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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2305164

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2305164

vendredi 12 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2305164
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantSCHOENACKER ROSSI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 août 2023, M. B D, représenté par Me Schoenacker Rossi, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 25 juillet 2023 par lequel le préfet de Tarn-et-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

3°) d'enjoindre au préfet de Tarn-et-Garonne, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 2 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- la décision de refus de séjour est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation au regard de l'application de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les articles 5, 7, 9 et 10 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est privée de base légale car fondée sur une décision de refus de séjour elle-même illégale ;

- elle méconnaît les articles 5, 7, 9 et 10 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le délai de départ volontaire est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 mai 2024, le préfet de Tarn-et-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par une ordonnance du 23 mai 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 6 juin 2024.

M. D a été admis à l'aide juridictionnelle totale par décision du 6 décembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code pénal ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Michel a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B D, ressortissant tunisien né le 28 novembre 2000, a déclaré être entré en France le 31 décembre 2019. Il a sollicité le 17 avril 2023 son admission au séjour sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en qualité de parent d'un enfant français. Par un arrêté du 25 juillet 2023, le préfet de Tarn-et-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. M. D demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle :

2. Par une décision du 6 décembre 2023, M. D a été admis à l'aide juridictionnelle totale. Par suite, les conclusions tendant à son admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire ont perdu leur objet. Il n'y a pas lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs :

3. En premier lieu, l'arrêté litigieux du 25 juillet 2023 est signé de M. A C, sous-préfet assurant les fonctions de secrétaire général adjoint de la préfecture de Tarn-et-Garonne, qui bénéficiait d'une délégation de signature pour tous les actes relatifs au séjour et à la police des étrangers, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme Catherine Fourcherot, secrétaire générale de la préfecture, en vertu de l'arrêté préfectoral du 11 avril 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs. Il ressort des pièces du dossier que Mme E était absente à la date de l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / () ". Aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour () ".

5. L'arrêté contesté, qui vise les textes dont il fait application, notamment les articles L. 423-7, L. 611-1, L. 611-3 et L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, mentionne les principaux éléments de la situation personnelle de M. D, en particulier la naissance de son enfant français le 31 octobre 2021, et expose les raisons pour lesquelles le préfet de Tarn-et-Garonne a considéré qu'il ne remplissait pas les conditions pour bénéficier d'un droit au séjour. Si le requérant soutient que le préfet aurait à tort retenu qu'il était célibataire alors qu'il vit en concubinage, cette circonstance à la supposer même établie a trait au bien-fondé de l'arrêté attaqué et est sans incidence sur le caractère suffisant de sa motivation. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.

En ce qui concerne la décision de refus de séjour :

6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La peine d'interdiction du territoire français susceptible d'être prononcée contre un étranger coupable d'un crime ou d'un délit est régie par les dispositions des articles 131-30, 131-30-1 et 131-30-2 du code pénal () ". Aux termes de l'article 131-30 du code pénal : " () L'interdiction du territoire entraîne de plein droit la reconduite du condamné à la frontière, le cas échéant, à l'expiration de sa peine d'emprisonnement ou de réclusion. () ".

7. Il ressort des pièces du dossier que M. D, condamné par un jugement, devenu définitif, du tribunal correctionnel de Toulouse en date du 5 mars 2020 à une interdiction du territoire d'une durée de cinq ans, ne peut être légalement autorisé à séjourner en France jusqu'au terme de cette interdiction. Si une demande de relèvement de cette interdiction a été présentée par l'intéressé le 14 novembre 2022 et le 12 avril 2023, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'une décision de relèvement de la peine d'interdiction judiciaire du territoire prononcée à son encontre aurait été prise à la date de la décision attaquée. Dans ces conditions, le préfet de Tarn-et-Garonne était tenu de rejeter la demande de titre de séjour présentée par M. D. Par suite, le requérant ne peut utilement invoquer la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des articles 5, 7, 9 et 10 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, la décision portant refus de séjour n'étant pas illégale, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait, par voie de conséquence, illégale doit être écarté.

9. En deuxième lieu, aux termes de l'article 5 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Les Etats parties respectent la responsabilité, le droit et le devoir qu'ont les parents ou, le cas échéant, les membres de la famille élargie ou de la communauté, comme prévu par la coutume locale, les tuteurs ou autres personnes légalement responsables de l'enfant, de donner à celui-ci, d'une manière qui corresponde au développement de ses capacités, l'orientation et les conseils appropriés à l'exercice des droits que lui reconnaît la présente Convention. ". Aux termes de l'article 7 de la même convention : " 1. L'enfant est enregistré aussitôt sa naissance et a dès celle-ci le droit à un nom, le droit d'acquérir une nationalité et, dans la mesure du possible, le droit de connaître ses parents et d'être élevé par eux. () ". Aux termes de l'article 9 de la même convention : " 1. Les Etats parties veillent à ce que l'enfant ne soit pas séparé de ses parents contre leur gré, à moins que les autorités compétentes ne décident, sous réserve de révision judiciaire et conformément aux lois et procédures applicables, que cette séparation est nécessaire dans l'intérêt supérieur de l'enfant. Une décision en ce sens peut être nécessaire dans certains cas particuliers, par exemple lorsque les parents maltraitent ou négligent l'enfant, ou lorsqu'ils vivent séparément et qu'une décision doit être prise au sujet du lieu de résidence de l'enfant. () ". Aux termes de l'article 10 de la même convention : " 1. Conformément à l'obligation incombant aux Etats parties en vertu du paragraphe 1 de l'article 9, toute demande faite par un enfant ou ses parents en vue d'entrer dans un Etat partie ou de le quitter aux fins de réunification familiale est considérée par les Etats parties dans un esprit positif, avec humanité et diligence. () ".

10. Le requérant ne démontre pas qu'il contribuerait de manière effective à l'entretien et à l'éducation de son enfant en se bornant à produire une attestation rédigée par sa compagne. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées des articles 5,7,9 et 10 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté.

11. En troisième lieu, si M. D justifie de la réalité de son concubinage en produisant une attestation émanant de sa compagne en date du 15 juillet 2022 ainsi que des courriers et factures d'électricité adressés à leurs deux noms et à une adresse commune, dont les plus anciens datent de juin 2023, ce concubinage est très récent à la date de l'arrêté attaqué. Il ressort de ce qui a été dit précédemment qu'il ne démontre contribuer de manière effective à l'entretien et à l'éducation de son enfant. En outre, il ressort des pièces du dossier qu'il n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où résident ses parents, son frère et sa sœur. Par ailleurs, après avoir exécuté sa peine d'emprisonnement, il a quitté la France pour rejoindre l'Espagne le 15 juin 2020 mais est revenu sur le territoire français et y séjourne depuis lors en méconnaissance de la peine d'interdiction judiciaire du territoire français d'une durée de cinq ans qui a été prononcée à son encontre le 5 mars 2020 et qui est toujours valable. Par suite, le préfet de Tarn-et-Garonne n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

12. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. (.) ". Aux termes de l'article L. 541-2 du même code : " Il ne peut être fait droit à une demande de relèvement d'une interdiction du territoire que si le ressortissant étranger réside hors de France. / Toutefois, cette disposition ne s'applique pas : / 1° Pendant le temps où le ressortissant étranger subit en France une peine d'emprisonnement ferme ; / 2° Lorsque l'étranger fait l'objet d'un arrêté d'assignation à résidence pris en application des articles L. 513-4, L. 523-3, L. 523-4 ou L. 523-5. "

13. Eu égard à ce qui a été dit précédemment au point 11, il ne ressort pas des pièces du dossier que la situation personnelle de M. D justifierait, à titre exceptionnel, qu'un délai supérieur à un mois lui soit accordé pour quitter le territoire français en application des dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. A cet égard, la circonstance que l'intéressé aurait présenté une demande de relèvement de sa peine d'interdiction du territoire français ne saurait suffire à justifier l'octroi d'un délai supérieur à un mois dès lors, d'une part, qu'il ressort des pièces du dossier qu'une précédente demande en ce sens avait déjà été présentée en 2022 et n'avait pas abouti et, d'autre part, que l'intéressé a peu de chances d'obtenir le relèvement sollicité au regard des conditions prévues à l'article L. 541-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans la mesure où il est présent sur le territoire français. Par suite, le préfet de Tarn-et-Garonne n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en lui octroyant le délai de départ volontaire de droit commun de trente jours.

Sur les autres conclusions :

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 25 juillet 2023 doivent être rejetées. Par suite, les conclusions à fin d'injonction ainsi que les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être également rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'admission provisoire de M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B D, au préfet de Tarn-et-Garonne et à Me Schoenacker Rossi.

Délibéré après l'audience du 28 juin 2024 à laquelle siégeaient :

M. Coutier, président,

M. Gueguein, premier conseiller,

Mme Michel, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2024.

La rapporteure,

L. MICHEL

Le président,

B. COUTIER

Le greffier,

B. ROETS

La République mande et ordonne au préfet de Tarn-et-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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