vendredi 13 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2304965 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | RICCI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 15 août et 27 septembre 2023,
Mme B C, représentée par Me Ricci, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) à titre principal, d'annuler l'arrêté en date du 4 août 2023 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a retiré son attestation de demande d'asile, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer une carte de séjour temporaire au titre de l'admission exceptionnelle au séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou tout autre titre qu'il plaise à l'aune des motifs retenus ;
4°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de procéder au réexamen de sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard, et dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travailler dans un délai de
dix jours ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 800 euros à son conseil, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la part contributive de l'Etat prévue en la matière, sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique et de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
En ce qui concerne la recevabilité des deux mémoires en défense de la préfecture de la Haute-Garonne :
- ils sont irrecevables en raison de l'incompétence de leur auteur ;
En ce qui concerne la décision portant retrait de l'attestation de demande d'asile :
- elle a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle justifie de motifs exceptionnels et de circonstances humanitaires propres à militer en faveur de son maintien sur le territoire national et de nature à lui conférer le droit au séjour ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle porte atteinte à son droit de bénéficier de la carte de séjour temporaire au titre de l'admission exceptionnelle au séjour ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est privée de base légale ;
- elle est signée par une autorité incompétente ;
- elle peut prétendre au bénéfice d'une carte de séjour temporaire au titre de l'admission exceptionnelle au séjour ;
- elle justifie de motifs exceptionnels et de circonstances humanitaires propres à militer en faveur de son maintien sur le territoire national et de nature à lui conférer le droit au séjour ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :
- elle est dépourvue de base légale dans la mesure où elle est justifiée par la décision du même jour portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par deux mémoires en défense enregistrés les 5 et 29 septembre 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code des relations entre le public et l'administration,
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Zabka, conseiller, pour statuer sur les demandes présentées au titre de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Zabka,
- les observations de Me Ricci, représentant Mme C, absente, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et renonce aux moyens tirés de l'incompétence des signataires des décisions attaquées mais maintient ceux tirés de l'incompétence des signataires des deux mémoires en défense produits par le préfet de la Haute-Garonne ;
- le préfet de la Haute-Garonne n'étant ni présent ni représenté.
Une note en délibéré présentée pour Mme C a été enregistrée le
5 octobre 2023 et n'a pas été communiquée.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, ressortissante burundaise, déclare être entrée en France le
18 avril 2022 munie d'un visa Schengen valable du 16 avril 2022 au 15 mai 2022 afin de solliciter l'asile. L'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande d'asile par une décision du 30 août 2022. La Cour nationale du droit d'asile a confirmé ce rejet par une décision du 5 juin 2023. Par un arrêté du 4 août 2023, dont elle demande l'annulation au tribunal, le préfet de la Haute-Garonne lui a retiré son attestation de demande d'asile, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.
Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose que : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressée, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur la recevabilité des mémoires en défense présentés par le préfet de la Haute-Garonne :
3. La circonstance que la signataire des mémoires en défense enregistrés au nom du préfet de la Haute-Garonne les 5 et 29 septembre 2023, et tendant seulement au rejet des conclusions de la requête de Mme C, n'aurait pas disposé d'une délégation de signature régulière est sans incidence sur la solution du litige. Par suite, les écritures en défense n'ont pas à être écartées des débats.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant retrait de l'attestation de demande d'asile :
4. Aux termes de l'article L. 541-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'attestation délivrée en application de l'article L. 521-7, dès lors que la demande d'asile a été introduite auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, vaut autorisation provisoire de séjour et est renouvelable jusqu'à ce que l'office et, le cas échéant, la Cour nationale du droit d'asile statuent. ". Et aux termes des dispositions de l'article L. 542-3 du même code : " Lorsque le droit au maintien sur le territoire français a pris fin dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 ou L. 542-2, l'attestation de demande d'asile peut être refusée, retirée ou son renouvellement refusé. "
5. Il résulte des pièces du dossier, et notamment de l'extrait de l'application TelemOfpra produit en défense, dont les mentions font foi jusqu'à preuve du contraire, que la demande d'asile de la requérante a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 30 août 2022, notifiée le 26 septembre 2022 et confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile le 5 juin 2023, notifiée le 4 juillet 2023. Dès lors, en application des dispositions citées au point précédent, l'attestation de demande d'asile de l'intéressée pouvait être retirée par le préfet sur ce fondement. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation dont serait entachée la décision litigieuse ne peut qu'être écarté.
6. Il résulte de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne en date du 4 août 2023 en tant qu'il porte retrait de l'attestation de demande d'asile.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
7. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
8. Il ressort des pièces du dossier que la requérante est mère d'un enfant né le
17 juillet 2023 et que le père de cet enfant, avec qui elle justifie d'une communauté de vie notamment par la production d'une attestation de mutuelle commune, d'un justificatif de contrat de fourniture d'énergie établi à leurs deux noms et d'une attestation de la caisse d'allocations familiales de la Haute-Garonne, a le statut de réfugié en France depuis le 13 juillet 2018. Par ailleurs, si le préfet fait valoir en défense que le père de l'enfant de la requérante est marié avec une ressortissante burundaise et qu'ainsi Mme C peut seulement se prévaloir que d'une communauté de toit et non d'une communauté de vie avec lui, il ressort des extraits du Code civil burundais et en particulier de son article 160 " qu'avant d'introduire l'action en divorce, l'époux demandeur doit provoquer une réunion de conciliation " et de son article 161 que l'action en divorce est portée devant " le tribunal de résidence du domicile conjugal ", soit au Burundi et ce alors même, comme il a été dit plus haut, que le père de l'enfant de la requérante possède le statut de réfugié en France et qu'en raison de cette seule qualité, il ne peut pas se rendre dans son pays d'origine. Dans ces conditions, il doit être regardé comme établi que la cellule familiale que la requérante forme avec son enfant mineur et le père de celui-ci, n'a pas vocation à se reconstituer au Burundi et que par voie de conséquence l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français aurait pour effet de séparer l'enfant de l'un de ses parents. Par suite, Mme C est fondée à soutenir que la décision par laquelle le préfet l'a obligée à quitter le territoire français a été prise en méconnaissance des stipulations précitées de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
9. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme C est fondée à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Par voie de conséquence, la décision fixant le pays de renvoi doit également être annulée.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
10. L'annulation prononcée par le présent jugement n'implique aucune mesure d'injonction particulière. Par suite, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Ricci renonce à percevoir la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de sa cliente à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Ricci de la somme de 1 250 euros.
D E C I D E :
Article 1er : Mme C est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : L'arrêté du préfet de la Haute-Garonne en date du 4 août 2023 est annulé en tant qu'il porte obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixation du pays de renvoi.
Article 3 : Sous réserve de l'admission définitive de Mme C à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Ricci renonce à percevoir la somme correspondante à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Ricci une somme de 1 250 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, à Me Ricci et au préfet de la Haute-Garonne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 octobre 2023.
Le magistrat désigné,
N. ZABKA Le greffier,
M. A
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026