versement de la somme de 1 500 euros à son conseil, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle et, dans l'hypothèse où elle ne serait pas admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle, le versement de cette même somme au seul visa de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions :
- elles sont entachées d'un défaut de compétence de leur signataire ;
- elles méconnaissent son droit d'être entendu, le principe de bonne administration et le principe du contradictoire ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;
- elle est entachée d'un vice de procédure dans la mesure où le préfet n'a pas sollicité l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur sa situation ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à l'intérêt supérieur de l'enfant ;
En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;
- elle est privée de base légale ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît l'impératif de proportionnalité ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est privée de base légale ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;
- elle est privée de base légale ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation des conséquences sur sa situation ;
- elle porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;
En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est privée de base légale ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation et d'une erreur de droit ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation car le préfet ne lui a pas laissé le temps d'exécuter la mesure d'éloignement.
Par un mémoire en défense enregistré le 8 août 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code des relations entre le public et l'administration,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Zabka, conseiller, pour statuer sur les demandes présentées au titre de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Zabka,
- les observations de Me Cohen, représentant M. et Mme F, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et précise les moyens tirés de l'atteinte à l'intérêt supérieur de l'enfant en invoquant une méconnaissance de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Elle précise également les moyens tirés du vice de procédure en indiquant que le dernier avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration date de 2019, qu'ainsi, un nouvel avis aurait dû être demandé en raison de changements dans l'état de santé de Mme F et invoque une violation de l'article R. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle soutient enfin que le préfet ne peut demander aux requérants de produire des éléments médicaux protégés par le secret médical.
- les observations M. et Mme F, assistés de Mme B, interprète en langue albanaise, qui répondent aux questions du magistrat désigné,
- le préfet de la Haute-Garonne représenté par Mme C, qui conclut au rejet des requêtes en faisant valoir qu'aucun des moyens soulevés par M. et Mme F n'est fondé et précise que les requérants ne fournissent pas d'éléments médicaux nouveaux alors qu'ils y avaient été invités si bien que le préfet n'avait pas à recueillir préalablement l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et qu'ils ne produisent aucune information sur l'impossibilité d'accéder à des soins appropriés en Albanie. Mme C soutient enfin que la cellule familiale peut se reconstituer en Albanie et que les activités de bénévolat des requérant ne sont pas un gage d'intégration sur le territoire français.
Considérant ce qui suit :
1. M. et Mme F, ressortissants albanais, déclarent être entrés sur le territoire français le 22 avril 2017. Par des arrêtés du 4 août 2023, le préfet de la Haute-Garonne a obligé les intéressés à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi, les a interdits de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et les a assignés à résidence. Par leur requête, M. et Mme F demandent au tribunal d'annuler ces arrêtés.
2. Les requêtes susvisées n° 2304793 et 2304794 concernent les deux membres d'un même couple et présentent à juger les mêmes questions. Par suite, il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.
Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire:
3. En vertu du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ". Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur les requêtes des intéressés, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, leur admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions :
4. En premier lieu, par un arrêté du 13 mars 2023 publié au recueil administratif spécial n° 31-2023-099 le 15 mars 2023, le préfet de la Haute-Garonne a donné délégation à
Mme D G, cheffe du bureau de l'éloignement et du contentieux, pour signer, en cas d'absence ou d'empêchement du secrétaire général de la préfecture, de la directrice des migrations et de l'intégration et de son adjointe, les décisions d'éloignement ainsi que les décisions les assortissant et la mise à exécution de ces décisions. Par suite, les moyens tirés de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doivent être écartés.
5. En second lieu, d'une part, il résulte des dispositions du livre VI du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution des décisions par lesquelles l'administration signifie à l'étranger l'obligation dans laquelle il se trouve de quitter le territoire français et les décisions accessoires qui l'accompagnent. Dès lors, les dispositions générales de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, qui fixent les règles générales de procédure applicables aux décisions devant être motivées en vertu de l'article L. 211-2 du même code et prévoient notamment la mise en œuvre d'une procédure contradictoire préalable à leur édiction, ne peuvent être utilement invoquées par
M. et Mme F à l'encontre des décisions contestées. Par voie de conséquence, les moyens invoqués tirés du non-respect de la procédure contradictoire ne peuvent qu'être écarté.
6. D'autre part, le droit d'être entendu, qui fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union, implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.
7. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier et en particulier dues fiches de renseignements administratifs remplies par l'agent de la préfecture à l'occasion de son entretien M. et Mme F que ces derniers ont été entendus par les services de la préfecture de la Haute-Garonne le 4 août 2023 et qu'ils ont été mis à même de présenter, à cette occasion, de manière utile et effective, leurs observations. Par suite, ils ne sont pas fondés à soutenir que les décisions les obligeant à quitter le territoire français et les décisions les assortissant seraient intervenues en méconnaissance du droit d'être entendu qu'ils tiennent des principes généraux du droit de l'Union européenne. Les moyens tirés de ce que les décisions prises à l'encontre des requérants seraient irrégulières à défaut de respect du droit d'être entendu et du principe général de bonne administration doivent être écartés comme manquant en fait.
En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français :
8. En premier lieu, les décisions attaquées comportent la mention des considérations de fait et de droit sur lesquelles elle est fondée. Elle vise, notamment, les 2° et 4° de l'article
L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les articles
3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, précise que M. et Mme F sont entrés irrégulièrement sur le territoire français et mentionne les éléments principaux de leurs situations personnelles. Par suite, les moyens tirés du défaut de motivation manquent en fait et doivent, dès lors, être écartés.
9. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée, ni des pièces du dossier, que le préfet n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation des requérants.
10. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
11. Si M. et Mme F, qui déclarent être entrés en France le 22 avril 2017, se prévalent de la présence en France de trois de leurs enfants, il ressort des pièces du dossier que leur fille a fait l'objet d'une mesure d'éloignement du territoire français. Les requérants, qui n'ont pas exécutés deux précédentes mesures d'éloignement prises respectivement à leur encontre, soutiennent également que les décisions litigieuses auraient des conséquences non contestables sur la situation de leurs enfants, scolarisés en France, et produisent, au soutien de leurs allégations, leurs certificats de scolarité. Toutefois, alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que les enfants des requérants ne pourraient pas suivre une scolarité normale en Albanie, rien ne fait obstacle, dès lors que les décisions d'éloignement contestées n'ont pas pour effet de séparer les parents de leurs enfants, à ce que la cellule familiale se reconstitue dans leur pays d'origine. Au demeurant, les certificats de scolarité fournis ne concernent que l'année scolaire 2019-2020 pour leur premier fils et l'année scolaire 2021-2022 pour leur deuxième fils. Dans ces conditions, le préfet n'a pas méconnu les stipulations précitées ni commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences des décisions contestées sur la situation des requérants. Pour les mêmes motifs, l'autorité préfectorale n'a pas porté une atteinte disproportionnée à l'intérêt supérieur de l'enfant.
12. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. () ". Aux termes de l'article R. 611-1 du même code : " Pour constater l'état de santé de l'étranger mentionné au 9° de l'article L. 611-3, l'autorité administrative tient compte d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration () ".
13. Il résulte de ces dispositions que, dès lors qu'elle dispose d'éléments d'information suffisamment précis permettant d'établir qu'un étranger, résidant habituellement en France, présente un état de santé susceptible de le faire entrer dans la catégorie qu'elles prévoient des étrangers qui ne peuvent faire l'objet d'une mesure d'éloignement, l'autorité préfectorale doit, lorsqu'elle envisage de prendre une telle mesure à son égard, recueillir préalablement l'avis du collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration.
14. Mme F soutient que le préfet aurait dû recueillir préalablement l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Toutefois, d'une part, il ressort des pièces du dossier qu'elle a fait l'objet d'un précédent arrêté du 5 février 2019 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a, après avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration en date du 26 septembre 2018, refusé de lui délivrer un titre de séjour en qualité d'étranger malade. D'autre part, il ressort de la fiche de renseignements administratifs du 4 août 2023 versée aux débats que Mme F a déclaré avoir des problèmes de santé, notamment du diabète et de l'anémie sans toutefois indiquer que son état de santé nécessitait une prise en charge médicale dot le défaut pourrait avoir pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Ainsi, il n'apparaît pas qu'au moment où il a statué sur la situation de la requérante, le préfet de la Haute-Garonne disposait d'informations sur son état de santé lui imposant de saisir pour avis le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration avant de prendre la mesure d'éloignement. En tout état de cause, il ne ressort pas des pièces médicales produites à l'instance, notamment des dossiers médicaux de 2022 et 2023 et de certificats médicaux établis par des médecins de La Case de Santé, qu'une absence de prise en charge médicale pourrait avoir pour la requérante des conséquences d'une exceptionnelle gravité, ni que, le cas échéant, elle ne pourrait pas bénéficier effectivement d'un traitement adapté dans son pays d'origine et, dès lors, que l'intéressée présente un état de santé susceptible de la faire entrer dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions citées au point 12 du présent jugement doivent être écartés. Pour les mêmes motifs, le préfet n'a pas entaché sa décision d'un vice de procédure en ne sollicitant pas l'avis du collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration.
En ce qui concerne les décisions portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
15. En premier lieu, il résulte de ce qui a été développé précédemment que les décisions portant obligation de quitter le territoire français ne sont pas illégales. Par suite, les moyens tirés du défaut de base légale de la décision refusant à l'intéressé un délai de départ volontaire doivent être écarté.
16. En deuxième lieu, les décisions attaquées visent les textes dont elles font application, en particulier l'article L. 612-3 du même code et comportent les circonstances de fait sur lesquelles elles se fondent. Ainsi, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation doivent être écartés.
17. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes des décisions attaquées, ni des pièces du dossier, que le préfet n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation des requérants.
18. En quatrième et dernier lieu, selon l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Et selon son article L. 612-3 : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / () ".
19. Il résulte des arrêtés attaqués que, pour refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire à M. et Mme F, le préfet de la Haute-Garonne s'est fondé sur les dispositions précitées des 2°, 4° et 5° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En l'espèce, il résulte des pièces du dossier que les requérants se maintiennent sur le territoire français depuis plus de trois mois sans titre de séjour. Il ressort des fiches de renseignements administratifs du 4 août 2023 qu'ils ont explicitement déclaré ne pas vouloir repartir en Albanie. En outre, les requérants ont fait l'objet de deux précédentes mesures d'éloignement en 2018 et 2019, qu'ils n'ont pas exécutées. Dans ces conditions, et en l'absence de circonstance particulière, le préfet a pu légalement refuser d'accorder à M. et Mme F un délai de départ volontaire. Il s'ensuit que les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation, de l'erreur de droit au regard des dispositions précitées et de la méconnaissance de l'impératif de proportionnalité dont seraient entachées les décisions contestées doivent être écartés.
En ce qui concerne les décisions fixant le pays de renvoi :
20. Il résulte de ce qui a été développé précédemment que les décisions portant obligation de quitter le territoire français ne sont pas illégale. Par suite, les moyens tirés du défaut de base légale des décisions fixant le pays de renvoi doivent être écartés.
En ce qui concerne les décisions portant interdiction de retour sur le territoire français :
21. En premier lieu, il résulte de ce qui a été développé précédemment que les décisions portant obligation de quitter le territoire français ne sont pas illégales. Par suite, les moyens tirés du défaut de base légale des décisions portant interdiction de retour sur le territoire français doivent être écartés.
22. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise les éléments de fait retenus par le préfet pour édicter à l'encontre de M. et Mme F une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par suite, les décisions attaquées sont suffisamment motivées.
23. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction prévue à l'article L. 612-11 ".
24. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que M. et Mme F déclarent être entré sur le territoire national en 2017, qu'ils ne justifient d'aucun lien en France et qu'ils ont fait l'objet de deux précédentes mesures d'éloignement en 2018 et 2019, qu'ils n'ont pas exécutées. Dans ces conditions, nonobstant l'absence d'un comportement troublant l'ordre public, et en l'absence de circonstances humanitaires, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas commis d'erreur d'appréciation en prononçant à l'encontre des intéressés une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par suite, les moyens invoqués à cet égard doivent être écartés.
25. En quatrième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée, ni des pièces du dossier, que le préfet n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation des requérants.
26. En cinquième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
27. Il résulte de ce qui a été dit au point 11 que les requérants ne justifient ni d'une présence ancienne et continue sur le territoire français ni de liens d'une particulière intensité avec la France. En outre, ils n'établissent pas être dépourvus de liens personnels et familiaux dans leur pays d'origine. Dans ces conditions, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les décisions portant interdiction de retour sur le territoire français porteraient une atteinte disproportionnée à leur droit au respect de leur vie privée et familiale. Par suite, ces moyens ne peuvent qu'être écartés.
28. Il résulte de tout ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à demander l'annulation des arrêtés du préfet de la Haute-Garonne du 4 août 2023 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de renvoi et les interdisant de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.
En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :
29. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; / () "
30. En l'espèce, les requérants qui ont chacun fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire notifiée le 4 août 2023 à 10h20, ont été assignés à résidence pour une durée de quarante-cinq jours par un arrêté notifié le 4 août 2023 à 10h40. Dans ces conditions, en considérant que M. et Mme F n'ont pas exécuté la mesure d'éloignement, notifiée vingt minutes avant l'arrêté portant assignation à résidence, les requérants sont fondés à soutenir que le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation.
31. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens, que M. et Mme F sont fondés à demander l'annulation des arrêtés du préfet de la Haute-Garonne du 4 août 2023 portant assignation à résidence.
Sur les frais liés au litige :
32. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Cohen renonce à percevoir la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de ses clients à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Cohen de la somme de 1 500 euros.
33. La présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions présentées par M. et Mme F sur le fondement des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
D E C I D E:
Article 1er : M. et Mme F sont admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Les arrêtés du préfet de la Haute-Garonne du 4 août 2023 portant assignation à résidence sont annulés.
Article 3 : Sous réserve de l'admission définitive de M. et Mme F à l'aide juridictionnelle et de la renonciation de Me Cohen à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera la somme de 1 500 euros à Me Cohen au titre du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée aux requérants, la somme de 1 500 euros sera directement versée à ces derniers.
Article 4 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A F, à Mme E F, à Me Cohen et au préfet de la Haute-Garonne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 août 2023.
Le magistrat désigné,
N. ZABKA Le greffier,
A. ROUZET
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Nos 2304793, 2304794
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026