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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2304945

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2304945

vendredi 6 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2304945
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantDJOSSOU

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête enregistrée le 12 août 2023 sous le n° 2304945 et un mémoire complémentaire enregistré le 20 septembre 2023, M. B C, représenté par

Me Jean-Marc Djossou, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 1er août 2023 par lequel le préfet de la Haute-Garonne l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de quinze jours, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, en application des dispositions de l'article L. 911-3 du code de justice administrative ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros à son conseil, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

- il est entaché d'un défaut de motivation ;

- le préfet ne justifie pas de ce que l'arrêté attaqué lui a été effectivement notifié dans une langue qu'il comprend,

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- il est entachée d'un vice de procédure, son droit à être entendu n'ayant pas été respecté ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il est illégal dès lors qu'il dispose encore du droit de se maintient sur le territoire, son recours devant la Cour nationale du droit d'asile n'ayant pas encore été audiencé.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

- elle est entachée d'un défaut de compétence ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation concernant les conséquences de cette décision sur sa situation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 septembre 2023, le préfet de la

Haute-Garonne conclut au rejet des requêtes.

Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.

II. Par une requête enregistrée le 12 août 2023, sous le n° 2304946 et un mémoire complémentaire enregistré le 20 septembre 2023, Mme A C, représentée par

Me Jean-Marc Djossou, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 12 août 2023 par lequel le préfet de la Haute-Garonne l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de quinze jours, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, en application des dispositions de l'article L. 911-3 du code de justice administrative ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros à son conseil, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle ;

Elle soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

- il est entaché d'un défaut de motivation ;

- le préfet ne justifie pas de ce que l'arrêté attaqué lui a été effectivement notifié dans une langue qu'il comprend,

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- il est entachée d'un vice de procédure, son droit à être entendu n'ayant pas été respecté ;

- il est illégal dès lors qu'il dispose encore du droit de se maintient sur le territoire, son recours devant la Cour nationale du droit d'asile n'ayant pas encore été audiencé ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

- elle est entachée d'un défaut de compétence ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 septembre 2023, le préfet de la

Haute-Garonne conclut au rejet des requêtes.

Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Zabka, conseiller, pour statuer sur les demandes présentées au titre de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Zabka,

- les observations de Me Cohen, substituant Me Djossou,

- le préfet de la Haute-Garonne n'étant ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C et Mme A C, tous les deux ressortissants albanais, sont entrés en France le 21 novembre 2022, accompagnés de leurs filles mineures, G et D C. Ils ont sollicité l'asile le 29 novembre 2022 et leurs demandes ont été rejetées par l'Office de protection des réfugiés et apatrides le 23 février 2023. Par deux arrêtés du

1er août 2023, le préfet de la Haute-Garonne les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Ces derniers demandent au tribunal d'annuler ces arrêtés.

2. Les requêtes n° 2304945 et n° 2304946 concernent les deux membres d'un même couple et présentent à juger les mêmes questions. Par suite, il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.

Sur le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ". Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur les requêtes de M. B C et Mme A C, il y a lieu d'admettre les intéressés au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

4. En premier lieu, les arrêtés en litige mentionnent les textes dont ils font application, ils visent notamment les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, ils retracent toute la procédure de demandes d'asile des requérants et le préfet indique que les intéressés n'établissent pas posséder de liens anciens, intenses et stables personnels et familiaux en France compte tenu notamment du fait qu'ils ont vécu en Albanie la majorité de leur existence. Enfin, le préfet souligne que les requérants ne démontrent pas qu'une atteinte disproportionnée serait portée à leur situation personnelle ou leur vie familiale et qu'ils seraient soumis à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans leur pays d'origine. Il suit de là, que les arrêtés en litige ne sont pas entachés d'un défaut de motivation en droit et en fait.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci. () ".

6. En l'espèce, les arrêtés attaqués sont signés par Mme H E pour le préfet, et mentionnent sa qualité de directrice des migrations et de l'intégration. Par suite, les moyens selon lesquels l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration aurait été méconnu doit être écarté.

7. En troisième lieu, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause. Le droit d'être entendu implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne.

8. Dans le cas prévu au 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, où la décision faisant obligation de quitter le territoire français est prise après que la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusée à l'étranger ou si l'étranger ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application de l'article L. 542-1, l'obligation de quitter le territoire français découle nécessairement du défaut de reconnaissance de cette qualité ou de ce bénéfice. Le droit d'être entendu n'implique alors pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français, dès lors qu'il a pu être entendu à l'occasion de l'examen de sa demande d'asile.

9. En l'espèce, les requérants ont été mis à même, dans la cadre de leur demande d'asile, de porter à la connaissance de l'administration, et des instances chargées de l'examen de leur demande d'asile, l'ensemble des informations relatives à leur situation personnelle dont ils souhaitaient se prévaloir et il n'est pas établi qu'ils auraient été empêchés de porter à la connaissance des services de la préfecture des informations utiles avant que soit pris à leur encontre les arrêtés attaqués. Ainsi, les intéressés ne peuvent être regardés comme ayant été privés de leur droit d'être entendu préalablement à l'édiction des arrêts contestés. Les moyens soulevés à cet égard doivent être écartés.

10. En quatrième lieu, la circonstance que les requérant n'auraient pas reçu notification des arrêtés litigieux dans une langue qu'ils comprennent est sans incidence sur leur légalité. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que les plis contenant les arrêtés litigieux ont été distribués aux requérants le 8 août 2023. Les moyens tirés d'un défaut de notification de ces arrêtés ne peuvent qu'être rejetés.

11. En cinquième lieu, aux termes des dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; / () ".

12. Il ressort des pièces du dossier que les décisions obligeant les requérants à quitter le territoire français ont été prises sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à la suite de la décision de rejet par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, le 23 février 2023, de leur demande d'asile selon la procédure accélérée mise en œuvre notamment pour les personnes provenant d'un pays considéré comme sûr en application des dispositions combinées du 1° de l'article L. 531-24 et de celles du 1° de l'article L. 542-2 du même code. Par suite, les moyens tirés de ce que le préfet aurait méconnu les dispositions précitées du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et le droit au maintien des requérants, doivent être écartés.

13. En sixième et dernier lieu, les requérants font valoir qu'ils sont présents sur le territoire français, avec leurs deux enfants mineurs, depuis le 21 novembre 2022. Toutefois, les intéressés, qui sont entrés récemment sur le territoire français, ne justifient pas d'une particulière intégration dans la société française. Dès lors, dans les circonstances de l'espèce, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas entaché les arrêtés attaqués d'une erreur manifeste quant à l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle des requérants.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

14. Par un arrêté du 13 mars 2023 publié au recueil administratif spécial n° 31-2023-099 le 15 mars 2023, le préfet de la Haute-Garonne a donné délégation à Mme H E, directrice des migrations et de l'intégration, en matière de police des étrangers, et notamment pour signer les mesures d'éloignement et les décisions les assortissant. Par suite, les moyens tirés de l'incompétence de l'auteur des décisions attaquées doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

15. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Il revient à l'étranger craignant d'être soumis dans son pays d'origine à des traitements contraires à ces stipulations d'apporter la preuve du risque qu'il allègue subir.

16. M. et Mme C font valoir qu'en cas de retour en Albanie, ils risquent d'être soumis à des traitements inhumains et dégradants. Ils soutiennent notamment que M. C est menacé dans son pays d'origine en raison d'une relation amoureuse qu'il a entretenue en 2008 alors qu'il était au Lycée. Toutefois, alors au demeurant que les demandes d'asile des requérants ont été rejetées par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 23 février 2023, les intéressés ne versent aucune pièce au dossier permettant de caractériser les risques qu'ils évoquent en cas de retour en Albanie. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations précitées doivent être écartés.

17. Il résulte de tout ce qui précède que M. et Mme C ne sont pas fondés à demander l'annulation des arrêtés du 1er aout 2023 par lesquels le préfet de la Haute-Garonne les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

18. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

19. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à Me Jean-Marc Djossou la somme réclamée en application des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : M. et Mme C sont admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes de M. et Mme C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et Mme A C, à Me Djossou et au préfet de la Haute-Garonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 6 octobre 2023.

Le magistrat désigné,

N. ZABKA Le greffier,

M. F

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef,

Nos 2304945, 2304946

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