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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2305235

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2305235

jeudi 16 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2305235
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantPINSON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 août 2023, Mme G C, représentée par

Me Pinson, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 28 juillet 2023 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé son admission au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 200 euros à son conseil, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle.

Elle doit être regardée comme soutenant que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

- elles ont été signées par une autorité incompétente ;

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour et la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elles sont entachées d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elles sont entachée d'une erreur manifeste d'appréciation

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :

- elle est privée de base légale.

Par un mémoire en défense enregistré le 2 octobre 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant,

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Le Fiblec, premier conseiller, pour statuer sur les demandes présentées au titre de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Le Fiblec,

- les observations de Me Pinson, représentant Mme C, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens,

- les observations Mme C, assistée de M. E B, interprète en langue anglaise, qui répond aux questions du magistrat désigné,

- le préfet de la Haute-Garonne n'étant ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante nigériane, née le 3 février 1998 à Benin City (Nigéria), déclare être entrée sur le territoire français le 12 novembre 2019. Elle a sollicité son admission au bénéfice de l'asile le 29 novembre 2019. L'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande d'asile par une décision du 27 octobre 2021, laquelle a été confirmée par la Cour nationale du droit d'asile par une décision du 17 mars 2022. L'intéressée a sollicité le réexamen de sa demande d'asile le 6 décembre 2022. L'Office français de protection des réfugiés et apatrides a déclaré sa demande de réexamen irrecevable le 9 décembre 2022. La Cour nationale du droit d'asile a confirmé cette décision d'irrecevabilité par une ordonnance du 21 avril 2023. Par ailleurs, l'intéressée a également sollicité le 25 mai 2022 son admission au séjour pour motifs humanitaires, en qualité de victime de proxénétisme, sur le fondement de l'article L. 425-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté en date du 28 juillet 2023, le préfet de la Haute-Garonne a refusé son admission au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose que : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de

Mme C, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'ensemble de l'arrêté attaqué :

3. Par un arrêté du 13 mars 2023 publié le 15 mars 2023 au recueil administratif spécial n° 31-2023-099, le préfet de la Haute-Garonne a donné délégation à Mme H F, directrice des migrations et de l'intégration et, en son absence ou en cas d'empêchement, à

Mme I D, adjointe à la directrice des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer les mesures d'éloignement et les décisions les assortissant. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des décisions attaquées doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour et la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, il ne ressort ni des termes l'arrêté attaqué, ni des pièces du dossier, que le préfet n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation de la requérante.

Le moyen d'erreur de droit invoqué sur ce point doit être écarté.

5. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes des stipulations de l'article 3 paragraphe 1 de la convention relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale "

6. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que la procédure ouverte à la suite de la plainte déposée par Mme C le 4 avril 2022 pour des faits de proxénétisme aggravé commis en bande organisée a été clôturée en raison d'un classement sans suite, dont le procureur de la République a informé les services de la préfecture le 19 mars 2023. Ainsi, à supposer même que la requérante n'ait pas été avisée de cette décision de classement sans suite comme le prévoit pourtant l'article 40-2 du code de procédure pénale, la procédure qu'elle a engagée n'était plus en cours à la date du 28 juillet 2023 à laquelle le préfet de la Haute-Garonne a statué sur sa demande de titre de séjour. Par ailleurs, si Mme C se prévaut de son séjour sur le territoire français depuis quatre ans, de la naissance et de la scolarisation à venir de sa fille en France, de ce qu'elle est enceinte de son deuxième enfant et de la présence en France du père de ses enfants, ainsi que de sa participation à des cours de français langue étrangère et de son suivi d'une formation de cuisine, de tels éléments ne suffisent pas à établir qu'elle aurait fixé le centre de ses intérêts privés en France, alors que, selon ses déclarations à l'audience, elle est célibataire, et que le père de ses enfants, M. A, a fait également l'objet d'une mesure d'éloignement édictée par le préfet de la Haute-Garonne le 28 juillet 2023, de sorte que rien ne fait obstacle à ce que la cellule familiale, composée de son enfant mineur et du père de ce dernier, tous ressortissants nigérians, se reconstitue hors de France et en particulier dans leur pays d'origine. En outre, rien ne démontre que la fille de la requérante ne pourrait pas poursuivre sa scolarité dans des conditions équivalentes dans ce pays. Enfin, Mme C n'établit pas être dépourvue d'attaches familiales au Nigéria. Dans ces conditions, le préfet n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis par la décision en litige. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et de ce que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :

7. Il résulte de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à soutenir que la décision fixant le pays de destination serait illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

8. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 28 juillet 2023 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé son admission au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à Me Pinson la somme réclamée en application des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du

10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme G C, à Me Pinson et au préfet de la Haute-Garonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 novembre 2023.

Le magistrat désigné,

B. LE FIBLEC La greffière,

L. FRANCO

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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