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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2305519

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2305519

jeudi 14 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2305519
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantLASPALLES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 septembre 2023, Mme B J E et M. D A, agissant en leurs noms et aux noms de leurs enfants mineures I C A et F A, représentés par Me Laspalles, demandent à la juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) d'admettre Mme E au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de poursuivre leur prise en charge au titre de l'hébergement d'urgence dans un lieu adapté à leur situation, dans le délai de 24 heures suivant la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et, dans l'hypothèse où Mme E ne serait pas admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle, sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la condition d'urgence est satisfaite, dès lors que la fin de leur prise en charge à l'hôtel social est imminente, emportant ainsi des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur leur situation, ainsi que sur celle de leurs deux enfants mineures et que le juge des référés a relevé dans sa décision du 13 juillet 2023 la grande précarité de leur situation, laquelle s'est depuis aggravée ;

- il est porté une atteinte grave et manifestement illégale à leur droit à l'hébergement d'urgence.

Par un mémoire en défense enregistré le 14 septembre 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que la condition d'urgence n'est pas satisfaite, que les requérants n'établissent pas être dans une situation de vulnérabilité, comparée à la situation d'autres familles, justifiant leur prise en charge par le dispositif d'urgence ; compte-tenu de l'ensemble des diligences accomplies par l'administration au regard des moyens dont elle dispose, aucune carence caractérisée constitutive d'une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale ne saurait être retenue.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Héry, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 14 septembre 2023 à 9 heures en présence de M. G de H, Mme Héry a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Laspalles, représentant les requérants, en présence de M. A, qui a repris en les développant les moyens de la requête et a en outre soutenu que le préfet de la Haute-Garonne ne justifiait pas, par les éléments produits en défense, de la réalisation d'un examen particulier de la situation des requérants,

- le préfet de la Haute-Garonne n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions tendant à l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".

2. Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête, il y a lieu d'admettre Mme E à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

3. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".

En ce qui concerne l'urgence :

4. Mme E et M. A, ressortissants sénégalais, sont hébergés en hôtel social avec leurs enfants depuis le 1er octobre 2020. Le 4 juillet 2023, le préfet de la Haute-Garonne a décidé de mettre fin à leur prise en charge hôtelière à compter du 11 juillet 2023. Par ordonnance du 13 juillet 2023, le juge des référés du tribunal, statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, a enjoint au préfet de la Haute-Garonne de les prendre en charge ainsi que leurs deux enfants mineures dans le cadre de l'hébergement d'urgence. Par une décision du 11 septembre 2023, le préfet de la Haute-Garonne a décidé de nouveau de mettre fin à leur prise en charge dans un délai de sept jours. Il résulte de l'instruction que les requérants ont deux enfants respectivement nées le 20 novembre 2019 et le 27 novembre 2021, et que la cellule familiale ne dispose pas de solution de relogement, eu égard à son absence de ressources. Ainsi, compte-tenu de la situation de grande précarité dans laquelle se trouvent les requérants avec leurs deux enfants, et à leur vulnérabilité, la condition d'urgence exigée par l'article L. 521-2 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.

En ce qui concerne l'atteinte à une liberté fondamentale :

5. Aux termes de l'article L. 345-2 du code de l'action sociale et des familles : " Dans chaque département est mis en place, sous l'autorité du représentant de l'Etat, un dispositif de veille sociale chargé d'accueillir les personnes sans abri ou en détresse, de procéder à une première évaluation de leur situation médicale, psychique et sociale et de les orienter vers les structures ou services qu'appelle leur état. Cette orientation est assurée par un service intégré d'accueil et d'orientation () ". L'article L. 345-2-2 de ce code dispose : " Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence. () ". Aux termes de l'article L. 345-2-3 du même code : " Toute personne accueillie dans une structure d'hébergement d'urgence doit pouvoir y bénéficier d'un accompagnement personnalisé et y demeurer, dès lors qu'elle le souhaite, jusqu'à ce qu'une orientation lui soit proposée. Cette orientation est effectuée vers une structure d'hébergement stable ou de soins, ou vers un logement, adaptés à sa situation ".

6. Il appartient aux autorités de l'Etat de mettre en œuvre le droit à l'hébergement d'urgence reconnu par la loi à toute personne sans abri qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique et sociale. Seule une carence caractérisée des autorités de l'Etat dans la mise en œuvre du droit à l'hébergement d'urgence peut faire apparaître, pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte manifestement illégale à une liberté fondamentale permettant au juge des référés de faire usage des pouvoirs qu'il tient de ce texte, en ordonnant à l'administration de faire droit à une demande d'hébergement d'urgence. Il lui incombe d'apprécier, dans chaque cas, les diligences accomplies par l'administration, en tenant compte des moyens dont elle dispose, ainsi que de l'âge, de l'état de santé et de la situation de famille de la personne intéressée.

7. Il résulte de l'instruction que si la demande d'asile de Mme E et de M. A a été rejetée, M. A a formé une demande de réexamen de sa demande et a été mis en possession d'une attestation de demande d'asile valable jusqu'au 29 novembre 2023. Les requérants ont déposé une demande d'asile au nom de leur fille F A, âgée de moins de deux ans, enregistrée selon la procédure normale, qui est en cours d'instruction. Une attestation de demande d'asile, valable jusqu'au 4 novembre 2023, a été délivrée à cette enfant. En outre, Mme E justifie présenter une pathologie nécessitant des examens médicaux approfondis, une biopsie étant d'ailleurs programmée en novembre 2023. Dès lors, les requérants bénéficient d'un droit au maintien sur le territoire et ont vocation à bénéficier du dispositif d'hébergement d'urgence.

8. Si le préfet soutient en défense que le dispositif d'hébergement d'urgence serait saturé en Haute-Garonne, il résulte de ce qui a été dit au point 4 qu'eu égard au jeune âge des enfants de M. A et de Mme E, la fin de prise en charge par l'Etat de cette famille, dont la situation particulière la place en situation de grande vulnérabilité, constitue une carence caractérisée des autorités de l'Etat dans l'application des dispositions précitées de l'article L. 345-2-2 du code de l'action sociale et des familles et porte, dès lors, une atteinte grave et manifestement illégale à leur droit à l'hébergement d'urgence.

9. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de poursuivre la prise en charge de Mme E, de M. A et de leurs deux enfants mineures dans le cadre de l'hébergement d'urgence, dans le délai de 24 heures suivant la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 50 euros par jour de retard.

Sur les frais liés au litige :

10. Mme E ayant été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, leur avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Laspalles renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Laspalles, de la somme de 1 000 euros.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme E est admise à titre provisoire à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Haute-Garonne de poursuivre la prise en charge de Mme E, de M. A et de leurs deux enfants mineures dans le cadre de l'hébergement d'urgence, dans le délai de 24 heures suivant la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 50 euros par jour de retard.

Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 000 euros à Me Laspalles en application du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Laspalles renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle confiée.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B J E, à M. D A, à Me Laspalles et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Une copie en sera adressée au préfet de la Haute-Garonne.

Fait à Toulouse, le 14 septembre 2023.

La juge des référés,

F. HÉRY

Le greffier,

F. G DE H

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

la greffière en chef,

ou par délégation, la greffière,

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