lundi 11 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2305442 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | FRANCOS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 8 septembre 2023, Mme C A et M. D B, représentés par Me Francos, demandent à la juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) de les admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de les reprendre en charge au titre de l'hébergement d'urgence à compter de la date à laquelle l'ordonnance à intervenir sera rendue, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;
3°) de mettre les dépens à la charge de l'Etat ainsi qu'une somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et, dans l'hypothèse où ils ne seraient pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle, sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la condition d'urgence est satisfaite, dès lors que la fin de leur prise en charge à l'hôtel social est imminente, emportant ainsi des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur leur situation, ainsi que sur celle de leurs trois enfants mineurs dont la dernière a moins d'un an ; malgré leurs appels au " 115 " et la saisine du préfet, aucune solution ne leur a été proposée ;
- il est porté une atteinte grave et manifestement illégale à leur droit à l'hébergement d'urgence.
Par un mémoire en défense enregistré le 8 septembre 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- les requérants n'établissent pas l'existence d'une situation d'urgence, dès lors qu'ils ne justifient pas, alors qu'ils sont prioritaires, avoir effectué une demande de logement auprès de la commission " DALO ", ni avoir saisi le service intégré d'accueil et d'orientation (SIAO) de la Haute-Garonne ; il existe une incertitude sur la réalité de la vie commune du couple, les demandes de titre de séjour de chacun des requérants ayant été présentées dans des départements différents ;
- compte-tenu de l'ensemble des diligences accomplies par l'administration au regard des moyens dont elle dispose, la situation des requérants ne révèle pas l'existence d'une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Héry, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 11 septembre 2023 à 14 heures en présence de Mme Tur, greffière d'audience, Mme Héry a lu son rapport et entendu :
- les observations de Me Zemihi, substituant Me Francos, représentant les requérants, en présence de M. B, qui a repris en les développant les moyens de la requête et a en outre soutenu que le préfet de la Haute-Garonne ne démontrait pas la saturation du dispositif d'hébergement d'urgence, que les requérants étaient inscrits au SIAO 31 ainsi que dans le dispositif " SYPLO " et qu'ils étaient accompagnés dans leurs démarches pour obtenir un logement pérenne,
- le préfet de la Haute-Garonne n'étant ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions tendant à l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".
2. Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête, il y a lieu d'admettre Mme A et M. B à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
3. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".
En ce qui concerne l'urgence :
4. Mme A et M. B, réfugiés d'origine soudanaise et titulaires d'une carte de résident valable jusqu'au 10 mars 2032, sont hébergés en hôtel social avec leurs enfants depuis le 5 mars 2022. Le 29 août 2023, le préfet de la Haute-Garonne a décidé de mettre fin à leur prise en charge hôtelière dans un délai de 15 jours à compter de la notification de cette décision. Il résulte de l'instruction que les requérants ont trois enfants respectivement âgés de 8 ans, 4 ans et 1 an, et que la cellule familiale ne dispose pas de solution de relogement, eu égard au faible niveau du salaire de M. B, recruté à temps partiel. Ainsi, eu égard à la situation de grande précarité dans laquelle se trouvent les requérants avec leurs trois enfants, et à leur vulnérabilité, la condition d'urgence exigée par l'article L. 521-2 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.
En ce qui concerne l'atteinte à une liberté fondamentale :
5. Aux termes de l'article L. 345-2 du code de l'action sociale et des familles : " Dans chaque département est mis en place, sous l'autorité du représentant de l'Etat, un dispositif de veille sociale chargé d'accueillir les personnes sans abri ou en détresse, de procéder à une première évaluation de leur situation médicale, psychique et sociale et de les orienter vers les structures ou services qu'appelle leur état. Cette orientation est assurée par un service intégré d'accueil et d'orientation () ". L'article L. 345-2-2 de ce code dispose : " Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence. () ". Aux termes de l'article L. 345-2-3 du même code : " Toute personne accueillie dans une structure d'hébergement d'urgence doit pouvoir y bénéficier d'un accompagnement personnalisé et y demeurer, dès lors qu'elle le souhaite, jusqu'à ce qu'une orientation lui soit proposée. Cette orientation est effectuée vers une structure d'hébergement stable ou de soins, ou vers un logement, adaptés à sa situation ".
6. Il appartient aux autorités de l'Etat de mettre en œuvre le droit à l'hébergement d'urgence reconnu par la loi à toute personne sans abri qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique et sociale. Seule une carence caractérisée des autorités de l'Etat dans la mise en œuvre du droit à l'hébergement d'urgence peut faire apparaître, pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte manifestement illégale à une liberté fondamentale permettant au juge des référés de faire usage des pouvoirs qu'il tient de ce texte, en ordonnant à l'administration de faire droit à une demande d'hébergement d'urgence. Il lui incombe d'apprécier, dans chaque cas, les diligences accomplies par l'administration, en tenant compte des moyens dont elle dispose, ainsi que de l'âge, de l'état de santé et de la situation de famille de la personne intéressée.
7. Il résulte de l'instruction que, d'une part, contrairement à ce que soutient le préfet de la Haute-Garonne, M. B et Mme A ont formé depuis le 16 mars 2022 une demande de logement social, cette demande ayant été renouvelée en dernier lieu le 15 février 2023 et n'ayant pas été reconnue comme prioritaire au titre du droit au logement opposable (DALO). Par ailleurs, il ressort de la note sociale rédigée le 7 septembre 2023 par l'éducatrice spécialisée chargée du suivi de la famille, que M. B a obtenu un contrat de travail à durée déterminée à temps partiel, renouvelé à plusieurs reprises, et que les démarches en vue du relogement de la famille sont en voie d'aboutir rapidement.
8. D'autre part, si le préfet soutient en défense que le dispositif d'hébergement d'urgence serait saturé en Haute-Garonne, il résulte de ce qui a été dit au point 4 qu'eu égard au jeune âge des enfants de Mme A et de M. B et, au surplus, aux conséquences de la fin de prise en charge de la famille sur la pérennité du contrat de travail de M. B, la fin de prise en charge par l'Etat de cette famille, dont la situation particulière la place en situation de grande vulnérabilité, constitue une carence caractérisée des autorités de l'Etat dans l'application des dispositions précitées de l'article L. 345-2-2 du code de l'action sociale et des familles et porte, dès lors, une atteinte grave et manifestement illégale à leur droit à l'hébergement d'urgence.
9. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de poursuivre la prise en charge de Mme A, de M. B et de leurs trois enfants mineurs dans le cadre de l'hébergement d'urgence, dès la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 50 euros par jour de retard.
Sur les frais liés au litige :
10. Mme A et M. B ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, leur avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Francos renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Francos, de la somme de 1 200 euros.
O R D O N N E :
Article 1er : Mme A et M. B sont admis à titre provisoire à l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Haute-Garonne de poursuivre la prise en charge de Mme A, de M. B et de leurs trois enfants mineurs dans le cadre de l'hébergement d'urgence, dès la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 50 euros par jour de retard.
Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 200 euros à Me Francos en application du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Francos renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle confiée.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C A, à M. D B, à Me Francos et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Une copie en sera adressée au préfet de la Haute-Garonne.
Fait à Toulouse, le 11 septembre 2023.
La juge des référés,
F. HÉRY
La greffière,
P. TUR
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
la greffière en chef,
ou par délégation, la greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026