mardi 19 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2305589 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | COHEN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 17 septembre 2023, M. B C, représenté par Me Cohen, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler la décision du 23 août 2023 par lequel le préfet de la Haute-Garonne l'a assigné à résidence pour une durée de six mois ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, et dans le cas où il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle, de lui verser cette même somme sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation, notamment au regard de son état de santé ;
- il n'existe aucune perspective raisonnable d'exécution de la décision d'éloignement prise à son encontre au sens de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, compte tenu de son état de santé et des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du même code ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;
- elle porte atteinte au droit à la dignité humaine et au droit de ne pas subir des traitements inhumains et dégradants, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde de droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 23 novembre 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 janvier 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, modifiée ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de Mme Molina-Andréo a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B C, ressortissant géorgien né le 9 juin 1981, a sollicité le 23 septembre 2021 son admission exceptionnelle au séjour auprès du préfet de la Haute-Garonne. Par un arrêté du 21 décembre 2021 le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer le titre sollicité et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par une décision du 23 août 2023, il l'a assigné à résidence pour une durée de six, mois renouvelable une fois, dans le département de la Haute-Garonne. Par la présente requête, M. C demande l'annulation de cette décision l'assignant à résidence.
Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire :
2. M. C ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 janvier 2024, sa demande d'aide juridictionnelle à titre provisoire est devenue sans objet et il n'y a, dès lors, plus lieu d'y statuer.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Aux termes de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'autorité administrative peut autoriser l'étranger qui justifie être dans l'impossibilité de quitter le territoire français ou ne pouvoir ni regagner son pays d'origine ni se rendre dans aucun autre pays, à se maintenir provisoirement sur le territoire en l'assignant à résidence jusqu'à ce qu'existe une perspective raisonnable d'exécution de son obligation, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ". Aux termes de l'article L. 732-1 : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées. ".
4. En premier lieu, la décision attaquée, après avoir visé les articles L. 730-1, L. 731-3, L. 732-1, L. 732-4, L. 733-1 et L. 733-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, indique que M. C a fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français prononcée par le préfet de la Haute-Garonne le 21 décembre 2021 à laquelle il n'a pas déférée, et qu'il est dépourvu de document de voyage en cours de validité, faisant obstacle à ce qu'il existe une perspective raisonnable à l'exécution de la mesure d'éloignement. Elle précise qu'il a été tenu compte des observations et déclarations du requérant. Par suite, quand bien même elle ne fait pas mention expresse de l'état de santé du requérant, elle comporte un énoncé suffisant des circonstances de droit et de fait qui en constituent le fondement et est suffisamment motivée.
5. En deuxième lieu, si le requérant est affecté d'une polypathologie avec troubles locomoteurs sévères, il ressort des pièces du dossier que celui-ci a indiqué, le 23 août 2023, lors de son audition auprès des services de la préfecture de la Haute-Garonne qu'il avait pour préférence d'être assigné à résidence à Toulouse compte tenu de ses déplacements en fauteuil roulant, et être convoqué une seule fois par semaine à 16 heures. Conformément à ses souhaits, la décision en litige assigne le requérant durant six mois, renouvelable une fois, dans le département de la Haute-Garonne, et indique que l'intéressé devra se présenter les mardis à l'exception des jours fériés à 16 heures au commissariat central de Toulouse. Ainsi, il ressort de la motivation même de la décision attaquée que le préfet de la Haute-Garonne a procédé à un examen réel et sérieux de la situation de M. C, notamment au regard de son état de santé.
6. En troisième lieu, d'une part, la décision attaquée est précisément fondée sur la circonstance que l'intéressé, qui est dépourvu de document d'identité et de voyage, ne peut quitter le territoire français et doit être autorisé à se maintenir provisoirement sur le territoire français jusqu'à ce qu'il existe une perspective raisonnable d'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. M. C ne peut donc utilement invoquer à l'encontre de la décision en litige qu'il n'existerait pas de perspective raisonnable d'exécution de la mesure d'éloignement dont il fait l'objet.
7. En quatrième, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. ".
8. Si M. C soutient que ses problèmes de santé font obstacle à toute mesure d'éloignement, notamment au regard des dispositions de l'article L. 611-3 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ne peut se prévaloir de ces dispositions applicables aux décisions portant obligation de quitter le territoire français, à l'encontre de la décision portant assignation à résidence en litige.
9. En cinquième lieu, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de vérifier si l'administration pouvait légalement, eu égard aux conditions prévues à l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité, prendre une mesure d'assignation à résidence à l'encontre d'un étranger et de vérifier que l'administration n'a pas commis d'erreur d'appréciation dans le choix des modalités de cette mesure d'assignation.
10. En l'espèce, si M. C produit un certificat du 25 août 2023 de son médecin traitant attestant de ce que son état de santé ne lui permet pas de quitter son domicile et de se rendre aux convocations hebdomadaires dans le cadre d'une assignation à résidence, ce seul document, peu circonstancié, ne permet pas de considérer que compte tenu des aménagements mis en œuvre par la décision attaquée pour tenir compte de l'état de santé de l'intéressé, ce dernier serait en incapacité de satisfaire à l'unique obligation de pointage hebdomadaire dont il fait l'objet. D'ailleurs, le préfet de la Haute-Garonne relève en défense que le requérant a bien été en capacité de se rendre le 23 août 2023 dans les locaux de la préfecture dans le cadre de son audition. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être écarté.
11. En sixième lieu, le requérant ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative à l'encontre de la décision l'assignant à résidence, dès lors que ces dispositions ont pour objet d'encadrer la procédure du référé liberté devant le juge des référés.
12. En dernier lieu, dès lors que la décision d'assignation à résidence attaquée n'a ni pour objet, ni pour effet de le renvoyer dans son pays d'origine, le requérant ne peut utilement invoquer les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
13. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision préfectorale du 23 août 2023.
Sur les autres conclusions de la requête :
14. Dès lors que le présent jugement rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C, ses conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais de l'instance ne peuvent qu'être également rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu à statuer sur les conclusions présentées par M. C tendant à son admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Cohen et au préfet de la Haute-Garonne.
Délibéré après l'audience du 5 mars 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Molina-Andréo, présidente,
Mme Soddu, première conseillère,
Mme Biscarel, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 mars 2024.
La présidente-rapporteure,
B. MOLINA-ANDRÉO
La première assesseure,
N. SODDU
La greffière,
M. A
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026