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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2305697

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2305697

mardi 18 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2305697
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantCAZANAVE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces enregistrées les 20 septembre 2023 et 3 avril 2024, M. A B, représenté par Me Cazanave, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 8 décembre 2022 par laquelle le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 900 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, ou s'il n'est pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle, de lui verser cette même somme sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 novembre 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

M. B bénéficie de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 juillet 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Soddu, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, né le 2 janvier 1999, ressortissant albanais, est entré en France pour la dernière fois, selon ses déclarations, le 31 août 2017, pour rejoindre ses parents, son frère et ses deux sœurs. Suite à son interpellation par les services de police, le préfet de police de Paris, par un arrêté du 28 juillet 2017, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours. Par une décision du 15 octobre 2018, l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) a rejeté sa demande d'asile, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA), le 5 mars 2019. Suite à la décision d'irrecevabilité de sa demande de réexamen de sa demande d'asile prise par l'OFPRA le 29 mai 2019, le préfet de la Haute-Garonne, par un arrêté du 12 juin 2020, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Le 31 décembre 2021, il a sollicité son admission exceptionnelle au séjour au titre de la vie privée et familiale. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler la décision du 8 décembre 2022, par laquelle le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un de titre séjour.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / () ".

3. En présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement de l'article L. 435-1 par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifierait d'une promesse d'embauche ou d'un contrat de travail ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là-même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il appartient à l'autorité administrative sous le contrôle du juge d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément relatif à sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande peuvent constituer en l'espèce des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

4. M. B, qui déclare être entré en France pour la dernière fois le 31 août 2017, se prévaut de l'ancienneté de son séjour sur le territoire national, de ses attaches familiales, de son engagement associatif et de son intégration sur le territoire national. Toutefois, et alors que la demande d'asile du requérant a été rejetée, après réexamen, le 29 mai 2019 par l'OFPRA et qu'il a fait l'objet de deux mesures d'éloignement en 2017 et 2020, il ne justifie pas de l'ancienneté, de la continuité et de la stabilité de sa présence sur le territoire français. Au demeurant, à la supposer établie, l'ancienneté du séjour en France du requérant résulte de son maintien irrégulier sur le territoire national en dépit des deux mesures d'éloignement prises à son encontre. De plus, il ressort des pièces du dossier, M. B est célibataire, sans enfant, que ses parents ont également fait l'objet d'un refus de titre de séjour, que sa sœur Sara, âgée de presque vingt ans à la date de la décision attaquée est en situation irrégulière en France. Il n'est pas établi qu'il serait isolé en Albanie, son pays d'origine, où réside sa grand-mère, alors qu'à l'inverse il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant aurait noué des liens d'une particulière intensité en France, à l'exclusion des membres de sa famille également en situation irrégulière. Par ailleurs, le requérant ne justifie pas de son intégration sur le territoire français, notamment dans le domaine associatif, ni de quelconques perspectives d'intégration professionnelle. La circonstance que son frère majeur Eduart ait, postérieurement à la date de la décision attaquée à laquelle s'apprécie sa légalité, obtenu une carte temporaire de séjour d'un an, au titre de la vie privée et familiale, valable du 26 août 2023 au 25 août 2024, n'est pas de nature à lui conférer un droit au séjour. Dans ces conditions, les circonstances dont se prévaut M. B n'établissent pas une considération humanitaire ou un motif exceptionnel, au sens des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet de la Haute-Garonne aurait entaché la décision attaquée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ces dispositions, doit être écarté.

5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

6. Pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 4 du présent jugement, eu égard à la durée et aux conditions de séjour de M. B, qui est célibataire et sans enfant, la décision attaquée n'a pas porté au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise, et n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations précitées doit être écarté.

7. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 8 décembre 2022, par laquelle le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un de titre séjour.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Les conclusions à fin d'annulation de M. B étant rejetées, ses conclusions à fin d'injonction doivent l'être également, dès lors que le présent jugement ne nécessite aucune mesure d'exécution au regard des dispositions des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative.

Sur les frais liés au litige :

9. Les conclusions de M. B présentées sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique doivent être rejetées, l'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de M. B est rejetée

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Cazanave et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 28 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Molina-Andréo, présidente

Mme Soddu, première conseillère,

Mme Biscarel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juin 2024.

La rapporteure,

N. SODDU

La présidente,

B. MOLINA-ANDRÉO

La greffière,

M. C

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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