Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 7 septembre 2023, M. D... A... et Mme B... E..., agissant en sa qualité de représentant légal de leur fils C... F..., né le 26 avril 2008, représentés par Me Sztulman, demandent au tribunal :
1°) d’annuler la décision du 5 juin 2023 par laquelle le chef d’établissement du collège Michelet à Toulouse a prononcé l’exclusion temporaire de l’établissement de leur fils pour une durée de huit jours ou, à défaut, de la réformer ;
2°) de mettre à la charge du recteur de l’académie de Toulouse une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
-
la décision attaquée est insuffisamment motivée en fait ;
-
elle a été prise au terme d’une procédure méconnaissant les dispositions de l’article R. 421-10-1 du code de l’éducation dès lors qu’ils n’ont pas été informés de l’engagement d’une procédure disciplinaire à l’encontre de leur enfant ;
-
la sanction est disproportionnée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 décembre 2024, le recteur de l’académie de Toulouse conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
-
la requête est irrecevable dès lors que les requérants n’établissent pas avoir la qualité pour agir au nom de leur enfant ;
-
les conclusions tendant à la réformation de la sanction infligée à l’élève C... sont irrecevables dès lors qu’elles ne relèvent pas de l’office du juge de l’excès de pouvoir ;
-
la décision attaquée est suffisamment motivée ;
-
les requérants ont été informés de l’engagement de la procédure disciplinaire à l’encontre de leur fils ; ils ont consulté le dossier disciplinaire le 2 juin 2023 et ont présenté des observations orales le même jour ;
-
la sanction n’est pas disproportionnée au regard du comportement général de l’élève et de la gravité des faits qui lui sont reprochés.
Par ordonnance du 23 décembre 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 23 janvier 2025 à 12h
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l’éducation ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Cuny,
- et les conclusions de M. Déderen, rapporteur public,
Considérant ce qui suit :
Lors de l’année scolaire 2022-2023, C... F..., né le 26 avril 2008, était scolarisé en classe de troisième au collège Michelet à Toulouse. Par un courrier adressé à M. A... et Mme E..., ses parents, via l’espace numérique de travail et par lettre simple, le chef d’établissement a les a informés de l’engagement d’une procédure disciplinaire à l’encontre de leur fils. Par une décision du 5 juin 2023, le chef d’établissement a prononcé l’exclusion temporaire de l’établissement de l’élève C... pour une durée de huit jours. Par un courrier du même jour, réceptionné le 8 juin 2023, M. A... et Mme E... ont déposé un recours hiérarchique à l’encontre de cette décision, rejeté par une décision du 5 juillet 2023. Par la présente requête, M. A... et Mme E... demandent au tribunal d’annuler la décision prise le 5 juillet 2023 par le chef d’établissement du collège Michelet ou, à défaut, de la réformer.
Sur la fin de non-recevoir tirée de l’irrecevabilité des conclusions de la requête présentées à fin de réformation de la sanction contestée :
Il n’appartient pas au juge de l’excès de pouvoir de prendre une décision qui se substitue à celle de l’administration ni, en conséquence, de réformer la sanction disciplinaire prononcée. Par suite, la fin de non-recevoir tirée de l’irrecevabilité des conclusions de la requête tendant à ce que la sanction contestée soit réduite à un quantum plus proportionné doit être accueillie.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
En premier lieu, aux termes de l’article L. 211-2 du code des relations entre le public et l’administration : « Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police (…) ». Aux termes de l’article L. 211-5 du même code : « La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. »
Ces dispositions imposent à l'autorité qui prononce la sanction l'obligation de préciser dans sa décision les griefs qu'elle entend retenir à l'encontre de la personne intéressée, de telle sorte que cette dernière puisse, à la seule lecture de cette décision, connaître les motifs de la sanction prononcée à son encontre.
La décision attaquée indique que l’élève C... F... est exclu temporairement de son établissement scolaire pour une durée de huit jours et précise les motifs justifiant la sanction dans son quantum, à savoir la participation C... à un groupe qui a porté atteinte à une élève du collège par l’intermédiaire des réseaux sociaux en l’insultant notamment, et également la création d’un film et sa diffusion se moquant de cette élève et, enfin, le message vocal C... à celle-ci comportant des insultes Dès lors, bien que cette motivation en fait ne comporte pas la date de commission des faits, la nature du réseau social utilisé par l’élève pour diffuser la vidéo à l’origine de la sanction ainsi que les modalités de sa diffusion, elle est suffisamment motivée en fait et ce moyen doit être écarté.
En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l’article R. 511-13 du code de l’éducation : « Dans les collèges et lycées relevant du ministre chargé de l’éducation, les sanctions qui peuvent être prononcées à l’encontre des élèves sont les suivantes : 1° L’avertissement ; 2° Le blâme ; 3° La mesure de responsabilisation ; 4° L’exclusion temporaire de la classe. Pendant l’accomplissement de la sanction, l’élève est accueilli dans l’établissement. La durée de cette exclusion ne peut excéder huit jours ; 5° L’exclusion temporaire de l’établissement ou de l’un de ses services annexes. La durée de cette exclusion ne peut excéder huit jours ; 6° L’exclusion définitive de l’établissement ou de l’un de ses services annexes ». Aux termes des dispositions de l’article R. 511-14 du même code : « (…) dans les collèges et lycées relevant du ministre chargé de l’éducation, le chef d’établissement peut prononcer seul les sanctions énumérées du 1° au 5° du I de l’article R. 511-13 ». Aux termes de l’article R. 421-10-1 du même code : « Lorsqu'il se prononce seul sur les faits qui ont justifié l'engagement de la procédure disciplinaire, le chef d'établissement informe sans délai l'élève des faits qui lui sont reprochés du délai dont il dispose pour présenter sa défense oralement ou par écrit ou en se faisant assister par une personne de son choix. Ce délai, fixé par le chef d'établissement, est d'au moins deux jours ouvrables. Si l'élève est mineur, cette communication est également faite à son représentant légal afin que ce dernier produise ses observations éventuelles. Dans tous les cas, l'élève, son représentant légal et la personne éventuellement chargée de l'assister pour présenter sa défense peuvent prendre connaissance du dossier auprès du chef d'établissement. (…) ».
Il ressort des pièces du dossier, et notamment des mentions portées sur le recours hiérarchique formé par les requérants, que, le 31 mai 2023, ceux-ci ont accusé réception du courrier par lequel le chef d’établissement du collège Michelet les a informés de l’engagement d’une procédure disciplinaire à l’encontre de leur enfant, les a informés de la possibilité de prendre connaissance de l’entier dossier et de leur faculté de formuler des observations écrites et orales. En outre, il ressort de ce même courrier que, le 2 juin 2023, antérieurement à la sanction litigieuse, les requérants ont pris connaissance de l’entier dossier disciplinaire et ont présenté des observations orales auprès du chef de l’établissement. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure manque en fait et doit être écarté.
En troisième lieu, aux termes de l’article R. 511-13 du code de l’éducation : « I. — Dans les collèges et lycées relevant du ministre chargé de l'éducation, les sanctions qui peuvent être prononcées à l'encontre des élèves sont les suivantes : (…) 5° L'exclusion temporaire de l'établissement ou de l'un de ses services annexes. La durée de cette exclusion ne peut excéder huit jours ; (…) Les sanctions prévues aux 3° à 6° peuvent être assorties du sursis à leur exécution dont les modalités sont définies à l'article R. 511-13-1. ». Aux termes de l’article L. 511-1 du même code : « Les obligations des élèves consistent dans l'accomplissement des tâches inhérentes à leurs études ; elles incluent l'assiduité et le respect des règles de fonctionnement et de la vie collective des établissements. ». Aux termes de l’article I du règlement intérieur de l’établissement scolaire collège Michelet : « Un établissement public d’éducation repose sur des valeurs et des principes spécifiques (…) La tolérance et le respect d’autrui dans sa personne et ses convictions (…) La protection de chacun contre toute forme de violence. Il est important de rappeler que le respect mutuel entre les personnes constitue un des fondements de la vie collective ».
En matière de sanction disciplinaire, il appartient au juge de l’excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un élève ayant fait l’objet d’une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.
Pour sanctionner l’élève C... d’une exclusion temporaire d’établissement d’une durée de huit jours, le chef d’établissement du collège Michelet a retenu qu’il a fait partie d’un groupe qui a porté atteinte à une élève du collège par l’intermédiaire de réseaux sociaux en l’insultant, en se moquant d’elle, en évoquant des informations intimes, en lui adressant des messages vocaux injurieux et en diffusant une vidéo dans laquelle il imite l’élève et se moque d’elle. Ces faits, dont la matérialité n’est pas contestée et est, au demeurant corroborée par les pièces du dossier, et notamment par des témoignages précis, circonstanciés et concordants, constituent une faute disciplinaire. Au regard de la gravité des propos dégradants et humiliants tenus par l’élève C... à l’encontre d’une autre élève, et à supposer même que la vidéo n’aurait pas été largement diffusée ou n’aurait été accessible qu’à un nombre restreint de personne, la sanction d’exclusion temporaire de l’établissement scolaire pour une durée de huit jours n’est entachée d’aucune erreur d’appréciation. Par suite, le moyen tiré de ce que la sanction prononcée serait disproportionnée doit être écarté.
Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation de la requête doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice font obstacle à ce que soit mis à la charge du recteur de l’académie de Toulouse, qui n’est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement de la somme que M. A... et Mme E... demandent au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A... et Mme E... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D... A..., à Mme B... E... et au ministre de l’éducation nationale.
Copie en sera adressée au recteur de l’académie de Toulouse.
Délibéré après l'audience du 12 février 2026, à laquelle siégeaient :
M. Clen, président,
Mme Cuny, conseillère,
Mme Lejeune, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 février 2026.
La rapporteure,
L. CUNY
Le président,
H. CLEN
La greffière,
F. LE GUIELLAN
La République mande et ordonne au ministre de l’éducation nationale, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière en chef,