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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2305398

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2305398

jeudi 14 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2305398
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantMERCIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et une pièce enregistrées les 7 et 12 septembre 2023, M. C A, représenté par Me Mercier, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté en date du 5 septembre 2023 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a prononcé son transfert aux autorités allemandes et l'arrêté du même jour par lequel il l'a assigné à résidence ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne d'enregistrer sa demande d'asile et de lui délivrer une attestation de demande d'asile en procédure normale, dans le délai de vingt-quatre heures à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, à tout le moins, de procéder au réexamen de sa demande ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros à son conseil, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle, et dans l'hypothèse où il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle, le versement de cette même somme sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté portant transfert aux autorités allemandes :

- il est entaché d'un défaut de motivation ;

- il est entaché d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- il est entaché de vice de procédure et méconnaît les dispositions de l'article 4 du règlement n° 604/2013 ;

- il est entaché de vice de procédure et méconnaît les dispositions de l'article 5 du règlement n° 604/2013 ;

- il est entaché d'une erreur de droit au regard de l'article 17 du règlement n° 604/2013 en ce que le préfet s'est estimé lié par la seule circonstance que sa demande d'asile semblait relever de la compétence des autorités allemandes ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions des articles 17.1 et 17.2 du règlement n° 604/2013 ;

En ce qui concerne l'arrêté portant assignation à résidence :

- il est entaché d'un défaut de motivation ;

- il est entaché d'un défaut de base légale en raison de l'illégalité de l'arrêté portant transfert aux autorités allemandes ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 septembre 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013,

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Zabka, conseiller, pour statuer sur les demandes présentées au titre de l'article L. 572-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Zabka,

- les observations de Me Mercier, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins et précise le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 4 du règlement n° 604/2013 en ce que le requérant ne parle que le malinké, que les brochures lui ont été remises en français et traduites oralement par le truchement d'un interprète en malinké, que l'ensemble des informations n'a pu ainsi lui être donné en vingt minutes d'entretien. Elle soulève un moyen nouveau tiré de la méconnaissance de l'article 23.2 du règlement n° 604/2013 dès lors que le préfet ne démontre pas le respect des délais de saisine des autorités allemandes. Alors qu'il est constant que le requérant est arrivé en France durant l'année 2019. En outre, le préfet, qui ne produit pas l'entier relevé Eurodac, ne démontre pas davantage que la requête aux fins de reprise en charge a été formulée dans un délai de deux mois à compter de la réception du résultat positif Eurodac. À défaut de produire un relevé Eurodac complet, il en résulte une méconnaissance des paragraphes 1 et 2 des dispositions de l'article 9 du règlement n° 603/2013, des dispositions de l'article 11 et de l'article 25 du règlement n° 603/2013 en ce que le préfet n'apporte pas la preuve de la correspondance entre les différentes empreintes récoltées, et qu'ainsi les autorités allemandes n'ont pas été à même de vérifier l'exactitude des éléments transmis. Elle soulève un moyen nouveau tiré de la méconnaissance des articles 24.2 et 24.5 du règlement n° 604/2013 en ce que la preuve de la saisine des autorités allemandes par les autorités françaises dans les délais prescrits n'est pas rapportée. Enfin, elle soutient que la décision portant assignation à résidence est entachée d'une erreur de fait et d'un défaut d'examen de sa situation personnelle dès lors qu'il est assigné à résidence dans le Tarn-et-Garonne alors même qu'il réside à Cahors, dans le Lot.

- les observations de M. A, assisté de M. B, interprète en malinké, qui répond aux questions du magistrat désigné,

- le préfet de la Haute-Garonne n'étant ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen, déclare être entré irrégulièrement sur le territoire français le 3 mai 2019. Il s'est présenté à la préfecture de la Haute-Garonne le 11 mai 2023 afin de solliciter l'asile en France. Le relevé de ses empreintes décadactylaires a révélé qu'il avait déposé une demande similaire en Italie le 2 décembre 2016 et en Allemagne le 12 avril 2019. Les autorités italiennes ont été saisies le 25 mai 2023 d'une demande de reprise en charge en application de l'article 18.1 b) du règlement (UE) n° 604/2013 et ont fait connaître leur refus le 5 juin 2023. Les autorités allemandes ont été saisies le 25 mai 2023 d'une demande de reprise en charge en application de l'article 18.1 b) du règlement (UE) n° 604/2013 et ont fait connaître leur accord le 30 mai 2023 sur la base du d) de ce même article. Le préfet de la Haute-Garonne a, par deux arrêtés du 25 juillet 2023 qui ont été annulés par un jugement du tribunal de céans en date du 3 août 2023, prononcé le transfert de l'intéressé aux autorités allemandes et l'a assigné à résidence. Par deux arrêtés du 5 septembre 2023, le préfet de la Haute-Garonne a décidé du transfert de M. A aux autorités allemandes et l'a assigné à résidence dans le département de Tarn-et-Garonne pour une durée de quarante-cinq jours. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler ces deux arrêtés.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose que : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressé, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté portant transfert aux autorités allemandes :

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 et mentionne les circonstances de fait qui justifient le transfert du requérant aux autorités allemandes au regard de ce règlement. Dans ces conditions, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation manque en fait et doit, par suite, être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un État membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement, et notamment : / a) des objectifs du présent règlement et des conséquences de la présentation d'une autre demande dans un État membre différent ainsi que des conséquences du passage d'un État membre à un autre pendant les phases au cours desquelles l'État membre responsable en vertu du présent règlement est déterminé et la demande de protection internationale est examinée ; / b) des critères de détermination de l'État membre responsable, de la hiérarchie de ces critères au cours des différentes étapes de la procédure et de leur durée, y compris du fait qu'une demande de protection internationale introduite dans un État membre peut mener à la désignation de cet État membre comme responsable en vertu du présent règlement même si cette responsabilité n 'est pas fondée sur ces critères ; / c) de l'entretien individuel en vertu de l'article 5 et de la possibilité de fournir des informations sur la présence de membres de la famille, de proches ou de tout autre parent dans les États membres, y compris des moyens par lesquels le demandeur peut fournir ces informations ; / d) de la possibilité de contester une décision de transfert et, le cas échéant, de demander une suspension du transfert ; / e) du fait que les autorités compétentes des États membres peuvent échanger des données le concernant aux seules fins d'exécuter leurs obligations découlant du présent règlement ; / f) de l'existence du droit d'accès aux données le concernant et du droit de demander que ces données soient rectifiées si elles sont inexactes ou supprimées si elles ont fait l'objet d'un traitement illicite, ainsi que des procédures à suivre pour exercer ces droits, y compris des coordonnées des autorités visées à l'article 35 et des autorités nationales chargées de la protection des données qui sont compétentes pour examiner les réclamations relatives à la protection des données à caractère personnel. / 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les États membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet en vertu du paragraphe 3 () ".

5. Il résulte des dispositions précitées de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du

26 juin 2013 que le demandeur d'asile auquel l'administration entend faire application de ce règlement doit se voir remettre l'ensemble des éléments prévus au paragraphe 1 de l'article 4 du règlement, en temps utile pour lui permettre de faire valoir ses observations, c'est-à-dire au plus tard lors de l'entretien prévu par les dispositions de l'article 5 du même règlement, lequel doit notamment permettre de s'assurer qu'il a compris correctement ces informations. Eu égard à la nature de ces informations, la remise par l'autorité administrative de la brochure prévue par le paragraphe 2 de l'article 4 du règlement constitue une garantie pour le demandeur d'asile.

6. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. A s'est vu remettre, lors de l'entretien individuel qui s'est tenu à la préfecture de la Haute-Garonne le 11 mai 2023, les deux fascicules constituant la brochure commune mentionnée au paragraphe 2 de l'article 4 du règlement précité, à savoir le fascicule A intitulé " J'ai demandé l'asile dans l'Union européenne - quel pays sera responsable de l'analyse de ma demande ' " et le fascicule B intitulé " Je suis sous procédure Dublin - qu'est-ce que cela signifie ' ", dans lesquels se trouvent l'ensemble des informations énumérées au paragraphe 1 de l'article 4 du règlement. L'ensemble de ces documents étaient rédigés en langue française et ont été traduits à l'oral en malinké, langue que l'intéressé a déclaré comprendre. Le résumé de l'entretien, produit par l'administration précise par ailleurs que le requérant a été informé de la procédure engagée à son encontre et ne fait apparaître aucune difficulté de compréhension ou de communication entre l'intéressé et l'agent de la préfecture ayant conduit cet entretien. Enfin, si M. A soutient que l'entretien n'a duré que vingt minutes, il n'apparaît pas que cette durée aurait été insuffisante pour lui fournir les éléments requis sur la procédure de détermination de l'Etat membre responsable de sa demande d'asile. Il s'ensuit que l'intéressé n'a pas été privé des garanties prévues par l'article 4 du règlement précité. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. / () 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les États membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel. / 5. L'entretien individuel () est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. / 6. L'État membre qui mène l'entretien individuel rédige un résumé qui contient au moins les principales informations fournies par le demandeur lors de l'entretien. () L'État membre veille à ce que le demandeur et/ou le conseil juridique ou un autre conseiller qui représente le demandeur ait accès en temps utile au résumé ".

8. Il ressort des pièces du dossier que le requérant a été reçu en entretien le 11 mai 2023. Le procès-verbal de cet entretien mentionne que celui-ci a été mené par un agent qualifié de la préfecture de la Haute-Garonne par le truchement d'un interprète d'ISM interprétariat en malinké qu'il a déclaré comprendre, et il en ressort que le requérant a pu présenter, lors de cet entretien, toutes les observations pertinentes sur son itinéraire et sa situation personnelle. Le moyen tiré de ce que la décision portant transfert édictée par le préfet de la Haute-Garonne méconnaîtrait les dispositions de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit donc être écarté.

9. En quatrième lieu, d'une part, aux termes de l'article 23 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Lorsqu'un Etat membre auprès duquel une personne visée à l'article 18, paragraphe 1, point b), c) ou d), a introduit une nouvelle demande de protection internationale estime qu'un autre Etat membre est responsable conformément à l'article 20, paragraphe 5, et à l'article 18, paragraphe 1, point b), c) ou d), il peut requérir cet autre Etat membre aux fins de reprise en charge de cette personne. / 2. Une requête aux fins de reprise en charge est formulée aussi rapidement que possible et, en tout état de cause, dans un délai de deux mois à compter de la réception du résultat positif Eurodac (" hit "), en vertu de l'article 9 paragraphe 5, du règlement (UE) n° 603/2013. / Si la requête aux fins de reprise en charge est fondée sur des éléments de preuve autres que des données obtenues par le système Eurodac, elle est envoyée à l'État membre requis dans un délai de trois mois à compter de la date d'introduction de la demande de protection internationale au sens de l'article 20, paragraphe 2. ". Aux termes de l'article 9 du règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 : " 1. Chaque État membre relève sans tarder l'empreinte digitale de tous les doigts de chaque demandeur d'une protection internationale âgé de 14 ans au moins et la transmet au système central dès que possible et au plus tard 72 heures suivant l'introduction de la demande de protection internationale telle que définie à l'article 20, paragraphe 2, du règlement (UE) no 604/2013, accompagnée des données visées à l'article 11, points b) à g) du présent règlement. / Le non-respect du délai de 72 heures n'exonère pas les États membres de l'obligation de relever et de transmettre les empreintes digitales au système central. () ". En application de l'article 11 de ce règlement : " Seules sont enregistrées dans le système central les données suivantes : () b) État membre d'origine, lieu et date de la demande de protection internationale ; dans les cas visés à l'article 10, point b), la date de la demande est la date saisie par l'État membre qui a procédé au transfert du demandeur ; / c) sexe ; / d) numéro de référence attribué par l'État membre d'origine ; / e) date à laquelle les empreintes ont été relevées ; / f) date à laquelle les données ont été transmises au système central ; / g) code d'identification de l'opérateur ; () ".

10. Il résulte des dispositions de l'article 11 du règlement (UE) n° 603/2013 recensant les données enregistrées dans le système Eurodac qu'une personne y est identifiée non pas par son identité mais par le numéro de référence attribué par l'Etat membre où ses empreintes ont été prises à l'origine. L'article 24 de ce règlement précise que, dans ce numéro de référence, le chiffre suivant la ou les lettres d'identification désignant l'Etat membre indique la catégorie de personne ou de demande. Il résulte de l'application combinée de cet article et des articles 9 et 14 du même règlement que le chiffre " 1 " désigne les demandeurs de protection internationale et le chiffre " 2 " désigne les personnes interpellées lors du franchissement irrégulier d'une frontière en provenance d'un pays tiers.

11. D'autre part, aux termes de l'article 25 du règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 : " () Le système central procède aux comparaisons en suivant l'ordre dans lequel les demandes lui parviennent. Chaque demande est traitée dans les 24 heures. Un État membre peut demander, pour des motifs relevant de son droit national, que des comparaisons particulièrement urgentes soient effectuées dans l'heure. Si ces délais ne peuvent être respectés pour des raisons qui échappent à la responsabilité de l'agence, le système central traite en priorité les demandes dès que ces raisons ont disparu. En pareil cas, dans la mesure où cela est nécessaire pour le bon fonctionnement du système central, l'agence établit des critères en vue de garantir le traitement prioritaire des demandes. () 4. Le résultat de la comparaison est immédiatement vérifié dans l'État membre de réception par un expert en empreintes digitales au sens de ses règles nationales, qui est spécialement formé pour effectuer les types de comparaison d'empreintes digitales prévus dans le présent règlement. () ". Cette vérification, qui a pour objet de garantir la détermination exacte de l'Etat responsable de l'examen de la demande d'asile, constitue pour les Etats membres une obligation. Toutefois, cette obligation a pour seul objet de garantir la fiabilité des résultats de la comparaison, de sorte que sa méconnaissance ne saurait affecter la régularité de la procédure suivie lorsque la fiabilité des informations issues de la comparaison n'est pas sérieusement critiquée.

12. En l'espèce, d'une part, il ressort des pièces du dossier et notamment d'un document émanant de la direction générale des étrangers en France du 11 mai 2023 que les recherches effectuées sur le fichier européen Eurodac à partir du relevé décadactylaire de M. A ont permis de constater que les empreintes de l'intéressé sont identiques à celles relevées le 2 décembre 2016 par les autorités italiennes sous le numéro IT 1 BN00F87 et à celles relevées le 12 avril 2019 par les autorités allemandes sous le numéro DE 1190413XXX00003. Si l'intéressé fait valoir que la fiche décadactylaire produite par le préfet, qui ne comporte pas le relevé des empreintes effectuées en France, est incomplète, cette circonstance est insuffisante pour établir que l'Italie ou l'Allemagne ne seraient pas responsables de l'examen de sa demande d'asile, dès lors que M. A expose lui-même avoir passé deux ans en Italie et quatre ans en Allemagne où il y a déposé respectivement une demande d'asile dont il a indiqué ignorer le résultat. Il ressort de cette même fiche décadactylaire, que ses empreintes, relevées en France le 11 mai 2023, ont été transmises le jour-même au système central. Il en ressort également que la transmission au système central de ce relevé d'empreintes était effectivement accompagnée des données prévues aux points b) à g) de l'article 11 du règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013. En se bornant à alléguer que le préfet n'apporte pas la preuve de la correspondance entre les empreintes relevées par les autorités italiennes et allemandes et celles relevées en France, M. A n'apporte aucun élément justifiant que la comparaison n'aurait pas été réalisée dans les conditions prévues par les dispositions précitées et de remettre en cause ses résultats. Dès lors, les moyens tirés de la méconnaissance des articles 9, 11 et 25 du règlement (UE) n°603/2013 doivent être écartés.

13. Enfin, il ressort des pièces du dossier que les autorités allemandes ont, par un courrier du 30 mai 2023, accepté la reprise en charge de M. A sur le fondement du d) du 1 de l'article 18 du règlement n° 604/2013. Ce courrier permet d'établir que les autorités allemandes ont été saisies d'une requête aux fins de reprise en charge de M. A et que cette requête a permis à ces mêmes autorités de vérifier qu'elles étaient responsables de la demande d'asile de l'intéressé au regard des critères définis dans le règlement. En outre, il ressort des pièces du dossier que cette requête aux fins de reprise en charge, nécessairement adressée aux autorités allemandes au plus tard le 30 mai 2023, a été formulée dans le délai de deux mois suivant la réception, le 11 mai 2023, du résultat positif Eurodac. En tout état de cause, le requérant n'apporte aucun commencement de preuve qui démontrerait qu'il a introduit en France une demande d'asile avant le 10 mai 2023, date à laquelle le prestataire en charge de l'accueil des demandeurs d'asile lui a délivrée une convocation afin d'enregistrer sa demande auprès de la préfecture de la Haute-Garonne. Dès lors, le moyen tiré de ce que le préfet n'apporterait pas la preuve de ce que les autorités allemandes ont été régulièrement saisies d'une requête aux fins de reprise en charge doit donc être écarté.

14. En cinquième lieu, les dispositions de l'article 24 du règlement n° 604/2013 régissent la procédure applicable aux requêtes aux fins de reprise en charge lorsque aucune nouvelle demande d'asile n'a été introduite dans l'Etat membre procédant au transfert de l'intéressé. La situation de M. A ne relevant pas de ces dispositions dès lors qu'il a présenté une demande d'asile aux autorités françaises, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 24 du règlement n°604/2013 comme inopérant.

15. En sixième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée ni des autres pièces du dossier que l'arrêté attaqué serait entaché d'un défaut d'examen sérieux de la situation personnelle de M. A.

16. En septième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté ni des pièces du dossier que le préfet de la Haute-Garonne se serait estimé lié par la circonstance que la demande d'asile relevait des autorités allemandes et qu'il n'aurait pas examiné l'opportunité de faire application des dispositions lui permettant à titre dérogatoire de faire procéder à l'examen de la demande d'asile du requérant par l'office français de protection des réfugiés et apatrides. Dès lors, le moyen d'erreur de droit soulevé sur ce point par M. A doit être écarté.

17. En huitième lieu et dernier lieu, aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. () / 2. L'État membre dans lequel une demande de protection internationale est présentée et qui procède à la détermination de l'État membre responsable, ou l'État membre responsable, peut à tout moment, avant qu'une première décision soit prise sur le fond, demander à un autre État membre de prendre un demandeur en charge pour rapprocher tout parent pour des raisons humanitaires fondées, notamment, sur des motifs familiaux ou culturels, même si cet autre État membre n'est pas responsable au titre des critères définis aux articles 8 à 11 et 16. Les personnes concernées doivent exprimer leur consentement par écrit. ". La faculté laissée à chaque Etat membre de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.

18. En l'espèce, M. A fait valoir qu'il est dans une situation de particulière vulnérabilité du fait de sa qualité de demandeur d'asile ainsi que de la difficulté de son parcours migratoire, et qu'il craint de ne pas être correctement pris en charge en cas de transfert en Allemagne. Toutefois, l'Allemagne, pays responsable de sa demande d'asile, est un Etat membre de l'Union européenne, partie tant à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés, complétée par le protocole de New-York, qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et il ne ressort d'aucune pièce du dossier que la demande d'asile du requérant ne serait pas examinée par les autorités allemandes dans des conditions conformes à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile. Enfin, l'intéressé, qui ne produit aucun document à l'appui de ses allégations, ne démontre pas qu'il se trouverait dans une situation de particulière vulnérabilité imposant d'instruire sa demande d'asile en France. Dans ces conditions, le préfet, en s'abstenant de mettre en œuvre les clauses discrétionnaires prévues par les dispositions précitées de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013, n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation. Le moyen invoqué à cet égard doit être écarté.

19. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 5 septembre 2023 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a décidé de son transfert aux autorités allemandes.

En ce qui concerne l'arrêté portant assignation à résidence :

20. En premier lieu, l'arrêté contesté comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et précise notamment que M. A fait l'objet d'une décision de transfert aux autorités allemandes dont l'exécution demeure une perspective raisonnable, eu égard à l'accord de transfert des autorités allemandes en date du 30 mai 2023, valable six mois. Par suite, il est suffisamment motivé.

21. En deuxième lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité de la décision prononçant le transfert aux autorités allemandes de M. A doit être écarté.

22. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () / En cas de notification d'une décision de transfert, l'assignation à résidence peut se poursuivre si l'étranger ne peut quitter immédiatement le territoire français mais que l'exécution de la décision de transfert demeure une perspective raisonnable. / L'étranger faisant l'objet d'une décision de transfert peut également être assigné à résidence en application du présent article, même s'il n'était pas assigné à résidence lorsque la décision de transfert lui a été notifiée. () ".

23. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il n'existe pas une réelle perspective que l'éloignement du requérant puisse être mené à bien dans le délai de quarante-cinq jours renouvelables et dans la limite de validité de l'accord, alors que les autorités allemandes ont accepté leur responsabilité le 30 mai 2023, faisant ainsi courir un délai de six mois à l'issue duquel l'Allemagne ne pourra plus être regardée comme responsable de sa demande d'asile. Par suite, en assignant M. A à résidence, le préfet n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

24. En quatrième lieu, si une décision d'assignation à résidence doit comporter les modalités de contrôle permettant de s'assurer du respect de cette obligation et notamment préciser le service auquel l'étranger doit se présenter et la fréquence de ces présentations, ces modalités de contrôle sont divisibles de la mesure d'assignation à résidence elle-même. Il en résulte qu'une illégalité entachant les seules modalités de contrôle de la mesure n'est pas de nature à justifier l'annulation de la décision d'assignation à résidence dans sa totalité.

25. En l'espèce, pour astreindre M. A à se présenter deux fois par semaine auprès du commissariat central de Montauban, le préfet s'est fondé sur la circonstance que le requérant justifiait d'une domiciliation postale à Montauban. Toutefois, il ressort des mentions du précédent jugement du tribunal de céans statuant sur le transfert de M. A que l'intéressé a déclaré, à l'audience, résider à Cahors dans le Lot. En outre, il résulte du dispositif de ce même jugement que le préfet de la Haute-Garonne était enjoint de réexaminer la situation de M. A, ce qui incluait de rechercher, au vu des éléments du dossier administratif de l'intéressé, le cas échéant en l'interrogeant sur ce point, si ce dernier ne disposait pas d'un hébergement suffisamment stable ailleurs qu'à Montauban et en particulier à Cahors. Dans les circonstances de l'espèce, le préfet, en imposant à M. A de se présenter deux fois par semaine au commissariat central de Montauban, et alors qu'il ne conteste pas qu'il existait des modalités de contrôle moins contraignantes pour le requérant, a entaché sa décision d'une erreur de fait, laquelle ne justifie toutefois son annulation qu'en tant qu'elle impose une assignation à résidence dans le département de Tarn-et-Garonne et non dans celui du Lot.

26. Il résulte de ce qui précède que M. A est uniquement fondé à demander l'annulation de la décision portant assignation à résidence en date du 5 septembre 2023, en tant seulement qu'elle l'oblige à se présenter chaque lundi et mercredi à 10 heures au commissariat central de police de Montauban.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

27. Eu égard aux motifs de l'annulation partielle de l'arrêté portant assignation à résidence, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions à fin d'injonction sous astreinte.

Sur les frais liés au litige :

28. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'arrêté du préfet de la Haute-Garonne du 5 septembre 2023 est annulé en tant qu'il porte obligation de présentation chaque lundi et mardi à 10 heures au commissariat central de police de Montauban.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Mercier et au préfet de la Haute-Garonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 septembre 2023.

Le magistrat désigné,

N. ZABKA La greffière,

V. BRIDET

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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