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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2304810

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2304810

jeudi 6 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2304810
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantCANADAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 août 2023, M. E C, représenté par Me Canadas, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 février 2023 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français, a fixé un délai de départ volontaire et le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de 72 heures à compter de la notification du jugement à intervenir et de procéder au réexamen de sa situation ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer une carte de séjour temporaire en qualité d'étudiant ou un titre de séjour portant la mention vie privée et familiale ou tout autre titre dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros à verser à son conseil, Me Canadas, en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté attaqué pris dans son ensemble :

- sa requête est recevable ;

- il n'est pas justifié de la compétence de l'auteur de l'arrêté attaqué ;

- il est insuffisamment motivé au regard des articles 1er et 3 de la loi du 11 juillet 1979 ;

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- les dispositions de l'article 24 de la loi du 12 avril 2000 ont été méconnues ;

- elle est entaché d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'erreur dans l'appréciation de sa situation ;

- elle méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- il peut solliciter la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ;

- elle est entachée d'un détournement de pouvoir en ce que le préfet a pris la décision de ne pas renouveler son titre de séjour en cours d'année universitaire ;

- elle est entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée est privée de base légale, par suite de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreurs manifestes dans l'appréciation de sa situation ;

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 septembre 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été fixée au 29 mars 2023 par une ordonnance du 14 mars précédent.

M. B C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 juillet 2023.

Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

La présidente de la formation de jugement ayant dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Jorda.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, ressortissant congolais né le 10 mai 1993, est entré sur le territoire français le 31 août 2017 muni d'un visa de long séjour portant la mention " étudiant " valable du 16 août 2017 au 16 août 2018. Du 14 septembre 2018 au 14 septembre 2020, il a bénéficié de cartes de séjour temporaires d'une durée d'un an portant la même mention et il s'est vu octroyer une carte de séjour pluriannuelle valable du 23 octobre 2020 au 22 octobre 2022 portant également cette mention. Le 29 octobre 2022, il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour au motif de ses études. Par un arrêté du 6 février 2023, le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français, a fixé un délai de départ volontaire et le pays de renvoi. Par la présente requête, M. B C demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Par une décision du bureau d'aide juridictionnelle, en date du 12 juillet 2023, M. B C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, sa demande tendant à être admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle est devenue sans objet. Dès lors, il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur le surplus des conclusions :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées

3. En premier lieu, par un arrêté du 30 janvier 2023 publié le même jour au recueil administratif spécial n° 31-2023-01-30-00015, librement accessible sur Internet, le préfet de la Haute-Garonne a donné délégation en matière de police des étrangers, à Mme F D, directrice des migrations et de l'intégration, notamment pour signer les mesures d'éloignement et les décisions les assortissant. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des décisions attaquées doit être écarté.

4. En second lieu, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'insuffisance de motivation au regard des prescriptions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, qui a repris depuis le 1er janvier 2016 les dispositions de l'article 24 de la loi du 12 avril 2000 relative aux droits des citoyens dans leurs relations avec l'administration, abrogées par l'ordonnance n° 2015-1341 du 23 octobre 2015 : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ".

6. La décision querellée ayant été prise à la suite d'une demande formulée par M. B C, ce dernier ne peut pas utilement se prévaloir de ces dispositions. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté.

7. En deuxième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes de la décision attaquée que le préfet n'aurait pas procédé, comme il y est tenu, à l'examen réel et sérieux de la situation du requérant. Par suite, le moyen soulevé à cet égard doit être écarté.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an./ En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1./ Cette carte donne droit à l'exercice, à titre accessoire, d'une activité professionnelle salariée dans la limite de 60 % de la durée de travail annuelle. ". Il appartient à l'autorité administrative saisie d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour en qualité d'étudiant, de rechercher, à partir de l'ensemble des pièces du dossier et sous le contrôle du juge, si l'intéressé peut être raisonnablement regardé comme poursuivant effectivement des études. Le renouvellement de ce titre de séjour est ainsi subordonné à la réalité et au sérieux des études entreprises, appréciés en fonction de l'ensemble du dossier du demandeur, et notamment au regard de sa progression dans le cursus universitaire, de son assiduité aux cours et de la cohérence de ses choix d'orientation

9. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des relevés de notes produits en défense, qu'au titre des années 2017/2018 et 2018/2019, alors qu'il était inscrit en première année de licence de droit, M. B C a été ajourné les deux fois. S'il est constant qu'il a validé cette première année de droit, selon toute vraisemblance à l'issue de l'année 2019/2020, et que pour l'année 2020/2021 il était inscrit en deuxième année de licence de droit, il n'établit pas qu'il aurait validé cette deuxième année d'études. Pour ce qui concerne l'année 2021/2022, il ne justifie d'aucune inscription universitaire et se prévaut au titre de l'année 2022/2023 de son inscription en première année de BTS " management commercial opérationnel " en alternance, à l'ESRAC Labège. Il ressort ainsi des pièces du dossier que l'intéressé, qui a changé d'orientation l'année précédant le refus du renouvellement de son titre de séjour, n'a obtenu aucun diplôme au cours des six années pendant lesquelles il a poursuivi des études en France. Si le requérant allègue qu'il a dû travailler en plus de ses études, que son père a eu un arrêt vasculaire cérébral (AVC), et qu'il est dans une situation vulnérable entraînant de nombreuses difficultés personnelles, financières et de logement, il ne l'établit pas et n'apporte ainsi aucun élément de nature à justifier ses échecs, son absence d'inscription universitaire pour l'année 2021/2022 ou la cohérence de sa réorientation. Dans ces conditions, le préfet de la Haute-Garonne a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation, estimer que ses études ne présentaient pas un caractère sérieux et par suite refuser le renouvellement de son titre de séjour.

10. En quatrième lieu, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales étant par elles-mêmes sans incidence sur l'appréciation par l'administration de la réalité et du sérieux des études poursuivies, elles ne peuvent être utilement invoquées à l'encontre du refus de renouveler un titre de séjour en qualité d'étudiant qui résulte seulement d'une telle appréciation. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de cette convention doit être écarté.

11. En cinquième lieu, le moyen tiré de l'atteinte portée au droit du requérant de ne pas être soumis à des traitements inhumains et dégradants, tel que protégé par les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales, est également inopérant à l'encontre de la décision portant refus de séjour, laquelle n'a pas pour objet de fixer par elle-même le pays de renvoi.

12. En sixième lieu, dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B C aurait sollicité la délivrance d'une carte de séjour temporaire au titre de la vie privée et familiale, le moyen tiré de ce qu'il pourrait prétendre à la délivrance d'un titre de séjour sur ce fondement doit être écarté.

13. En septième lieu, M. B C ne saurait sérieusement soutenir, alors au demeurant qu'il résulte de ce qui précède qu'il ne justifie pas de la réalité et du sérieux de ses études, que le préfet de la Haute-Garonne aurait édicté la décision attaquée dans le seul but de l'empêcher de valider son année universitaire en cours. Dès lors, le moyen tiré du détournement de pouvoir doit être écarté.

14. En huitième et dernier lieu, pour l'ensemble des motifs énoncés précédemment, le moyen tiré d'une erreur manifeste dans l'appréciation de la situation de M. B C doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

15. En premier lieu, les conclusions à fin d'annulation de la décision de refus de séjour étant rejetées, le moyen tiré du défaut de base légale de la décision attaquée, en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour, doit être écarté.

16. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

17. Il ressort des pièces du dossier que M. B C est entré en France le 31 août 2017 à l'âge de 24 ans, pour y suivre des études. S'il a été muni de cartes de séjour temporaire en qualité d'étudiant jusqu'en octobre 2022, celles-ci ne lui donnaient pas vocation à se maintenir sur le territoire français. S'il fait état d'attaches personnelles et familiales fortes en France, il ne le justifie pas, et n'établit pas davantage qu'il est isolé dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de 24 ans. Ainsi, eu égard à la durée et aux conditions de séjour en France de l'intéressé, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas, en prenant la décision attaquée, porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

18. En troisième lieu, le moyen tiré de l'atteinte portée au droit du requérant de ne pas être soumis à des traitements inhumains et dégradants, tel que protégé par les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales, est inopérant à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, laquelle n'a pas pour objet de fixer par elle-même le pays de renvoi.

19. En quatrième lieu, pour l'ensemble des motifs énoncés précédemment, le moyen tiré de ce que le préfet de la Haute-Garonne aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation de M. B C doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

20. Pour les motifs énoncés au point 17, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

21. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. B C doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle de M. B C.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E C, Me Canadas et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 23 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Cherrier, présidente,

M. Rives, conseiller,

Mme Jorda, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juin 2024.

La rapporteure,

V. JORDALa présidente,

S. CHERRIERLa greffière,

F. DEGLOS

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef

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