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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2304982

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2304982

jeudi 22 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2304982
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantJOUBIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, des mémoires et des pièces complémentaires, enregistrés les 16 et 28 août, 7 et 22 novembre 2023, M. B A, représenté par Me Joubin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 juillet 2023 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer le titre de séjour sollicité, ou tout autre titre de séjour auquel il aurait droit, dans un délai d'un mois suivant la notification du présent jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de procéder à tout le moins au réexamen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.

Il soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour

- elle est entachée d'un défaut de motivation en fait ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation familiale ;

- elle porte atteinte à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux ;

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité qui affecte la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité qui affecte la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation familiale ;

- elle porte atteinte à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 septembre 2023 le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par une décision du 7 février 2024, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de la justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Pétri.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen né le 17 août 1996, est entré sur le territoire français le 1er octobre 2014 muni d'un passeport revêtu d'un visa de long séjour " étudiant " valant titre de séjour valable du 27 septembre 2014 au 27 septembre 2015, puis a disposé d'une carte de séjour temporaire d'un an portant la mention " étudiant " valable du 1er octobre 2015 au 30 septembre 2016. Il a ensuite sollicité le renouvellement de son titre de séjour le 5 septembre 2016. Par un arrêté du 21 février 2017, le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français. Cet arrêté a été annulé par un jugement du tribunal administratif de Toulouse en date du 26 décembre 2017. En conséquence, l'autorité préfectorale compétente lui a délivré une carte de séjour temporaire d'un an portant la mention " étudiant " à compter du 10 janvier 2018, régulièrement renouvelée jusqu'au 22 novembre 2019, et une carte de séjour pluriannuelle valable jusqu'au 22 novembre 2019. M. A a sollicité le renouvellement de son titre de séjour le 9 juin 2022. Par un arrêté du 24 juillet 2023, le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a déterminé le pays de destination. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police. ". Selon l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

3. La décision portant refus de titre de séjour vise notamment l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle fait, en outre, état d'éléments précis et circonstanciés relatifs à la situation de M. A, en particulier son parcours depuis son entrée en France, ses liens personnels et familiaux, ou encore le fait que l'intéressé ait présenté des documents frauduleux relatifs à ses études. Dès lors que la décision litigieuse comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde, elle doit être regardée comme suffisamment motivée.

4. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point précédent que le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Haute-Garonne n'aurait pas pris en compte sa situation. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen réel et sérieux doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. ".

6. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de la situation familiale de M. A est inopérant au titre de la contestation du refus de renouvellement d'un titre de séjour en qualité d'étudiant, qui résulte de la seule appréciation de la réalité et du sérieux des études poursuivies. Il doit par suite être écarté.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

8. Le moyen tiré de l'atteinte portée à ces stipulations doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux retenus au point 6.

9. Il résulte de ce qui précède que M. A, qui au demeurant ne conteste pas l'absence de caractère réel et sérieux de ses études, n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant ".

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu, selon l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour () ". Selon l'article L. 613-1 de ce même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués. ".

11. Il résulte des dispositions citées au point précédent que, si elles imposent de motiver l'obligation de quitter le territoire français, elles la dispensent d'une motivation spécifique en cas de refus de titre de séjour. Dans cette hypothèse, la motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français se confond avec celle du refus de titre de séjour dont elle découle nécessairement et n'implique pas, dès lors que ce refus est lui-même motivé et que les dispositions législatives qui permettent d'assortir ledit refus d'une obligation de quitter le territoire français ont été rappelées, une motivation particulière.

12. Il résulte de ce qui a été dit au point 3 que la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être regardée comme suffisamment motivée, compte tenu du caractère suffisant de la motivation de la décision portant refus de titre de séjour.

13. En second lieu, M. A se prévaut de son arrivée en France au cours de l'année 2014, de son séjour régulier depuis lors, de son intégration, de la présence sur le territoire de sa mère et de sa sœur, de nationalité française, ainsi que du décès de son père en 2003. Toutefois, ainsi qu'il a été rappelé au point 1, M. A a séjourné sur le territoire français sous couvert de titres de séjour portant la mention " étudiant ", ne lui donnant pas vocation à s'installer durablement en France. En outre, lors de l'examen de sa demande de renouvellement de titre de séjour en qualité d'étudiant, l'autorité préfectorale a établi que les pièces justificatives présentées par l'intéressé, relatives à sa scolarité, étaient frauduleuses. Au terme des années de présence en France en qualité d'étudiant, M. A n'a obtenu aucun diplôme et ne se prévaut d'aucun projet professionnel cohérent. Par ailleurs, le requérant a fait l'objet de condamnations pénales le 11 mai 2018 pour conduite d'un véhicule en ayant fait usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants et le 13 janvier 2020 pour récidive de conduite d'un véhicule en ayant fait usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants et conduite d'un véhicule à moteur malgré une suspension administrative ou judiciaire du permis de conduire. Dans ces conditions, et alors qu'il est célibataire et sans charge de famille et ne démontre pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de 18 ans, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français en litige est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

14. En premier lieu, il résulte des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, citées au point 10, que les motifs de la décision relative au délai de départ volontaire doivent être indiqués.

15. En l'espèce, après avoir mentionné l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui prévoit un délai de départ volontaire de trente jours susceptible d'être rallongé au vu de circonstances particulières, la décision attaquée indique que le requérant ne fait état d'aucune circonstance justifiant l'octroi d'un délai supérieur à trente jours. Dès lors qu'elle énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde, la décision fixant le délai de départ volontaire doit être regardée comme suffisamment motivée.

16. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point précédent que le préfet de la Haute-Garonne n'a pas entaché sa décision d'un défaut d'examen réel et sérieux de la situation de M. A.

17. En troisième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 10 à 13 que M. A n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français à l'encontre de la décision fixant le délai de départ volontaire.

18. En dernier lieu, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux retenus au point 13, étant précisé que si le requérant se prévaut de ce que sa situation aurait dû conduire l'autorité préfectorale à " considérer l'ensemble des diligences, notamment au niveau médical, que nécessiterait un retour en Guinée ", il n'apporte toutefois aucune précision ni pièce relative à cette allégation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

19. En premier lieu, la décision attaquée vise l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et mentionne la circonstance que le requérant n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à cet article en cas de retour dans son pays d'origine, au vu notamment de l'absence de demande de protection internationale. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision fixant le pays de destination doit être écarté.

20. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point précédent que le préfet de la Haute-Garonne n'a pas entaché sa décision d'un défaut d'examen réel et sérieux de la situation de M. A.

21. En troisième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 10 à 13 que M. A n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français à l'encontre de la décision fixant le pays de destination.

22. En dernier lieu, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux retenus au point 13.

23. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles aux fins d'injonction sous astreinte ainsi que celles relatives aux frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Joubin et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 24 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Carotenuto, présidente,

M. Hecht, premier conseiller,

Mme Pétri, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 février 2024.

La rapporteure,

M. PETRI

La présidente,

S. CAROTENUTOLa greffière,

F. LE GUIELLAN

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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