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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2304863

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2304863

vendredi 11 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2304863
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantCOHEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 août 2023 et des pièces complémentaires enregistrées le 11 août 2023, M. B A C, représenté par Me Cohen, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté en date du 7 août 2023 par lequel le préfet de Tarn-et-Garonne a décidé de mettre en œuvre une décision d'éloignement d'un autre Etat membre de l'espace Schengen et l'a éloigné d'office vers le pays dont il a la nationalité ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement des entiers dépens du procès et le versement d'une somme de 1 500 euros à son conseil sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridictionnelle et, dans l'hypothèse où il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, le versement de cette même somme sur le seul fondement de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

- elles sont entachées d'un défaut de compétence de leur signataire ;

- elles méconnaissent le principe du contradictoire et son droit d'être entendu ;

En ce qui concerne la décision portant éloignement d'office :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 531-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :

- elle est privée de base légale.

Le préfet de Tarn-et-Garonne a produit des pièces enregistrées le 10 août 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Zabka, conseiller, pour statuer sur les demandes présentées au titre de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Zabka,

- les observations de Me Cohen, représentant M. A C, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et soulève deux nouveaux moyens, un premier moyen tiré de ce que la décision contestée méconnaît son droit à un recours effectif tiré des dispositions de l'article 47 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne en ce qu'il n'a jamais eu connaissance de la décision d'éloignement édictée par les autorités italiennes dont fait application la décision contestée car elle ne lui a jamais été notifiée, et un second moyen tiré de l'erreur de fait en ce que le père du requérant résidait en France,

- les observations de M. A C, assisté par M. D, interprète en langue arabe, qui répond aux questions du magistrat désigné,

- le préfet de Tarn-et-Garonne n'étant ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant algérien, déclare être entré sur le territoire français au cours de l'année 2018. Le préfet de Tarn-et-Garonne, par un arrêté du 7 août 2023 pris sur le fondement de l'article L. 615-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a décidé de mettre en œuvre son éloignement d'office vers le pays dont il a la nationalité. Par sa présente requête, M. A C demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose que : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressé, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

3. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par Mme Catherine Fourcherot, secrétaire générale de la préfecture de Tarn-et-Garonne, qui a reçu par un arrêté

n° 82-2023-04-11-00001 du 11 avril 2023, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture, délégation de signature à l'effet de signer tous actes administratifs et correspondances relatifs au séjour et à la police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

4. En second lieu, d'une part, il résulte des dispositions du livre VI du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution des décisions par lesquelles l'administration signifie à l'étranger l'obligation dans laquelle il se trouve de quitter le territoire français et les décisions accessoires qui l'accompagnent. Dès lors, les dispositions générales de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, qui fixent les règles générales de procédure applicables aux décisions devant être motivées en vertu de l'article L. 211-2 du même code et prévoient notamment la mise en œuvre d'une procédure contradictoire préalable à leur édiction, ne peuvent être utilement invoquées par M. A C à l'encontre des décisions contestées. Par voie de conséquence, le moyen invoqué tiré du non-respect de la procédure contradictoire ne peut qu'être écarté.

5. D'autre part, le droit d'être entendu, qui fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union, implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.

6. En l'espèce, M. A C a été entendu par les services de police le 6 août 2023.

Il a été informé, durant cette audition, qu'il était susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement et qu'il avait la possibilité de présenter des observations. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision d'éloignement d'office et celle fixant le pays de renvoi seraient intervenues en méconnaissance du droit d'être entendu qu'il tient des principes généraux du droit de l'Union européenne. Le moyen invoqué ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision portant éloignement d'office :

7. En premier lieu, l'arrêté contesté vise les textes sur lesquels le préfet s'est fondé, notamment les articles L. 615-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par ailleurs, l'arrêté fait référence au signalement aux fins de non-réadmission émis dans le système d'information Schengen par les autorités italiennes, exécutoire jusqu'au 1er juin 2026. L'arrêté précise, en outre, que le requérant n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine et qu'il n'allègue pas être exposé à des risques pour sa sécurité en cas de retour dans son pays d'origine. La décision contestée comporte ainsi l'ensemble des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

8. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 615-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut décider de mettre en œuvre une décision obligeant un étranger à quitter le territoire d'un autre État dans les cas suivants :1° L'étranger a fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission en vertu d'une décision de refus d'entrée ou d'éloignement exécutoire prise par l'un des autres États parties à la convention signée à Schengen le 19 juin 1990 et se trouve irrégulièrement sur le territoire métropolitain/ () ".

9. Le requérant soutient que la décision contestée méconnait les dispositions précitées dès lors que la fiche de signalement aux fins de non admission émise par les autorités italiennes n'est pas produite et qu'elle n'est pas mentionnée dans l'arrêté et qu'il n'est ainsi pas possible de vérifier que ce signalement a été adopté sur le fondement des dispositions de l'article 96 de la convention d'application Schengen. Toutefois, il ressort des termes de l'arrêté contesté que le préfet fait référence à la fiche de signalement aux fins de non admission

n° ITVRPQ50EMLJPNN000001, dont il est précisé qu'elle est exécutoire jusqu'au 1er juin 2026. En outre, il ressort des pièces du dossier que le préfet, qui a produit la fiche de signalement portant la référence précitée, s'est fondé sur les informations contenues dans le système " Sirene " permettant l'échange d'informations entre les autorités des pays de l'espace Schengen, et qui précise que M. A C fait l'objet d'une décision de retour adoptée par les autorités italiennes. Enfin, aucune disposition légale ou réglementaire ni aucun principe n'impose au préfet de produire cette fiche lors de la notification de l'arrêté en litige. Dès lors, les moyens tirés de l'absence des d'une telle production ainsi que du défaut de mention de cette fiche dans l'arrêté contesté ne peuvent qu'être écartés.

10. En troisième lieu, aux termes de l'article 47 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne dont les droits et libertés garantis par le droit de l'Union ont été violés a droit à un recours effectif devant un tribunal dans le respect des conditions prévues au présent article. / Toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue équitablement, publiquement et dans un délai raisonnable par un tribunal indépendant et impartial, établi préalablement par la loi. Toute personne a la possibilité de se faire conseiller, défendre et représenter. () ".

11. Si le requérant soutient que la décision contestée méconnait les dispositions précitées en ce que la décision d'éloignement des autorités italiennes sur laquelle est fondée la fiche de signalement aux fins de non admission ne lui a jamais été notifiée, il n'appartient pas au juge administratif de statuer sur la légalité des décisions des autorités des autres Etats parties à l'accord de Schengen. Ainsi M. A C ne saurait utilement se prévaloir de ce que cette mesure d'éloignement aurait été prise selon une procédure irrégulière. Ce moyen doit être écarté.

12. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

13. En l'espèce, si M. A C se prévaut d'attaches sur le territoire français et verse au dossier un extrait difficilement lisible de la fiche familiale d'Etat de son père, ainsi qu'une " carte d'identité famille nombreuse " émise par la SNCF au nom de son père et valide jusqu'en 1992, ces seuls éléments ne suffisent pas à justifier de la présence habituelle de son père sur le territoire français avant son décès. En outre, le requérant ne démontre pas avoir fixé le centre de ses intérêts privés en France, alors au demeurant qu'il ressort de ses déclarations devant les services de police à l'occasion de son audition du 6 août 2023, qu'il est célibataire et sans enfants à charge. Dans ces conditions, le préfet, qui n'a pas commis d'erreur de fait, n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et n'a donc pas méconnu les stipulations précitées de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, l'autorité préfectorale n'a pas commis d'erreur d'appréciation de la situation personnelle du requérant.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

14. Il résulte de ce qui a été développé précédemment que la décision portant éloignement d'office n'est pas illégale. Par suite, le moyen tiré du défaut de base légale de la décision fixant le pays de renvoi doit être écarté.

15. Il résulte de ce qui précède que M. A C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de Tarn-et-Garonne en date du 7 août 2023.

Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à Me Cohen la somme réclamée en application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

17. La présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions présentées par M. A C sur le fondement des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. A C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A C, à Me Cohen et au préfet de Tarn-et-Garonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 août 2023.

Le magistrat désigné,

N. ZABKA Le greffier,

A. ROUZET

La République mande et ordonne au préfet de Tarn-et-Garonne, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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