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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2305265

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2305265

vendredi 14 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2305265
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantMAZEAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 31 août et 20 décembre 2023, Mme A C épouse D, représentée par Me Mazeas, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 août 2023 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler et exercer son activité dans un délai de sept jours à compter de la décision à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un certificat de résidence algérien dans un délai de deux mois à compter de la décision à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande dans un délai de deux mois à compter de la décision à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision de refus de séjour est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- le préfet a commis une erreur de droit au regard de l'alinéa 1 de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;

- elle a sollicité la délivrance d'un certificat de résidence algérien sur le fondement des dispositions de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien mais sa demande n'a pas été examinée sur ce fondement ;

- la décision de refus de séjour méconnaît l'article 6-5 de l'accord franco-algérien ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 1er décembre 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par une ordonnance du 15 janvier 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 5 février 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Michel,

- et les observations de Me Mazeas, avocat de Mme C épouse D.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A C épouse D, ressortissante algérienne née le 25 octobre 1983, est entrée en France le 8 septembre 2008 muni d'un visa de long séjour valable du 25 août 2008 au 23 novembre 2008. Elle a ensuite bénéficié à compter du 4 novembre 2008 d'un certificat de résidence d'un an mention " étudiant ", régulièrement renouvelé jusqu'au 3 novembre 2012. Elle a sollicité le 15 novembre 2012 le renouvellement de son titre de séjour mais sa demande a fait l'objet d'un arrêté du préfet des Hauts-de-Seine du 12 mars 2013 portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français. Elle a sollicité le 16 mars 2021 la délivrance d'un titre de séjour. Par un arrêté du 4 août 2023, le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Mme C épouse D demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les dispositions du présent article ainsi que celles des deux articles suivants, fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française. / Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / 1) au ressortissant algérien, qui justifie par tout moyen résider en France depuis plus de dix ans ou plus de quinze ans si, au cours de cette période, il a séjourné en qualité d'étudiant ; () ". Aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : () 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1 ; () ". Aux termes de l'article L. 435-1 du même code : " () Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. () ".

3. Pour refuser de lui délivrer un certificat de résidence d'un an sur le fondement du 1) de l'article 6 de l'accord franco-algérien, le préfet de la Haute-Garonne a opposé la circonstance que l'époux de Mme C aurait séjourné en France sous couvert de certificats de résidence obtenus frauduleusement entre 2018 et 2022, qu'elle se maintient en situation irrégulière depuis plus de dix ans après avoir fait l'objet d'une mesure d'éloignement en avril 2013, que son conjoint a fait l'objet d'une mesure d'éloignement similaire pour fraude et qu'elle ne démontre pas avoir créé sur le territoire national des liens personnels et familiaux justifiant sa régularisation. Toutefois, les stipulations précitées du 1) de l'article 6 de l'accord franco-algérien subordonnent la délivrance du certificat de résidence d'un an à la seule condition d'une résidence habituelle en France depuis plus de dix ans ou plus de quinze ans si, au cours de cette période, le ressortissant algérien a séjourné en qualité d'étudiant. Ainsi, le préfet de la Haute-Garonne ne pouvait, sans commettre d'erreur de droit, opposer de tels motifs, notamment ceux tirés de l'irrégularité du séjour de l'intéressée et de la fraude prétendument commise par son époux, étrangers à la durée de résidence habituelle en France de Mme C épouse D. A cet égard, le préfet reconnaît lui-même que cette dernière est présente de manière habituelle sur le territoire français depuis plus de dix ans dans la mesure où il a saisi la commission du titre de séjour dans les conditions prévues par les dispositions précitées des articles L. 432-13 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, la requérante est fondée à soutenir qu'elle remplissait les conditions pour se voir délivrer un certificat de résidence d'un an sur le fondement des stipulations précitées du 1) de l'article 6 de l'accord franco-algérien.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens, que Mme C épouse D est fondée à demander l'annulation de la décision du 4 août 2023 par laquelle le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour. L'annulation de la décision portant refus de titre de séjour entraîne, par voie de conséquence, l'annulation de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français et de celle fixant le pays de renvoi.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

5. L'annulation de l'arrêté attaqué implique nécessairement, sous réserve de l'absence de changements de circonstances de droit ou de fait y faisant obstacle, qu'un certificat de résidence d'un an mention " vie privée et familiale " soit délivré à la requérante sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer ce certificat de résidence dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 250 euros au titre des frais exposés par Mme C épouse D et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de la Haute-Garonne en date du 4 août 2023 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Haute-Garonne de délivrer à Mme C épouseDm un certificat de résidence d'un an mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Mme C épouseDm une somme de 1 250 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C épouseDm et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 31 mai 2024 à laquelle siégeaient :

M. Coutier, président,

Mme B, magistrate honoraire,

Mme Michel, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 juin 2024.

La rapporteure,

L. MICHEL

Le président,

B. COUTIER

Le greffier,

B. ROETS

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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