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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2305737

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2305737

vendredi 13 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2305737
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSÉRÉE DE ROCH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 22 septembre 2023 et le 4 octobre 2023, Mme C B, représentée par Me Dalbin, demande au juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de la décision implicite de rejet née le 24 juillet 2023 du silence gardé par la directrice de l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) Le Parc et l'Ostal de Garona sur sa demande tendant à ce que lui soit versé un demi-traitement depuis le 15 mars 2023 ;

2°) d'enjoindre à l'EHPAD Le Parc et l'Ostal de Garona de procéder au versement des demi-traitements et indemnités qui ne lui ont pas été versés depuis le 1er décembre 2022, sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de l'ordonnance à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'EHPAD Le Parc et l'Ostal de Garona la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

s'agissant de la condition tenant à l'urgence :

-la décision en litige, qui a pour effet de la priver de toute rémunération liée à son activité, la place dans une situation financière délicate et lui préjudicie de façon grave et immédiate ;

-elle a sollicité une aide exceptionnelle, qui lui a été refusée du fait de sa position administrative, ce qui démontre sa grande précarité financière ;

-contrairement à ce qu'allègue l'EHPAD, sans l'établir, elle n'exerce pas des fonctions dans un autre établissement ;

-l'administration ne démontre pas qu'elle percevrait d'autres revenus ;

-l'EHPAD ne peut valablement lui opposer le fait qu'elle n'a pas donné suite aux propositions de reclassement qu'il lui a faites, ces dernières étant illégales dans la mesure où le conseil médical ne s'était encore pas prononcé sur l'inaptitude à son poste ;

-le conseil médical estime qu'elle est seulement inapte aux fonctions d'aide-soignante en EHPAD mais pas inapte à ses fonctions puisque le médecin de travail devra étudier son cas, et ce n'est que dans l'hypothèse où elle venait à être déclarée inapte à ses fonctions qu'une demande de reclassement et une période préparatoire au reclassement (PPR) devront lui être proposées ;

s'agissant de la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :

-la décision litigieuse méconnaît les dispositions de l'article 35 du décret n° 88-386 du 19 avril 1988 relatif aux conditions d'aptitude physique et aux congés de maladie des agents de la fonction publique hospitalière ;

-les articles 35 et 36 de ce décret étendent en effet le dispositif de maintien du demi-traitement à tous les cas d'attente d'une décision de réintégration, de reclassement ou de mise en disponibilité et si l'administration indique qu'elle l'a régulièrement placée en disponibilité d'office à la date du 4 novembre 2022, une telle décision ne pouvait légalement intervenir, n'ayant pas été préalablement été déclarée inapte temporairement ou définitivement à ses fonctions par le conseil médical, ce dernier s'étant borné à émettre un avis sur le renouvellement du congé de longue maladie à compter du 29 mai 2022 jusqu'au 28 août 2022 ;

-aucun médecin agréé ne s'est prononcé antérieurement à la décision du 4 novembre 2022 sur son aptitude à exercer ses fonctions, l'administration indiquant d'ailleurs dans sa lettre du 9 novembre 2022 qu'elle diligente une demande d'expertise pour appréhender son aptitude à la fonction d'aide-soignante ;

-ce n'est qu'à la date du 20 septembre 2023, soit postérieurement à la décision contestée du 4 novembre 2022, que le conseil médical s'est réuni pour apprécier son aptitude à pouvoir poursuivre son activité sur son poste et l'administration va désormais pouvoir décider soit de la reprise du service ou de réintégration, soit du reclassement, soit de la mise en disponibilité ou d'admission à la retraite ;

-contrairement à ce que soutient l'administration, les seules issues possibles ne sont donc pas le reclassement et la mise à la retraite pour inaptitude, il faudra d'abord qu'elle soit déclarée inapte à ses fonctions et que lui soit proposé un PPR, et dans l'intervalle, l'alinéa 2 de l'article 35 du décret du 19 avril 1988 doit donc s'appliquer.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 septembre 2023, l'EHPAD Le Parc et l'Ostal de Garona, représenté par Me Sérée de Roch, conclut au rejet de la requête et demande que soit mise à la charge de Mme B la somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

-la requête est irrecevable dès lors qu'elle porte sur le même objet et contient les mêmes moyens que ceux soumis dans l'instance de référé antérieure ;

-la condition tenant à l'urgence n'est pas satisfaite dès lors que la requérante a attendu 9 mois pour introduire un référé alors même qu'elle ne perçoit plus de rémunérations depuis le 30 novembre 2022 ;

-la production par la requérante de sa déclaration d'impôt sur les revenus 2022 ne permet pas d'établir qu'elle ne bénéficie d'aucun revenu en 2023 ;

-à supposer que les charges avancées par l'intéressée soient réelles, la façon dont elles ont été financées n'est pas précisée et laisse penser que la requérante ne fait pas un état exhaustif de sa situation financière ;

-l'urgence n'est aucunement caractérisée dans un contexte où l'intéressée ne donne pas suite et ne répond pas à aux propositions de reclassement sur des postes compatibles avec son état de santé qui lui ont été faites et qui lui permettraient de bénéficier d'un salaire à un plein traitement, se privant ainsi volontairement de salaire ;

-ayant été régulièrement placée en disponibilité d'office à la date du 4 novembre 2022 avec effet du 29 août 2023, à l'issue du congé de longue maladie à l'expiration des droits statutaires dans un contexte où l'intéressée n'a pas sollicité de reclassement alors qu'elle y a été invitée à plusieurs reprises, il n'y a pas lieu de maintenir le demi-traitement et la décision rendue est parfaitement fondée en fait et en droit.

Vu :

-les autres pièces du dossier ;

-la requête n° 2305260 enregistrée le 31 août 2023 tendant à l'annulation de la décision contestée.

Vu :

-le code général de la fonction publique ;

-le décret n° 88-386 du 19 avril 1988 relatif aux conditions d'aptitude physique et aux congés de maladie des agents de la fonction publique hospitalière ;

-l'ordonnance n° 2305257 du 19 septembre 2023 du juge des référés du tribunal administratif de Toulouse ;

-le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 6 octobre 2023, en présence de Mme Tur, greffière d'audience :

-le rapport de M. A,

-et les observations de Me Dalbin, représentant Mme B, qui a repris ses écritures.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".

2. Il appartient au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative d'une demande tendant à la suspension d'une décision administrative, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de cette décision sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence, qui doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, justifie la suspension de l'exécution d'un acte administratif lorsque celle-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. L'office du juge des référés, saisi de conclusions à fin de suspension, le conduit à porter sur l'urgence une appréciation objective, concrète et globale, au vu de l'ensemble des intérêts en présence, afin de déterminer si, dans les circonstances particulières de chaque affaire, il y a lieu d'ordonner une mesure conservatoire à effet provisoire dans l'attente du jugement au fond de la requête à fin d'annulation de la décision contestée.

3. En l'espèce, alors que son employeur a cessé de lui verser toute rémunération depuis le 30 novembre 2022, soit depuis 10 mois, et alors que le juge des référés du tribunal administratif de Toulouse a rejeté une précédente requête pour défaut d'urgence au motif qu'elle n'apportait pas, au soutien de sa demande, le moindre élément concernant la situation de son foyer et les charges qu'elle supporte elle-même et ne justifiait ainsi pas que la décision en litige, qui porte rejet de sa demande tendant à ce que lui soit versé un demi-traitement depuis le 15 mars 2023, la place dans une situation financière délicate et lui préjudicie de façon grave et immédiate, Mme B se contente de produire, dans la présente instance, d'une part un avis d'impôt sur les revenus 2022, lequel ne renseigne pas, ainsi que le fait valoir l'EHPAD Le Parc et l'Ostal de Garona en défense, sur les revenus que l'intéressée a pu ou non percevoir en 2023, d'autre part, deux courriers d'organismes datés du 1er août 2023 et du 16 août 2023 indiquant qu'elle reste redevable de la somme de 214,76 euros pour le premier et de 213 euros pour le second, enfin un relevé de compte avec échéancier de prélèvements arrêté au 10 juillet 2023 qui fait apparaître un montant à payer de 377,70 euros en signalant un prélèvement d'un montant de 61,60 euros impayé pour provision insuffisante en date du 5 juillet 2023. Ce faisant, elle ne démontre pas l'existence d'une situation d'urgence susceptible de conduire le juge des référés à faire usage des pouvoirs qu'il tient de l'article L. 521-1 du code de justice administrative. Par suite, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée, il y a lieu de rejeter les conclusions de Mme B tendant à la suspension de l'exécution de la décision litigieuse et, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte.

Sur les frais liés au litige :

4. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

5. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge l'EHPAD Le Parc et l'Ostal de Garona, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que Mme B demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de Mme B une somme de 200 euros au titre des frais exposés par l'EHPAD Le Parc et l'Ostal de Garona et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Mme B versera à l'EHPAD Le Parc et l'Ostal de Garona une somme de 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C B et à l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) Le Parc et l'Ostal de Garona.

Fait à Toulouse, le 13 octobre 2023.

Le juge des référés,

B. A

La greffière,

P. TUR

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

la greffière en chef,

ou par délégation, la greffière,

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