lundi 2 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2305879 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | LASPALLES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 29 septembre 2023, Mme A D et M. C B, agissant en leurs noms et au nom de leur enfant mineure E B, représentés par Me Laspalles, demandent à la juge des référés, sur le fondement de l'article
L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de poursuivre leur prise en charge au titre de l'hébergement d'urgence dans un lieu adapté à leur situation, dans le délai de 24 heures suivant la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et, dans l'hypothèse où M. B ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle, sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la condition d'urgence est satisfaite eu égard à la précarité de leur situation et à l'état de santé de leur fille, actuellement malade ; aucune situation de prise en charge ne leur a été proposée ; ils sont isolés, sans ressources et n'ont aucune solution d'hébergement ;
- il est porté une atteinte grave et manifestement illégale à leur droit à la dignité humaine et à leur droit à l'hébergement d'urgence garanti par l'article L. 345-2-2 du code de l'action sociale et des familles ;
- leur fille a fait l'objet d'une décision d'admission à la protection internationale,
M. B bénéficie d'une carte de résident valable jusqu'au 21 juillet 2033 et Mme D a déposé une demande de titre de séjour le 23 août 2023.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 29 et 30 septembre 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la condition d'urgence n'est pas satisfaite ;
- les requérants ont bénéficié du dispositif hôtelier depuis dix-huit mois ;
- le statut des requérants, parents d'un enfant bénéficiant de la " protection internationale " depuis novembre 2022, les autorise à travailler ; or, depuis 2017 et surtout depuis novembre 2022, ils n'apportent aucun élément établissant des démarches en ce sens ;
- le certificat médical produit ne démontre pas qu'ils sont dans une situation de vulnérabilité, comparée à la situation d'autres familles, justifiant leur prise en charge par le dispositif d'urgence ;
- compte-tenu des moyens dont dispose l'administration et de la nécessité de continuer à garantir un accueil inconditionnel pour des personnes se trouvant dans des situations plus vulnérables et en situation d'attente depuis plusieurs mois, aucune carence caractérisée constitutive d'une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale ne saurait être retenue.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Carotenuto, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 2 octobre 2023 à 9h30, en présence de Mme Tur greffière d'audience, Mme Carotenuto a lu son rapport et entendu :
- les observations de Me Laspalles, représentant les requérants, présents à l'audience, qui a repris en les précisant les moyens développés dans ses écritures. Il indique, en outre, que la décision de fin de prise en charge est illégale et n'a été précédée d'aucune évaluation sociale ou administrative de la situation des requérants, qui n'ont pas vocation à rester dans ce dispositif d'urgence, M. B étant en recherche d'emploi.
- le préfet de la Haute-Garonne n'étant ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions tendant à l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".
2. Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête, il y a lieu d'admettre M. B à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
3. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".
En ce qui concerne l'urgence :
4. Mme D et M. B, ressortissants ivoiriens, sont hébergés en hôtel social depuis le 8 avril 2022 avec leur enfant, née le 23 mai 2022. Le 19 septembre 2023, le préfet de la Haute-Garonne a décidé de mettre fin à leur prise en charge hôtelière dans un délai de 15 jours à compter de la notification de cette décision. Il résulte de l'instruction que la cellule familiale ne dispose pas de solution de relogement, eu égard à son absence de ressources et qu'en dépit de nombreux appels qu'ils ont effectués depuis le 19 septembre 2023 auprès du service 115, aucune proposition d'hébergement ne leur a été faite. Au surplus, les requérants font valoir que leur fille est actuellement malade et souffre d'une " virose ORL " et produisent un certificat médical du
26 septembre 2023. Si le préfet fait valoir que les requérants ne justifient pas avoir accompli des démarches afin de travailler alors qu'ils résident en France depuis 2017 et qu'ils ont eu connaissance, par une décision du 22 novembre 2022 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, de l'admission de leur enfant à la protection internationale, statut qui autorise les parents à travailler, il ressort toutefois des pièces du dossier que ce n'est que le 23 juillet 2023 qu'une carte de résident a été délivrée à M. B et que ce dernier fait valoir à l'audience être en recherche d'emploi. Dans ces conditions, eu égard à la situation de grande précarité dans laquelle se trouvent les requérants avec leur enfant en bas âge, et à leur vulnérabilité, la condition d'urgence exigée par l'article L. 521-2 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.
En ce qui concerne l'atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale :
5. Aux termes de l'article L. 345-2 du code de l'action sociale et des familles : " Dans chaque département est mis en place, sous l'autorité du représentant de l'Etat, un dispositif de veille sociale chargé d'accueillir les personnes sans abri ou en détresse, de procéder à une première évaluation de leur situation médicale, psychique et sociale et de les orienter vers les structures ou services qu'appelle leur état. Cette orientation est assurée par un service intégré d'accueil et d'orientation () ". L'article L. 345-2-2 de ce code dispose : " Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence. () ". Aux termes de l'article L. 345-2-3 du même code : " Toute personne accueillie dans une structure d'hébergement d'urgence doit pouvoir y bénéficier d'un accompagnement personnalisé et y demeurer, dès lors qu'elle le souhaite, jusqu'à ce qu'une orientation lui soit proposée. Cette orientation est effectuée vers une structure d'hébergement stable ou de soins, ou vers un logement, adaptés à sa situation ".
6. Il appartient aux autorités de l'Etat de mettre en œuvre le droit à l'hébergement d'urgence reconnu par la loi à toute personne sans abri qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique et sociale. Seule une carence caractérisée des autorités de l'Etat dans la mise en œuvre du droit à l'hébergement d'urgence peut faire apparaître, pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte manifestement illégale à une liberté fondamentale permettant au juge des référés de faire usage des pouvoirs qu'il tient de ce texte, en ordonnant à l'administration de faire droit à une demande d'hébergement d'urgence. Il lui incombe d'apprécier, dans chaque cas, les diligences accomplies par l'administration, en tenant compte des moyens dont elle dispose, ainsi que de l'âge, de l'état de santé et de la situation de famille de la personne intéressée.
7. D'une part, il résulte de l'instruction que si la demande d'asile Mme D et
M. B a été rejetée, leur fille a fait l'objet d'une décision d'admission à la protection internationale, M. B bénéficie d'une carte de résident valable jusqu'au 21 juillet 2033 et Mme D a présenté une demande de titre de séjour le 23 août 2023. Dès lors, leur famille bénéficie d'un droit au maintien sur le territoire et a vocation à bénéficier du dispositif d'hébergement d'urgence.
8. Si le préfet soutient en défense que le dispositif d'hébergement d'urgence serait saturé en Haute-Garonne en dépit de la mise à disposition de places supplémentaires, il résulte de ce qui a été dit au point 4 qu'eu égard au jeune âge de l'enfant de Mme D et M. B, alors même que la famille a été hébergée de manière continue depuis dix-huit mois, la fin de prise en charge par l'Etat de cette famille, dont la situation particulière la place en situation de grande vulnérabilité, constitue une carence caractérisée des autorités de l'Etat dans l'application des dispositions précitées de l'article L. 345-2-2 du code de l'action sociale et des familles et porte, dès lors, une atteinte grave et manifestement illégale à leur droit à l'hébergement d'urgence.
9. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de poursuivre la prise en charge de Mme D, M. B et de leur enfant mineure dans le cadre de l'hébergement d'urgence, dans le délai de 24 heures suivant la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 50 euros par jour de retard.
Sur les frais liés au litige :
10. M. B ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Laspalles renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à
Me Laspalles d'une somme de 1 200 euros.
O R D O N N E :
Article 1er : M. B est admis à titre provisoire à l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Haute-Garonne de poursuivre la prise en charge de Mme D, M. B et de leur enfant mineure dans le cadre de l'hébergement d'urgence, dans le délai de 24 heures suivant la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de
50 euros par jour de retard.
Article 3 : L'Etat versera une somme de 1 200 euros à Me Laspalles en application du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Laspalles renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle confiée.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A D, M. C B, à Me Laspalles et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Une copie en sera adressée au préfet de la Haute-Garonne et à la ministre de la santé et de la prévention et du handicap.
Fait à Toulouse, le 2 octobre 2023.
La juge des référés,
S. CAROTENUTO
La greffière,
P. TUR
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
la greffière en chef,
ou par délégation la greffière,
N°2305879
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026